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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2103701

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2103701

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2103701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP VPNG AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A, qui demandait la condamnation de la commune des Belleville pour des dommages causés à son véhicule lors d’une mise en fourrière. Le tribunal s’est déclaré incompétent pour connaître des conclusions relatives au remboursement des frais de fourrière, cette opération relevant de la police judiciaire et donc de la compétence du juge judiciaire, en application des articles L. 325-1 et suivants du code de la route. Sur les conclusions indemnitaires, le tribunal a estimé que le lien de causalité entre la mise en fourrière et les dommages allégués n’était pas établi, faute de réclamation immédiate lors de la restitution du véhicule. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des demandes, sans expertise.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2021 et un mémoire enregistré le 15 novembre 2021, M. B A, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de condamner la commune des Belleville à lui verser la somme de 982 euros en réparation des dommages causés à son véhicule et à lui rembourser les frais de mise en fourrière qu'il a exposés à hauteur de 121,27 euros ;

2°) de désigner un expert en vue de chiffrer le montant de la réparation.

Il soutient que :

- son véhicule a été placé dans un simple enclos ne pouvant ainsi être considéré comme une fourrière agréée et aux normes ;

- l'agent qui a pris en charge son véhicule n'était pas agréé ;

- il a récupéré son véhicule avec deux bosses sur le toit ;

- le délai de 15 jours qui s'est écoulé entre le retrait de son véhicule de la fourrière et la constatation des dommages qu'il a subis est dû à son départ en vacances.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, la commune des Belleville, représentée par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et Associés, conclut au rejet de la requête et demande une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur les conclusions de la requête tendant au remboursement des frais de mise en fourrière.

- subsidiairement, cette demande n'est pas fondée ;

- elle n'a commis aucune faute lors de l'enlèvement et de la conservation du véhicule du requérant ;

- le requérant ne justifie pas avoir subi des préjudices et le lien de causalité n'est pas établi ;

- le montant des préjudices allégués est excessif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative et notamment l'article R. 222-19.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller,

- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,

- et les observations de Me Da Silva, représentant la commune des Belleville.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 mars 2021, suite au constat d'une infraction aux règles de stationnement en vigueur sur le territoire de la commune des Belleville (Savoie), le véhicule de M. A a été transporté à la fourrière. Dans la présente instance, l'intéressé demande au tribunal de condamner cette commune au paiement d'une indemnité de 982 euros en réparation des dommages qui auraient été causés à son véhicule à l'occasion de sa mise en fourrière outre remboursement des frais d'un montant de 121,27 euros qu'il a dû acquitter.

Sur les conclusions tendant au remboursement des frais de mise en fourrière :

2. Aux termes de l'article L. 325-1 du code de la route : " Les véhicules dont la circulation ou le stationnement en infraction aux dispositions du présent code ou aux règlements de police ou à la réglementation relative à l'assurance obligatoire des véhicules à moteur ou à la réglementation du transport des marchandises dangereuses par route compromettent la sécurité ou le droit à réparation des usagers de la route, la tranquillité ou l'hygiène publique, l'esthétique des sites et des paysages classés, la conservation ou l'utilisation normale des voies ouvertes à la circulation publique et de leurs dépendances, notamment par les véhicules de transport en commun peuvent à la demande et sous la responsabilité du maire ou de l'officier de police judiciaire territorialement compétent, même sans l'accord du propriétaire du véhicule, dans les cas et conditions précisés par le décret prévu aux articles L. 325-3 et L. 325-11, être immobilisés, mis en fourrière, retirés de la circulation et, le cas échéant, aliénés ou livrés à la destruction ". Aux termes de l'article R. 325-12 du même code : " I. - La mise en fourrière est le transfert d'un véhicule en un lieu désigné par l'autorité administrative ou judiciaire en vue d'y être retenu jusqu'à décision de celle-ci, aux frais du propriétaire de ce véhicule () ". Enfin, aux termes de l'article R. 325-27 de ce code : " Les intéressés peuvent contester la décision de mise en fourrière : / - auprès du procureur de la République du lieu de l'enlèvement du véhicule, lorsque la procédure est consécutive à la commission d'une infraction () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que la mise en fourrière d'un véhicule, prescrite en exécution des articles L. 325-1 et suivants du code de la route, a le caractère d'une opération de police judiciaire. Les frais de mise en fourrière sont indissociables d'une telle opération. Par suite, les litiges relatifs à ces frais ne relèvent pas de la compétence du juge administratif. Il y a donc lieu d'accueillir l'exception d'incompétence excipée en défense par la commune des Belleville et de rejeter les conclusions de M. A tendant à sa condamnation au remboursement des frais de mise en fourrière dont il a dû s'acquitter comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Il résulte de l'instruction qu'après avoir récupéré son véhicule le jour même de son enlèvement, soit le 2 mars 2021, M. A n'a fait état au maire des dommages qui auraient été causés à ce véhicule que le 17 mars suivant. Si le requérant explique l'écoulement de ce délai de 15 jours par son départ en vacances, il est constant que, lors de la restitution de son véhicule, il n'a pas signalé de dommage sur celui-ci et n'a pas rempli de fiche de réclamation. Par suite, le lien de causalité entre les conditions de mise en fourrière de son véhicule et les dommages matériels qu'il a constatés n'est pas établi. Dans ces conditions, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise.

Sur les frais d'instance :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune des Belleville au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. A tendant au remboursement des frais de mise en fourrière qu'il a acquittés sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune des Belleville.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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