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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103298

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103298

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL DOME AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°/ Par une requête enregistrée sous le n°2103298 le 20 mai 2021 et un mémoire enregistré le 10 août 2021, M. A D et Mme C D, représentés par Me Verdin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel le maire de Val d'Isère a délivré un permis de construire de régularisation à la commune de Val d'Isère, ensemble la décision implicite née le 25 mars 2021 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Val d'Isère la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la demande de permis de construire a été déposée en méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions du plan de prévention de risques naturels prévisibles (PPRN) approuvé en 2006 qui classe en zone inconstructible une partie nord de l'emprise du bâtiment.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2021, la commune de Val d'Isère, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

II°/ Par une requête enregistrée sous le n°2103311 le 21 mai 2021 et un mémoire enregistré le 4 janvier 2022, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Crêt 1 ", représenté par Me Cordel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel le maire de Val d'Isère a délivré un permis de construire de régularisation à la commune de Val d'Isère, ensemble la décision implicite née le 27 mars 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Val d'Isère la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la demande de permis de construire a été déposée en méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de permis est insuffisant au regard des dispositions des articles R. 431-8, R. 431-9, R. 431-16 et R. 431-16-1 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire attaqué méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions du plan de prévention de risques naturels prévisibles (PPRN) approuvé en 2006 qui classe en zone inconstructible une partie nord de l'emprise du bâtiment ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Uc 3 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Uc 7 de ce règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Uc 10 de ce règlement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 30 novembre 2021 et 20 janvier 2022, la commune de Val d'Isère, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à la condamnation du requérant à lui verser une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable au regard de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Cordel pour le syndicat des copropriétaires de l'immeuble Le Crêt 1.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 juin 2012, le maire de Val d'Isère a délivré un permis de construire à la société Urban Coop pour la construction d'un bâtiment comprenant 37 logements en accession à la propriété au lieudit " Le Cacholet ". Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 27 janvier 2015. Par arrêtés des 7 août 2017 et 26 octobre 2018, le maire de Val d'Isère a délivré à la commune des permis de construire tendant à la régularisation de l'immeuble " Le Tremplin ", édifié avant cette annulation. L'arrêté du 7 août 2017 a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 29 janvier 2019 et l'arrêté du 26 octobre 2018 a été retiré par arrêté du 18 mai 2022. Par arrêté du 30 novembre 2020, le maire de Val d'Isère a délivré à la commune un nouveau permis de construire de régularisation. M. et Mme D, d'une part, et le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Crêt 1 ", d'autre part, contestent cet arrêté ainsi que les décisions implicites rejetant leurs recours gracieux respectifs nées les 25 mars et 27 mars 2021.

2. Les requêtes n°2103298 et 2103311 concernent une même autorisation de construire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

3. En premier lieu, l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme subordonne l'intérêt pour agir à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme d'une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association à la condition que cette décision soit " de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ".

4. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C D et M. A D sont respectivement nu-propriétaire et usufruitier d'un appartement au sein de la copropriété " Le Crêt 1 " qui est située à proximité de la construction en litige. Eu égard à la situation de la construction autorisée, M. et Mme D, qui indiquent que celle-ci est susceptible de détourner les potentielles avalanches sur la copropriété " Le Crêt 1 ", justifient de leur intérêt pour agir au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut d'intérêt pour agir de M. et Mme D ne saurait être accueillie.

6. En second lieu, aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation, du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant () ".

7. Si les personnes physiques doivent établir le caractère régulier de la détention de leurs biens respectifs au sens de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, il ne peut en être de même d'un syndicat de copropriétaires pour lequel il n'y a pas lieu de rechercher s'il justifie du caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de l'obligation fixée par cet article par le syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Crêt 1 " doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. En vertu des articles L. 562-4 du code de l'environnement et L. 152-7 du code de l'urbanisme, le plan de prévention des risques naturels (PPRN) avalanche annexé au plan local d'urbanisme de la commune de Val d'Isère vaut servitude d'utilité publique et s'impose directement aux autorisations de construire.

9. Par jugement n°1807834-1806559 du 22 décembre 2020, le tribunal a annulé l'arrêté du préfet de la Savoie du 30 avril 2018 en tant qu'il rend immédiatement opposable le projet de révision n° 2 du volet " Risques Montagne " du PPRN de Val d'Isère à des secteurs de la commune où les risques naturels prévisibles sont identifiés comme identiques à ceux évalués par le plan approuvé en 2006 ou moindres, ce qui inclut les parcelles cadastrées AC n°406, AC n°397 et AC n°399. Il ressort des pièces des dossiers que le PPRN approuvé en 2006, remis en vigueur concernant ces parcelles à la suite du jugement du 22 décembre 2020 et de l'annulation contentieuse du PPRN approuvé en 2013, classe en zone inconstructible une petite partie nord de l'emprise du bâtiment. Par suite, le permis de construire en cause a été délivré en méconnaissance des règles, opposables au permis de construire en cause, fixées par le PPRN approuvé en 2006.

10. Il résulte de ce qui précède que, les requérants sont fondés à demander l'annulation du permis de construire du 30 novembre 2020 et des décisions implicites nées les 25 mars et 27 mars 2021.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Val d'Isère, non compris dans les dépens.

12. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Val d'Isère, dans chacune des deux affaires, une somme de 1 200 euros à verser aux requérants au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 30 novembre 2020 ainsi que les décisions implicites nées les 25 mars 2021 et 27 mars 2021 sont annulés.

Article 2 :Dans chacune des deux affaires, la commune de Val d'Isère versera une somme de 1 200 euros aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions présentées par la commune de Val d'Isère au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme C D, au syndicat des copropriétaires de l'immeuble " Le Crêt 1 " et à la commune de Val d'Isère.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Albertville.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

A. E

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2103311

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