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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103675

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103675

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2021, la société VLB, M. I X, Mme V Y née M, M. B U, Mme P U, née G, M. O Q, Mme R Q, née T, M. S E, Mme W E, née N, M. H K, Mme F K, née L, M. J AOr et Mme D Z, représentés par Me Buffet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2021 par lequel le maire des Deux Alpes a délivré à la société Immalliance Chalet du Petit Plan un permis de construire portant sur l'édification d'un immeuble comportant vingt-six logements pour une surface de plancher totale de 1 489 m² sur un terrain cadastré section AI n° 115 situé au lieudit Petit Plan, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux du 16 mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune des Deux Alpes le versement d'une somme de 500 euros à chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté méconnaît l'article L. 2511-30 du code général des collectivités territoriales, faute de consultation pour avis du maire de Mont-de-Lans ;

- l'arrêté méconnaît l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, dès lors que la notice est insuffisante s'agissant de la desserte et de l'accès au projet, du traitement paysager des espaces libres et de l'insertion du projet dans son environnement ;

- le plan de masse joint au projet ne respecte pas l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas coté dans les trois dimensions, qu'il ne fait pas apparaître les travaux extérieurs aux constructions et qu'il ne mentionne pas les plantations maintenues, supprimées ou créées ;

- le dossier, qui ne comprend qu'un seul plan en coupe non coté, ne respecte pas l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté méconnaît l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet empiète sur la copropriété des Chalets d'Or ;

- il méconnaît les articles Ua 3, Ua 6, Ua 7, Ua 10, Ua 11, Ua 12, Ua 13, et Ua 14 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire, enregistré le 7 octobre 2021, la société Immalliance Chalet du Petit Plan, représentée par Me Lacroix, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 28 septembre 2023, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de surseoir à statuer au titre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme afin de permettre la régularisation de plusieurs vices affectant la légalité de l'acte attaqué et les a invitées à présenter leurs observations.Par un mémoire, enregistré le 2 octobre 2023, la société Immalliance Chalet du petit Plan a présenté des observations sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Par un mémoire, enregistré le 3 octobre 2023, la commune des Deux Alpes a présenté des observations sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2009-967 du 3 août 2009 modifiée de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beytout,

- les conclusions de Mme Bedelet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Buffet, avocate des requérants, et de Me Vieillard, avocat de la société Immalliance Chalet du Petit Plan.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 janvier 2021, le maire des Deux Alpes a délivré à la société Immalliance Chalet du Petit Plan un permis de construire un immeuble comportant vingt-six logements pour une surface de plancher totale de 1 489 m² sur un terrain cadastré section AI n° 115 situé au lieudit Petit Plan. La société VLB et autres ont formé un recours gracieux par courrier du 16 mars 2021, implicitement rejeté par la commune des Deux Alpes. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2021, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la procédure suivie :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2113-17 du code général des collectivités territoriales : " Les articles L. 2511-9, L. 2511-10-1 à L. 2511-13, L. 2511-15 et L. 2511-17 à L. 2511-23, le quatrième alinéa de l'article L. 2511-25, les articles L. 2511-26, L. 2511-28 à L. 2511-33 du présent code et l'article 36 de la loi n° 82-1169 du 31 décembre 1982 relative à l'organisation administrative de Paris, Marseille, Lyon et des établissements publics de coopération intercommunale sont applicables aux communes déléguées. / Par délibération du conseil municipal de la commune nouvelle, les articles L. 2511-14 et L. 2511-24 peuvent être applicables aux communes déléguées ". Et aux termes de l'article L. 2511-30 du même code : " Le maire d'arrondissement émet un avis sur toute autorisation d'utilisation du sol dans l'arrondissement délivrée par le maire de la commune ou le maire de Paris et au nom de celle-ci en application des dispositions du code de l'urbanisme ainsi que sur toute permission de voirie sur le domaine public dans l'arrondissement délivrée par le maire de la commune ou le maire de Paris en application du présent code () ".

3. La commune des Deux-Alpes est une commune nouvelle. En application des dispositions précitées, le maire de la commune déléguée de Mont-de-Lans où se situe le projet aurait dû être consulté sur le projet en litige, cette consultation constituant une garantie pour les communes déléguées. En l'espèce, si l'arrêté attaqué vise " l'avis du maire ", il ne précise pas de quel maire émane cet avis et ledit avis n'a pas été produit dans la présente instance, en dépit de la mesure d'instruction faite par le tribunal. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2511-30 du code général des collectivités territoriales précité est fondé.

En ce qui concerne la composition du dossier de demande de permis de construire :

4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits sont insuffisants, imprécis ou comportent des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ".

6. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la notice indique sommairement les modalités de desserte et d'accès au projet par la rue adjacente en impasse du Petit Plan. Elle comporte en outre une partie dédiée au traitement paysager des espaces libres où il est précisé notamment que les espaces extérieurs restent naturels, herborisés type alpage, et que l'espace boisé existant sera reconstitué avec les mêmes essences. Elle permet, enfin, d'appréhender l'insertion du projet dans son environnement. Au demeurant, elle est utilement complétée par les différents plans et le document graphique d'insertion sur ces différents points. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit donc être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ".

8. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le plan de masse est coté dans les trois dimensions et complété, en outre, par un plan topographique. Il indique les travaux extérieurs aux constructions tels que les places de stationnement et la rampe d'accès au stationnement souterrain. Il mentionne l'existence d'un bosquet d'arbres appelé à être déplacé en fond de parcelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme n'est pas fondé. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () ".

9. Le dossier de demande de permis de construire comprend un plan de coupe permettant d'apprécier l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain, plan qui est en outre complété par les différents plans de façade. L'article R. 431-10 précité n'impose pas la production de plusieurs plans de coupe. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la qualité du pétitionnaire pour présenter la demande de permis de construire :

10. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ".

11. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une déclaration ou d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc soutenir utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle déclaration ou d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'opposer à la déclaration ou de refuser la demande de permis pour ce motif.

12. La société Immalliance Chalet du Petit Plan a complété l'attestation prévue par les dispositions précitées à l'appui de sa demande. Si les requérants soutiennent que le projet empiète sur la copropriété Les Chalets d'Or, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet correspond à la parcelle cadastrée section AI n° 115 et le service instructeur ne disposait d'aucune information de nature à établir le caractère frauduleux de cette attestation ou faisant apparaître que le pétitionnaire ne disposait d'aucun droit à la déposer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne le respect du règlement du plan local d'urbanisme :

13. En premier lieu, aux termes de l'article Ua 3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'accès et à la voirie : " I - Accès / Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation. / Peuvent être interdits, les accès publics ou privés sur la voie publique susceptibles de présenter un risque pour la sécurité des usagers (cas des carrefours, des virages avec manque de visibilité et de la déclivité trop importante de ces accès par exemple). / II - Voirie / Les dimensions, formes et caractéristiques des voies, doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent et aux opérations qu'elles doivent desservir. / Dans tous les cas la largeur des voies à usage public lors de la réalisation d'opérations nouvelles ne pourra être inférieure à 5 m en double sens et à 4 m en sens unique, sauf impossibilité technique (emprise insuffisante entre deux constructions existantes). / Elles doivent dans tous les cas permettre l'approche du matériel de lutte contre l'incendie. / Les voies nouvelles en impasse doivent être aménagées dans leur partie terminale afin de permettre à tout véhicule (notamment à ceux des services publics) de faire demi-tour ".

14. Comme indiqué précédemment, il ressort des pièces du dossier que la partie de la parcelle cadastrée section AI n° 115 destinée à une rétrocession supporte la rue du Petit Plan qui dessert la parcelle et fait l'objet d'un emplacement réservé destiné à l'élargissement de cette rue, de sorte que, contrairement à ce qui est soutenu, la parcelle ne sera pas enclavée à l'issue de sa rétrocession.

15. En outre, l'arrêté attaqué n'impose pas la gratuité de cette rétrocession dont les modalités ne sont pas davantage indiquées dans le dossier de demande de permis de construire. Les requérants ne sauraient ainsi se prévaloir d'une telle gratuité pour soutenir que la rétrocession est inconstitutionnelle.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article Ua 6 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques : " En dehors de l'avenue de la Muzelle, les constructions doivent s'implanter à 5m de l'alignement des voies et emprises publiques (y compris les trottoirs, les stationnements en bordure de voie et la bande roulante). Les saillies en surplomb (passées de toitures, auvents, balcons) à l'intérieur de la marge de recul sont autorisées sur 1.50 mètres. Elles ne devront comporter aucun élément bâti au sol (poteau, mur d'appui). La hauteur minimum de ces surplombs par rapport au sol extérieur devra être de 2.50 mètres () ". En outre, aux termes de l'article 2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme relatif au champ d'application du règlement : " Implantation des constructions : / Le retrait est mesuré à partir de la façade pour les débords de toiture et balcons ne dépassant pas 1.5 m et à partir du bord de la toiture (égout du toit s'il y en a un) ou du nez du balcon au-delà de ce dépassement ". Enfin, aux termes de l'article 4 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux définitions : " Alignement : Limite que l'administration entend fixer entre le domaine public et le domaine privé riverain. Des alignements graphiques différents peuvent être réalisés sur le plan de zonage. Dans ce cas, ils se substituent au précédent. En présence d'un emplacement réservé l'alignement est la limite fixée par l'emplacement réservé ".

