mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103716 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GUITTON-DADON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juin 2021 et le 30 juin 2022, la société par actions simplifiée Mercier Promotion, représentée par Me Guitton, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel la maire d'Allonzier-la-Caille a refusé de lui accorder le permis de construire un ensemble immobilier de 80 logements ;
2°) d'enjoindre au maire, dans un délai de 3 mois à compter de la notification du jugement, à titre principal de lui délivrer l'autorisation d'urbanisme demandée et à titre subsidiaire de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Allonzier-la-Caille une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- le motif tiré de la méconnaissance des articles 3.UH du règlement du plan local d'urbanisme et R.111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;
- le motif tiré de la méconnaissance de l'article 4.UH du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'erreurs de droit dès lors que la maire s'est crue à tort en situation de compétence liée, qu'elle a ajouté une condition de surface de l'aire de collecte des déchets non prévue par le plan local d'urbanisme et que le règlement communautaire de collecte des déchets n'est pas opposable à sa demande ; qu'il est entaché d'une erreur d'appréciation sur son accessibilité pour la collecte ; qu'en tout état de cause, une prescription aurait dû le cas échéant assortir la délivrance du permis de construire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, la commune d'Allonzier-la-Caille, représentée par la SELARL Cabinet Merotto, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés et doit être regardée comme demandant de substituer aux motifs opposés dans l'arrêté les motifs tirés de ce que l'aire de collecte des déchets n'est pas close et couverte et de ce que le local poubelle au sous-sol n'est pas accessible en méconnaissance de l'article 4.UH du règlement du plan local d'urbanisme.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aubert,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mathevon, représentant la société Mercier Promotion, et de Me Tourt, représentant la commune d'Allonzier-la-Caille.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Mercier Promotion a demandé le 8 février 2021 un permis de construire un ensemble immobilier de 80 logements après démolition des constructions existantes sur le terrain situé 14 route de Chez Falconnet, 61-157 route de la Patiole à Allonzier-la-Caille et cadastré section A n°1254, 1252, 1535, 1189, 1536, 519, 1191 et 1192. Par l'arrêté contesté en date du 4 mai 2021, la maire de la commune d'Allonzier-la-Caille a refusé cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les motifs de refus fondant la décision contestée :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () " Aux termes de l'article A. 424-3 du même code : " L'arrêté indique, selon les cas : () / b) Si le permis est refusé ou si la déclaration préalable fait l'objet d'une opposition ; () ". L'article A. 424-4 du même code dispose : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision et indique les voies et délais de recours. "
3. En l'espèce, la décision de la maire d'Allonzier-la-Caille vise les règles du code de l'urbanisme et du règlement du plan local d'urbanisme sur lesquelles elle se fonde. S'agissant du motif tiré de la méconnaissance des articles 3UH du règlement du plan local d'urbanisme et R.111-2 du code de l'urbanisme, l'arrêté expose, après les avoir décrites, que les voies de desserte du tènement étaient insuffisantes au regard de l'objet du projet portant sur la réalisation de 80 logements, et de nature à porter atteinte à la sécurité publique. Elle indique, s'agissant du motif tiré de la méconnaissance de l'article 4UH du règlement, que la plateforme de collecte des déchets est insuffisante et placée à un endroit où la collecte ne peut être assurée. Dans ces conditions, la pétitionnaire a été informée des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de sa demande de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " D'autre part, aux termes de l'article 3.2 UH du règlement du plan local d'urbanisme d'Allonzier-la-Caille relatif à la voirie : " Les occupations et utilisations du sol sont refusées sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles envisagé, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie, de déneigement et d'enlèvement des ordures ménagères. Cette sécurité doit être appréciée compte-tenu notamment de la position des accès, de leur configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. () "
