mardi 23 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103437 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | VABOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mai 2021, M. A B, représenté par Me Vabois, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2020 par lequel le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Haute-Savoie lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonction d'une durée d'un jour ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2020 par lequel la même autorité l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter du 29 février 2020 pour une durée de 4 mois ;
3°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2020 le rétablissant dans ses fonctions à compter du 17 mars 2020 et l'affectant à cette même date au centre de secours principal (CSP) de Sallanches ;
4°) d'annuler le rejet implicite de son recours gracieux adressé au SDIS par un courrier du 25 janvier 2021, reçu le 27 janvier 2021 ;
5°) d'enjoindre au SDIS de lui verser les traitements dont il a été privé du 29 février 2020 au 16 mars 2020, et pour la journée du 27 novembre 2020, majorés des intérêts au taux légal, de le réintégrer au CSP de Chamonix et de reconstituer sa carrière, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de condamner le SDIS à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice subi, majorée des intérêts au taux légal ;
7°) de mettre à la charge SDIS une somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués ne mentionnent pas la possibilité d'exercer un recours gracieux ;
- la procédure disciplinaire, de plus de 10 mois, a présenté une durée excessive ;
- le principe non bis in idem a été méconnu ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;
- la sanction infligée est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, le SDIS de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête et qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le SDIS fait valoir que :
- à titre principal, les conclusions dirigées contre les arrêtés du 28 février 2020 et du 16 mars 2020 sont tardives, donc irrecevables, l'intéressé ne produisant en outre pas l'arrêté du 28 février 2020 ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute d'avoir été précédées d'une réclamation préalable ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 février 2020 portant suspension de fonction ont été enregistrées le 27 mai 2021, soit au-delà du délai raisonnable d'un an courant à compter de la prise de connaissance de cette décision le 29 février 2020 et que, dès lors, en l'absence de circonstances particulières justifiant que soit admis un délai supérieur à un an, elles sont irrecevables en application de la décision du Conseil d'Etat du 13 juillet 2016 Czabaj n° 387763.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public ;
- et les observations de M. C, représentant le SDIS de la Haute-Savoie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est adjudant-chef de sapeur-pompier professionnel employé par le SDIS de la Haute-Savoie. Fin février 2020, le SDIS a mis en œuvre une procédure disciplinaire à l'encontre de M. B, alors affecté au CSP de Chamonix, lui reprochant d'avoir, le 24 février 2020, refusé d'exécuter ses missions de sous-officier de garde et de s'être livré à des paroles et gestes violents et menaçants à l'encontre de son chef de centre. Dans la présente instance, il demande l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2020 par lequel le président du conseil d'administration du SDIS de la Haute-Savoie lui a infligé, pour ces faits, une sanction d'exclusion temporaire de fonction d'une durée d'un jour, l'arrêté du 28 février 2020 par lequel la même autorité l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter du 29 février 2020 pour une durée de 4 mois, l'arrêté du 16 mars 2020 le rétablissant dans ses fonctions à compter du 17 mars 2020 et l'affectant à cette même date au CSP de Sallanches, enfin d'annuler le rejet implicite de son recours gracieux adressé au SDIS par un courrier du 25 janvier 2021, reçu le 27 janvier 2021.
En ce qui concerne l'arrêté du 28 février 2020 :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ".
3. Le SDIS n'établit pas la date à laquelle l'arrêté du 28 février 2020 a été notifié à M. B. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que les conclusions à fin annulation de cet arrêté sont tardives en application des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
4. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire ou, dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a eu connaissance de l'arrêté du 28 février 2020 portant suspension de fonction au plus tard à la date à laquelle il a été effectivement suspendu de ses fonctions, soit le 29 février 2020. Dès lors, les conclusions de l'intéressées, enregistrées le 27 mai 2021, ont été présentées au-delà d'un délai raisonnable d'une année après que M. B a eu connaissance de cette décision. Elles sont, par suite, irrecevables.