17. Il ressort du plan de toiture que la passée de toiture en façade est présente une largeur de 1, 80 m. Or elle se situe à moins de 5 m de l'alignement futur de la voie à l'angle sud-est du projet. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que le projet méconnaît l'article Ua 6 précité.

18. En troisième lieu, aux termes de l'article Ua 7 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation en limite séparative : " Les constructions peuvent s'implanter en limite séparative. / Dans le cas contraire, elles doivent s'implanter à une distance d'au moins 3m des limites séparatives. / Les dépassés de toitures ne sont pas intégrés dans les marges de reculs dès lors qu'ils sont inférieurs à 1.50m () ". Aux termes de l'article 2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme relatif au champ d'application du règlement : " Implantation des constructions : / Le retrait est mesuré à partir de la façade pour les débords de toiture et balcons ne dépassant pas 1.5 m et à partir du bord de la toiture (égout du toit s'il y en a un) ou du nez du balcon au-delà de ce dépassement ".

19. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les balcons en façade sud et nord présentent une largeur inférieure à 1,50 m et ne doivent dès lors pas être pris en compte pour le calcul de la distance par rapport aux limites séparatives. La distance du nu de la façade aux différentes limites séparatives est en tout point supérieure à 3 m. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

20. En quatrième lieu, en vertu de l'article Ua 10 du règlement du plan local d'urbanisme, la hauteur maximale est fixée à 16 m dans la zone. Aux termes de l'article 4 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux définitions : " La hauteur est mesurée verticalement en tout point de la construction par rapport au sol existant, ouvrages techniques et cheminées exclues. / Par sol existant il faut considérer : / - Le terrain obtenu après terrassement dans le cas où la construction réclame un déblai par rapport au terrain naturel ; / - Le terrain naturel avant terrassement dans le cas où la construction réclame un remblai sur le terrain initial ;/ Il est précisé que les souterrains (c'est-à-dire un ouvrage construit au-dessous du sol existant précédemment définit sans qu'aucune partie ne soit émergente) et les pentes d'accès aux souterrains par rapport au sol existant ne comptent pas dans le calcul de la hauteur ".

21. Il ressort du dossier de demande que le stationnement souterrain est réalisé en dessous du sol existant précédemment et n'émerge pas de la construction, excepté au droit de la rampe d'accès en façade nord. Le niveau de stationnement souterrain, n'avait, contrairement à ce qui est soutenu, dès lors pas à être pris en compte dans le calcul de la hauteur, laquelle reste inférieure à 16 m par rapport au sol existant en tout point de la construction.

22. En cinquième lieu, aux termes de l'article Ua 11 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'aspect extérieur des constructions : " Caractère et expression des façades : Elles doivent être en harmonie d'aspect et de matériaux avec les constructions voisines et les perspectives environnantes. / Dans le cas général, les parties pleines des façades doivent dominer les vides. Il peut être autorisé, dans le cas de projet architectural particulièrement étudié, des baies vitrées plus importantes, sous réserve d'une bonne adaptation de la construction à l'environnement immédiat () / Pour les constructions à l'exclusion des commerces, il est imposé au moins 1/3 de pierres et au moins 1/3 de bois d'aspect mâte. Cette règle s'applique à l'échelle de la construction et non par façade () ".

23. Il ressort du dossier de demande de permis de construire que le projet s'insère dans un environnement densément bâti composé d'immeubles collectifs de taille et d'aspect comparables au projet attaqué. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ressort des plans de façade que les parties pleines sont plus importantes que les vides. Et la notice mentionne une proportion d'1/3 de pierres et d'1/3 de bois conformément aux dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ua 11 doit donc être écarté.

24. En sixième lieu, aux termes de l'article Ua 12 du règlement du plan local d'urbanisme relatif au stationnement : " Stationnement automobile motorisée : / Le stationnement des véhicules automobiles doit être assuré en dehors des voies publiques et correspondre aux besoins des constructions et installations. / Toutes les places de parking devront avoir une largeur minimum de 2,5 mètres et une profondeur minimale de 5 mètres. Le stationnement en enfilade est limité à deux véhicules. Les espaces de manœuvre et parkings extérieurs seront constitués de matériaux drainants limitant l'imperméabilité des sols. Au moins 50% des parkings seront couverts. / Pour les logements locatifs financés avec un prêt aidé par l'Etat (logements sociaux), il ne peut pas être exigé la réalisation de plus d'une aire de stationnement par logement. / Pour les constructions à usage d'habitation, il est exigé une place de stationnement par tranche de 50m² de surface de plancher avec un minimum d'une place par logement, dont au moins une place sera couverte. Dans le cas d'opération de réhabilitation, avec création de surface de plancher supplémentaire par rapport à l'existant, il est exigé la création d'une place de stationnement supplémentaire par tranche de 50m² de surface de plancher entamée. / () Stationnement des vélos : / Il est exigé une place de vélo par tranche de 100m² de surface de plancher entamée ".

