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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104224

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104224

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2021, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 25 mai 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses conditions matérielles d'accueil à compter du 9 février 2021 ;

4°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est dépourvue de base légale, les articles L. 744-1 et 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant devenus caducs à la date du 7 mai 2021 ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision de classement en fuite ;

- la directrice de l'OFII s'est crue à tort en situation de compétence liée au regard de la décision de classement en fuite ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 janvier 2013 ;

- elle est entachée d'illégalité au regard de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que l'OFII n'a pas apprécié sa situation particulière au regard de sa vulnérabilité et de ses besoins en matière d'accueil ; il a été déclaré à tort en fuite ;

- elle méconnaît l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire enregistré le 19 avril 2023, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

-la décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat statuant au contentieux ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 25 avril 2023 le rapport de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 22 juin 1996, a présenté une demande d'asile le 5 novembre 2018 et a été placé en procédure " Dublin ". Après que le requérant a été déclaré en fuite par les services du préfet de l'Isère le 24 mai 2019, l'OFII a pris, le 17 août 2020, une décision portant suspension des conditions matérielles d'accueil sur le fondement des articles L. 744-8 et D. 744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après dépôt d'une nouvelle demande d'asile en France le 9 février 2021, M. A a demandé à être rétabli dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Dans la présente instance, il demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision susvisée du 25 mai 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'office français de l'immigration et de l'intégration a opposé un refus à cette demande.

Sur les conclusions aux fins de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par la décision susvisée du 9 novembre 2021. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire.

Sur les textes applicables :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. En l'espèce, M. A a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII le 5 novembre 2018. Sa situation reste donc régie par les dispositions précitées dans leurs versions antérieures à la loi du 10 septembre 2018 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement faire valoir que la décision attaquée est privée de base légale pour viser à tort les articles L.744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de leur abrogation à compter du 1er mai 2021 en application de l'ordonnance susvisée dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ces dispositions lui soient applicables dans leur version postérieure à la loi du 10 septembre 2018, pour les motifs énoncés au point 3.

6. En troisième lieu, dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. () ".

7. Le présent litige porte sur un refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, en application du principe énoncé au point précédent, la seule circonstance qu'une nouvelle demande d'asile ait été enregistrée le 9 février 2021 n'imposait pas à l'OFII de proposer à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 744-1, devenu L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit dès lors être écarté.

8. En quatrième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.

9. Le refus de l'office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A, à la suite de sa nouvelle demande du 9 février 2021 n'a pas été pris en application de la déclaration de fuite émise par le préfet de l'Isère le 24 mai 2019. Cette déclaration n'en constitue pas plus la base légale. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer l'illégalité de cette déclaration à l'appui de la contestation de la décision de rejet de sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

10. En cinquième lieu, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'OFII se serait cru en situation de compétence liée au regard de la déclaration de fuite citée au point précédent, dans la mesure où la décision attaquée se borne à citer cette déclaration en lien avec la décision de suspension du 17 août 2020 citée au point 1, sans l'ériger en fondement de son refus en litige.

11. En sixième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile notamment, le directeur de l'OFII est tenu de réaliser, à la suite de la présentation de sa demande d'asile, un entretien personnel avec le demandeur d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité au moyen d'un questionnaire. En outre, il se doit d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil au regard notamment de sa vulnérabilité.

12. Les éléments dont M. A fait état, tenant notamment au caractère précaire de son hébergement ou les circonstances sanitaires tenant à l'épidémie de Covid 19, ne caractérisent pas une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 522-1 du même code. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit dès lors être écarté.

13. En septième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir, pour contester la décision litigieuse, d'une méconnaissance de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, laquelle a fait l'objet d'une transposition en droit interne et dont il ne critique pas les mesures de transposition dans la version des textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile antérieure à la réforme de la loi du 10 septembre 2018 susvisée. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En huitième lieu, les circonstances précitées dont M. A fait état ne permettent pas davantage de considérer que le refus critiqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales selon lesquelles nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991:

16. Les conclusions présentées par M. A, la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

I. B

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2104224

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