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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104076

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104076

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 juin 2021 et le 15 décembre 2021, M. B C, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2021 par laquelle la commission de médiation du département de la Savoie a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement présentée sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de déclarer sa situation prioritaire et urgente dans le délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie de lui attribuer un hébergement décent et à défaut de réexaminer sa demande, dans le délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, celui-ci s'engageant à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- il incombera au préfet de justifier de la régularité de la composition de la commission de médiation du département de la Savoie ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 septembre 2021 et le 10 janvier 2022, le préfet de la Savoie conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une décision du 14 octobre 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". Aux termes de l'article R. 300-2 du même code : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires : / 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / 2° Soit d'un titre de séjour d'une durée inférieure à un an autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle ; / 3° Soit d'un visa d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à un titre de séjour. / Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre en charge du logement fixe la liste des titres de séjour concernés ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 7 août 2017 fixant la liste des titres de séjour prévue aux articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les titres de séjour visés à l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation sont les suivants : () / 6. Carte de séjour temporaire. / 7. Certificat de résidence de ressortissant algérien. / 8. Récépissé de demande de renouvellement de l'un des titres numérotés de 1 à 7. / 9. Récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention " reconnu réfugié " ou " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire ". () ".

2. Aux termes du 1er alinéa du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation relatif aux commissions de médiation créées dans chaque département pour mettre en œuvre le droit au logement opposable : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région ".

3. En se bornant à soutenir qu'il incombera au préfet de justifier que la commission de médiation était régulièrement composée, M. C n'invoque aucune irrégularité précise qui serait susceptible d'exercer une influence sur la décision attaquée ou de le priver d'une garantie. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté comme dépourvu des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

4. Il résulte des dispositions des articles L. 441-1 du code de la construction et de l'habitation que les conditions réglementaires d'accès au logement social sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer pour le logement duquel un logement social est demandé. Au nombre de ces conditions figure notamment celle que ces personnes séjournent régulièrement sur le territoire français.

5. Ainsi, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter français, ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris aux articles L. 752-5 et suivants du même code, alors applicable, n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement prévu par les dispositions précitées, sauf si des circonstances exceptionnelles justifient qu'ils soient reconnus comme prioritaire et devant être hébergé en urgence.

6. Il n'est pas contesté qu'à la date de la décision attaquée, M. C, de nationalité bosnienne, se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français et faisait l'objet d'un arrêté du 12 mars 2020 portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 17 juin 2020. En outre, le préfet soutient sans être contredit, qu'en dépit d'une ordonnance du juge des référés mesures utiles, en date du 11 mars 2021, de quitter le logement qu'elle occupait, la famille C a fait l'objet d'une évacuation forcée, sur concours de la force publique. Dans ces conditions, le requérant et sa famille n'avaient pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement prévu par les dispositions précitées, sauf à faire état de circonstances exceptionnelles.

7. Il ressort des pièces du dossier que la commission de médiation a rejeté la demande d'hébergement de M. C au motif qu'il était hébergé au centre d'hébergement d'urgence d'Albertville. Si le requérant, à qui il incombe désormais de quitter le territoire français avec sa famille, produit des pièces médicales, celles-ci ne permettent pas d'établir que son état de santé serait dégradé au point de nécessiter un hébergement d'urgence, alors que le préfet fait valoir dans son dernier mémoire, sans être contredit, que la famille C bénéficie d'un hébergement d'urgence de jour comme de nuit jusqu'à l'exécution de la décision ordonnant leur éloignement hors de France.

8. Par ailleurs, si M. C fait valoir qu'il a déposé une demande de titre de séjour " étranger malade " et que son épouse a déposé une demande de titre " parent d'enfant malade " pour laquelle une attestation de dépôt est versée au dossier, cette dernière, au demeurant, postérieure à la date de la décision attaquée, ne constitue pas un titre de séjour au sens des dispositions susmentionnées. Ainsi, M. C ne justifie pas l'existence d'une situation prioritaire justifiant qu'il soit hébergé d'urgence. Par suite, en rejetant sa demande d'hébergement, la commission de médiation n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Mathis et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.

Le président,

J-P. A

La greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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