25. La construction autorisée, qui comporte vingt-six logements pour une surface de plancher totale de 1 489 m², requiert trente places de stationnement automobile dont vingt-six couvertes ainsi qu'un local pouvant accueillir au moins quinze vélos. Il ressort de la notice et des différents plans produits que le projet compte trente-trois places de stationnement automobile, dont vingt-six en sous-sol, et deux locaux permettant d'accueillir quinze vélos. Le projet répond ainsi aux exigences des dispositions précitées et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ua 12 doit donc être écarté.

26. En septième lieu, aux termes de l'article Ua 13 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux espaces libres et aux plantations : " Espaces verts / Dans le but de valoriser l'environnement, tous les espaces extérieurs des constructions seront aménagés, plantés et entretenus. / Les arbres existants situés dans l'emprise foncière du projet seront protégés et conservés, ceux dans la zone de construction seront transplantés. / Dans le cas où le terrain ne permettrait pas la plantation du total des arbres exigés, le constructeur devra réaliser le solde des plantations manquantes sur un autre site que lui indiqueront les services municipaux. / Espaces minéraux / Ceux-ci sont principalement, les cheminements piétons, les accès aux garages ou aux aires de stationnement mais aussi les terrasses. Les matériaux devront être adaptés aux contraintes d'usage et d'entretien. Ils devront aussi être choisis en harmonie avec les matériaux retenus pour les bâtiments et avec le traitement du paysage végétal. Les espaces de manœuvre et parkings extérieurs seront constitués de matériaux durs, mais drainants, résistant aux engins de déneigement. Sont notamment exclus les sols en graviers, bicouches, etc ".

27. Il ressort du dossier de demande de permis de construire que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la zone boisée existante devant être supprimée sera remplacée par une zone boisée de taille comparable et composée des mêmes essences en fond de parcelle. La mention de l'utilisation de matériaux drainants pour les places de parking extérieures dans le dossier de demande de permis de construire est en outre suffisante pour apprécier la conformité du projet à la réglementation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ua 13 doit être écarté.

28. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article Ua 14 relatif à la performance énergétique et environnementale : " Toute construction ou opération de plus de 1000 m² de surface de plancher doit comporter un dispositif de production d'énergie renouvelable et au moins un dispositif destiné à économiser l'eau ". Aux termes de l'article 29 de la loi du 3 août 2009 susvisée : " Les équipements de récupération de chaleur in situ sont pris en compte comme des équipements de production d'énergie renouvelable dans l'ensemble des textes relatifs à la construction et à l'urbanisme, en particulier dans les réglementations thermiques du bâtiment ".

29. La notice du dossier de demande de permis de construire prévoit la réalisation d'un système de " powerpipe " destiné à récupérer les calories des eaux grises afin de préchauffer l'eau chaude sanitaire, ainsi que des robinetteries permettant de faire des économies d'eau. En l'absence de précisions supplémentaires dans le règlement du plan local d'urbanisme, il convient d'assimiler cet équipement de récupération de chaleur à un équipement de production d'énergie renouvelable pour l'application des dispositions précitées de l'article Ua 14. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit dès lors être écarté.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

30. L'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme dispose que : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

31. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

32. Les vices dont le présent jugement reconnaît, aux points 3 et 18, qu'ils entachent d'illégalité le permis de construire en litige, apparaissent susceptibles de faire l'objet d'un permis de construire de régularisation. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et de fixer à la société Immalliance Chalet du Petit Plan et à la commune des Deux Alpes un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement aux fins de produire la mesure de régularisation nécessaire.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête, jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, imparti à la société Immalliance Chalet du Petit Plan et à la commune des Deux Alpes pour notifier au tribunal un permis de construire régularisant les vices tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2511-30 du code général des collectivités territoriales et de l'article Ua 6 du règlement du plan local d'urbanisme.

Article 2 : Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société VLB, à M. I X, à Mme V Y née M, à M. B U, à Mme P U, née G, à M. O Q, à Mme R Q, née T, à M. S E, à Mme W E, née N, à M. H K, à Mme F K, née L, à M. J AOr, à Mme D Z, à la commune des Deux Alpes et à la société Immalliance Chalet du Petit Plan.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Hamdouch, premier conseiller,

Mme Beytout, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

E. BEYTOUT

Le président,

P. THIERRY La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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