mercredi 18 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2103901 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | LADET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2021, M. F E, représenté par Me Ladet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2020 par laquelle la commission de médiation du département de l'Isère a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement présentée sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
2°) d'enjoindre à la commission de médiation de déclarer sa situation prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement de type T5/T6 au rez-de-chaussée ou au premier étage, ou à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard :
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, celui-ci s'engageant à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
M. E soutient que :
- il incombera au préfet de justifier de la régularité de la composition de la commission de médiation du département de l'Isère ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré du non-respect du délai règlementaire de trois mois prévu à l'article R. 441-15 du code de la construction et de l'habitation ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 18 février 2022 et le 11 mars 2022, le préfet de l'Isère conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Par une décision du 20 octobre 2021, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Mme D, représentant le préfet de l'Isère.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définis par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir./ Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ".
2. D'autre part, aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. / () / Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence () ".
3. Enfin, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes :/-ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 / () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25 () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas particulier d'une personne se prévalant uniquement du fait qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la commission peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé dispose déjà d'un logement, à condition que, eu égard à ses caractéristiques, au montant de son loyer et à sa localisation, il puisse être regardé comme adapté à ses besoins.
5. En se bornant à soutenir qu'il incombera au préfet de justifier que la commission de médiation était régulièrement composée, M. E n'invoque aucune irrégularité précise qui serait susceptible d'exercer une influence sur la décision attaquée ou de le priver d'une garantie. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté comme dépourvu des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
6. Aux termes des dispositions de l'article R. 441-15 du code de la construction et de l'habitation : " Lorsqu'elle est saisie au titre du II de l'article L. 441-2-3, la commission de médiation rend sa décision dans un délai de trois mois à compter de la réception de la demande. () ".
7. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la commission de médiation de l'Isère, saisie par M. E le 9 juillet 2020, a rendu sa décision le 14 décembre 2020, soit après l'expiration du délai de trois mois qu'il lui était imparti pour statuer. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ce vice de procédure ait exercé, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ni qu'il ait privé M. E d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
8. Il ressort de la décision attaquée que la commission de médiation a refusé à M. E de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à sa demande de logement social au motif qu'il disposait d'un logement adapté à la composition de son foyer et à ses ressources. En dépit de la reconnaissance du handicap de M. E et de celui de deux de ses enfants, ainsi que des dysfonctionnements occasionnels rencontrés avec l'ascenseur du logement.
9. Il est constant que M. E était à la date de la décision attaquée en attente d'un logement depuis un délai supérieur au délai anormalement long, fixé à 25 mois dans le département de l'Isère par arrêté du 28 décembre 2007 et que l'intéressé et ses deux enfants, A et B, sont en situation de handicap. Toutefois, si l'intéressé produit des pièces médicales attestant que, pour l'enfant B, épileptique, qui ne peut prendre l'ascenseur seul en raison de sa phobie et souffrant de troubles de la marche, l'idéal serait d'habiter au rez-de-chaussée ou au premier étage, et que M. E ne peut plus continuer à vivre au cinquième étage en raison d'un risque pour sa sécurité physique et psychique, ces pièces ne permettent pas d'établir que leur état de santé serait dégradé au point de nécessiter un logement social en urgence, et alors que, comme le soutient lui-même le requérant dans sa requête " la configuration interne du logement [est] conforme à la composition de [son] foyer ".
10. En outre, si le requérant fait valoir que la localisation de son logement constitue également un facteur d'inadaptabilité majeur, dès lors que ses enfants ont été agressés verbalement et physiquement et qu'il a déposé plainte contre leurs auteurs, âgés selon le dépôt de plainte, de 12 à 14 ans, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette plainte aurait débouché sur une action pénale. Dès lors, M. E n'établit pas que la situation d'insécurité dont il se prévaut créerait pour lui et pour sa famille des risques graves.
11. Par ailleurs, le préfet de l'Isère a indiqué à l'audience qu'en 2022, M. E avait été positionné trois fois sur des logements adaptés qu'il a à chaque fois refusé.
12. Le refus de faire droit à la demande d'offre de logement présentée par M. E n'a ni pour objet ni pour effet de séparer, les enfants de l'intéressé et notamment, B, de l'ensemble de la famille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 du la convention internationale des droits de l'enfant est inopérant et doit, dès lors, être écarté.
13. Par suite, en rejetant la demande de l'intéressé, la commission de médiation n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 décembre 2020 par laquelle la commission de médiation de l'Isère a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me Ladet et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.
Le président,
J-P. C
La greffière,
L. BOURECHAK
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026