En ce qui concerne l'arrêté du 16 mars 2020 :
6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de juridiction administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 16 mars 2020, qui comportait les voies et délais de recours, a été régulièrement notifié à M. B le 16 mars 2020. Or la requête de M. B dirigée contre cet arrêté n'a été enregistré que le 27 mai 2021, soit postérieurement au délai de recours contentieux, qui avait, par application des dispositions précitées, expiré le 17 mai 2020. Ainsi les conclusions de la requête de M. B dirigées contre cet arrêté sont tardives et doivent être rejetées comme irrecevables.
En ce qui concerne l'arrêté du 25 novembre 2020 :
8. Aux termes de l'article 88-4 de la loi susvisée du 26 janvier 1984, dans sa version applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () ".
9. L'administration n'est tenue de faire figurer dans la notification de ses décisions que les délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais de recours administratifs préalables obligatoires. S'il lui est loisible d'y ajouter la mention des recours gracieux et hiérarchiques facultatifs, l'absence de cette mention est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Il s'ensuit que le moyen tiré, en l'espèce, du défaut de la mention du recours gracieux dans l'arrêté attaqué, doit être écarté.
10. Si M. B soutient qu'un délai excessif de près de 10 mois est intervenu entre la commission des faits qui lui sont reprochés et l'intervention de la sanction disciplinaire attaquée, il n'invoque aucune disposition textuelle qui aurait été méconnue. En tout état de cause, ce délai n'apparaît pas comme excessif.
11. Si M. B soutient que le principe non bis in idem a été méconnu en ce qu'il aurait fait l'objet, en sus de sa sanction disciplinaire d'exclusion du service d'une durée d'un jour, d'une mutation d'office au CSP de Sallanches, cette dernière décision présente le caractère d'un changement d'affectation, que l'intéressé n'a en outre pas contesté et dont il n'allègue pas qu'il n'aurait pas été pris dans l'intérêt du service ou qu'il ne présenterait pas le caractère d'une mesure d'ordre intérieur. Le moyen doit donc être écarté.
12. Sur le fond, M. B soutient que les faits du 24 février 2020 qui lui sont reprochés, à savoir, d'avoir refusé d'exécuter ses missions de sous-officier de garde et de s'être livré à des paroles et gestes violents et menaçants à l'encontre de son chef de centre, ne sont pas matériellement établis. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des attestations circonstanciées du chef du groupement, de l'adjoint au chef du CSP de Chamonix et d'un lieutenant de sapeur-pompier témoin des faits, que M. B a refusé d'effectuer la lecture des piquets opérationnels des agents et a tenu des propos irrespectueux envers son chef de centre. Les attestations produites par M. B émanant de son syndicat et de collègues, s'ils dénoncent des dysfonctionnements de l'encadrement du centre et soulignent les qualités professionnelles de l'intéressé, ne remettent pas en cause ces éléments factuels, qui ont en outre été reconnus par l'intéressé et doivent donc être regardés comme matériellement établis. Ces faits constituent une faute de nature à justifier l'infliction d'une sanction disciplinaire. En revanche, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait fait preuve de gestes violents et menaçants à l'encontre de son chef de centre, d'autre part, le seul refus de lecture des piquets opérationnels ne peut être assimilé à un refus d'exécuter ses missions de sous-officier de garde, aucune défaillance opérationnelle ne lui étant reprochée. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le SDIS n'aurait pas, s'il s'était fondé sur les seuls faits matériellement établis, pris la même sanction d'exclusion temporaire pour une durée d'une journée, cette sanction du 1er groupe n'apparaissant en outre pas disproportionnée. M B n'est donc pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 25 novembre 2020.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la sanction attaquée du 25 novembre 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
14. Aux termes du 2ème alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
15. En l'espèce, les conclusions indemnitaires dont M. B a saisi le tribunal n'ont pas été précédées d'une réclamation préalable de nature à lier le contentieux en faisant naître, ne serait-ce qu'implicitement, une décision du SDIS de la Haute-Savoie. Elles sont donc irrecevables et doivent être rejetées.
16. Les conclusions présentées par les parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du SDIS de la Haute-Savoie présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président rapporteur,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Fourcade, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.
Le rapporteur,
P.-H. D'ARGENSON
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2103437
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026