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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103546

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103546

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET TUMERELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2021, Mme C A, représentée par Me Lovera, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Drôme a refusé de lui délivrer un agrément pour adoption, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 31 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Drôme de lui délivrer un agrément pour adoption dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département de la Drôme une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le refus d'agrément qui lui a été opposé par une simple lettre recommandée est entaché d'un vice de forme ;

- il est entaché d'un vice de procédure ;

- le refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2021, le président du conseil départemental de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mai 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sportelli, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a déposé le 29 avril 2020 auprès des services du conseil départemental de la Drôme une demande d'agrément en vue d'adoption. Sa demande a été examinée par la commission d'agrément le 25 janvier 2021. Par une décision du 28 janvier 2021, le président du conseil départemental de la Drôme l'a informée du refus de lui délivrer l'agrément sollicité. Elle a formé un recours gracieux le 2 mars 2021 qui a été rejeté par une décision du 31 mars 2021. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions des 28 janvier 2021 et 31 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 225-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les pupilles de B peuvent être adoptés soit par les personnes à qui le service de l'aide sociale à l'enfance les a confiés pour en assurer la garde lorsque les liens affectifs qui se sont établis entre eux justifient cette mesure, soit par des personnes agréées à cet effet, soit, si tel est l'intérêt desdits pupilles, par des personnes dont l'aptitude à les accueillir a été régulièrement constatée dans un B autre que la France, en cas d'accord international engageant à cette fin ledit B ". Aux termes de l'article L. 225-4 de ce code : " Tout refus ou retrait d'agrément doit être motivé ". Aux termes de l'article R. 225-4 du code : " Avant de délivrer l'agrément, le président du conseil départemental doit s'assurer que les conditions d'accueil offertes par le demandeur sur les plans familial, éducatif et psychologique correspondent aux besoins et à l'intérêt d'un enfant adopté. / A cet effet, il fait procéder, auprès du demandeur, à des investigations comportant notamment : / - une évaluation de la situation familiale, des capacités éducatives ainsi que des possibilités d'accueil en vue d'adoption d'un enfant pupille de B ou d'un enfant étranger ; cette évaluation est confiée à des assistants de service social, à des éducateurs spécialisés ou à des éducateurs de jeunes enfants, diplômés B ; / - une évaluation, confiée à des psychologues territoriaux aux mêmes professionnels relevant d'organismes publics ou privés habilités mentionnés au septième alinéa de l'article L. 221-1 ou à des médecins psychiatres, du contexte psychologique dans lequel est formé le projet d'adopter. / Les évaluations sociale et psychologique donnent lieu chacune à deux rencontres au moins entre le demandeur et le professionnel concerné. Pour l'évaluation sociale, une des rencontres au moins a lieu au domicile du demandeur. / Le demandeur est informé, au moins quinze jours avant la consultation prévue à l'article R. 225-5, qu'il peut prendre connaissance des documents établis à l'issue des investigations menées en application des alinéas précédents. Les erreurs matérielles figurant dans ces documents sont rectifiées de droit à sa demande écrite. Il peut, à l'occasion de cette consultation, faire connaître par écrit ses observations sur ces documents et préciser son projet d'adoption. Ces éléments sont portés à la connaissance de la commission ". Aux termes de l'article R. 225-5 de ce code : " La décision est prise par le président du conseil départemental après consultation de la commission d'agrément prévue à l'article R. 225-9. / Le demandeur est informé de la possibilité d'être entendu par la commission sur sa propre demande et dans les conditions fixées au deuxième alinéa de l'article L. 223-1. Il peut également, dans les mêmes conditions, être entendu par la commission sur la demande d'au moins deux de ses membres. / La commission rend son avis hors la présence du demandeur et, le cas échéant, de la personne qui l'assiste ". Et aux termes de l'article D. 225-6 du même code : " L'arrêté du président du conseil général délivrant l'agrément est établi selon le modèle figurant à l'annexe 2-6. La notice jointe à cet agrément est établie selon le modèle figurant à l'annexe 2-7 ".

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne l'article R. 225-4 du code de l'action sociale et des familles sur le fondement duquel elle a été prise, relève que le projet d'adoption de Mme A " ne correspond pas aux réalités de l'adoption " et qu'" il ne prend pas en compte les remises en question nécessaires dans [sa] dynamique familiale pour permettre l'arrivée d'un enfant par le biais de l'adoption et pour pouvoir répondre à ses besoins spécifiques ". Ces considérations, qui s'appuient sur les évaluations sociale et psychologique dont la requérante a fait l'objet et auxquelles elle a eu accès, étaient suffisantes pour permettre à l'intéressée de comprendre les motifs de fait sur lesquels le président du conseil départemental de la Drôme s'est fondé pour refuser de lui délivrer l'agrément en vue d'adoption. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, le moyen tiré de ce que la décision de rejet de son recours gracieux serait insuffisamment motivée est inopérant et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, si les dispositions précitées de l'article D. 225-6 du code de l'action sociale et des familles prévoient que la décision du président du conseil départemental délivrant l'agrément prend la forme d'un arrêté, en revanche il ne résulte d'aucun texte législatif ou réglementaire que la décision de refus d'agrément devrait prendre la même forme. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que, par un courrier du 14 janvier 2021, Mme A a été informée de ce que la commission d'agrément en vue d'adoption se réunirait le lundi 25 janvier 2021 afin d'examiner sa demande et a été informée, par ce même courrier, de la possibilité de prendre connaissance des évaluations sociale et psychologique réalisées, de produire des observations écrites à l'attention de la commission et d'être entendue par cette dernière. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté. Par ailleurs, si la requérante fait valoir que le procès-verbal de la commission qui s'est réunie le 25 janvier 2021 ne lui a pas été communiqué, il n'est pas allégué, ni ne ressort des pièces du dossier qu'elle en aurait demandé la communication.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes de l'article 14 de la même convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ".

7. Mme A fait valoir que tant le rapport d'enquête sociale que le rapport d'expertise psychologique qui ont été rendus lors de l'examen de sa demande d'agrément exposent que les conditions d'accueil matérielles, sociales, familiales, ses ressources et son logement sont propices à l'accueil d'un enfant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des conclusions du rapport d'enquête sociale, que si les conditions matérielles et financières de la requérante sont adaptées à l'accueil d'un nouvel enfant, il est noté en revanche qu'il n'a pas été possible d'affiner sa réelle motivation quant à son projet d'adoption et qu'elle serait dans l'attente d'un enfant idéal. Le rapport note aussi que la relation fusionnelle que l'intéressée entretient avec sa fille biologique, âgée de 13 ans, interroge sur la place dont disposerait l'enfant adopté. Par ailleurs, si le rapport d'expertise psychologique relève que Mme A porte avec enthousiasme son projet d'adoption, il est toutefois relevé que ce projet doit être précisé. Si la requérante produit plusieurs témoignages de proches qui établissent ses qualités de mère de famille, qui au demeurant ne sont pas mises en cause par les rapports précités, ces éléments ne sont pas de nature à contredire la circonstance relevée dans les deux rapports précités selon laquelle son projet d'adoption n'est pas abouti et devrait être encore précisé. Enfin, contrairement à ce qui est soutenu, la décision attaquée n'est pas motivée par le fait que Mme A est célibataire. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus d'agrément en vue d'adoption aurait été prise en méconnaissance des stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage qu'elle serait entachée d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation ainsi que celles à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du département de la Drôme, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au département de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bourion, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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