5. Il ressort des pièces du dossier que la distance à parcourir sur les voies Chez Falconnet et de la Patiole pour accéder au terrain d'assiette du projet est très faible et que la visibilité y est bonne. Par ailleurs, le projet organise l'entrée dans le parking souterrain uniquement par le chemin de Chez Falconnet et une sortie de ce même parking uniquement par la rue de la Patiole. Le croisement en entrée et sortie par un même accès, au niveau de Chez Falconnet, est résiduel et restreint à l'accès au parking extérieur de trente places. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la desserte du projet par ces deux voies, nonobstant leur largeur de 3,80 et 3,50 mètres, ne présenterait pas des caractéristiques suffisantes pour permettre d'accéder en toute sécurité au terrain accueillant les 80 logements programmés. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur le moyen tiré de l'erreur de fait, la requérante est fondée à soutenir que le motif de refus tiré de l'insuffisance de la desserte du projet est illégal.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4.5 UH du règlement du plan local d'urbanisme d'Allonzier-la-Caille relatif à la collecte des déchets : " Toute opération de lotissement, d'habitat collectif ou semi-collectif, doit être dotée de locaux ou d'emplacements spécialisés afin de recevoir les conteneurs d'ordures ménagères, y compris pour la collecte sélective si nécessaire./ Cet aménagement se fera dans le respect du règlement communautaire de collecte en vigueur (respect des surfaces, de l'accessibilité et de l'esthétisme), et suivant l'avis de l'autorité compétente./ Si ces locaux ou emplacements pour le stockage permanent des conteneurs sont implantés en bordure du domaine public, ils doivent être clos et couverts. "
7. Pour refuser la demande de permis de construire en litige, la maire a retenu que la plate-forme prévue pour la collecte et l'enlèvement des déchets présentait des caractéristiques insuffisantes et était placée à un endroit où la collecte ne pouvait être assurée. Toutefois, le projet programme une plateforme de collecte des déchets d'environ 15 m² dont il n'est pas établi qu'elle ne répondrait pas à son usage de support des conteneurs d'ordures ménagères au sens et pour l'application du règlement du plan local d'urbanisme. Quant à la circonstance que la collecte ne serait pas assurée à l'angle des rues de la Patiole et de Chez Falconnet où est située la plate-forme de collecte des déchets, elle ne constitue pas un motif d'urbanisme susceptible de fonder le refus du permis de construire. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le motif tiré de la méconnaissance de l'article 4.5 UH du plan local d'urbanisme est illégal.
En ce qui concerne les motifs substitués :
8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. La commune d'Allonzier-la-Caille demande que soit substitué à ces motifs le motif nouveau tiré de ce que le local à poubelles situé au sous-sol n'est pas accessible au sens de l'alinéa 2 de l'article 4.5 du règlement du plan local d'urbanisme qui renvoie au règlement communautaire de collecte. Elle fait valoir que rien ne permet de vérifier que l'emplacement pour le stockage permanent des conteneurs sera bien clos et couvert comme l'exige le même texte.
10. Toutefois, la commune ne peut légalement opposer au projet un motif de refus tiré de la méconnaissance du règlement communautaire de collecte qui ne constitue pas une réglementation d'urbanisme. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la plateforme de collecte des ordures ménagères serait dédiée au stockage permanent des conteneurs alors qu'un local poubelle est prévu en sous-sol. Dans ces conditions, ces deux motifs tirés de la méconnaissance de l'article 4.5 UH du règlement du plan local d'urbanisme ne peuvent être substitués aux motifs initiaux opposés.
11. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel la maire d'Allonzier-la-Caille a refusé le permis de construire sollicité doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. En l'espèce, le présent jugement censure l'intégralité des motifs de refus opposés à la société pétitionnaire et il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre puisse justifier la décision attaquée ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fasse obstacle. Par suite, il implique nécessairement que le maire d'Allonzier-la-Caille délivre à la société Mercier Promotion le permis de construire sollicité. Il lui sera enjoint d'y procéder dans le délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Allonzier-la-Caille, partie perdante, une somme de 1 500 euros à verser à la société Mercier Promotion sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :L'arrêté du 4 mai 2021 est annulé.
Article 2 :Il est enjoint au maire d'Allonzier-la-Caille de délivrer à la société Mercier Promotion le permis de construire sollicité dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 :La commune d'Allonzier-la-Caille versera à la société Mercier Promotion la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la société Mercier Promotion et à la commune d'Allonzier-la-Caille.
Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.
La rapporteure,
E. Aubert
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2103716
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026