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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104635

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104635

lundi 4 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2021, M. A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 29 juin 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a confirmé le refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- aucune base légale ne permettait à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice de conditions matérielles d'accueil à M. A ;

- la décision méconnait l'article L. 744-8 et l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 janvier 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Sauveplane a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité ivoirienne, né le 15 juin 1973 à Abidjan, est entré en France le 22 avril 2015 et a déposé une demande d'asile le 7 avril 2021. Par une décision du même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait déposé, sans raison valable, sa demande d'asile plus de 90 jours après son arrivée en France. Par courrier du 16 avril 2021, M. A a alors formé un recours gracieux contre cette décision. Par une décision du 29 juin 2021, la directrice a rejeté le recours gracieux et confirmé le refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021, ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont sans objet.

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne, au visa notamment de l'article L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les motifs invoqués par M. A dans sa lettre ne justifient pas les raisons pour lesquelles il avait présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France le 22 avril 2015 et que l'évaluation de sa situation personnelle ne faisait pas apparaitre de facteur particulier de vulnérabilité. Dès lors, la décision mentionne les circonstances de fait et de droit qui la fondent. Par suite, elle est suffisamment motivée.

4. En second lieu, la décision attaquée est fondée sur le 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, selon lequel le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être " refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ". Ces dispositions n'ont pas été annulées par la décision du Conseil d'Etat statuant au contentieux du 30 juillet 2019 n°428530, 428564, et par laquelle le Conseil d'Etat s'est borné à décider que l'incompatibilité des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 faisait seulement obstacle à ce que les autorités administratives compétentes adoptent, sur leur fondement, des décisions individuelles mettant fin aux conditions matérielles d'accueil dans des conditions contraires au droit de l'Union. Par suite, le moyen tiré de défaut de base légale ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. " Si l'entretien permettant d'évaluer la vulnérabilité du demandeur d'asile doit être mené à la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'administration n'est pas tenue de le réitérer au cours de la procédure, notamment à l'occasion d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil.

6. Il résulte des mentions de l'attestation de dépôt de demande d'asile de M. A qu'il été reçu le 7 avril 2021 en préfecture où il a eu un entretien pour l'évaluation de son degré de vulnérabilité. Par suite, le moyen manque en fait.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. "

8. Pour justifier son retard de plus de 90 jours pour déposer sa demande d'asile, M. A invoque sa situation d'homme homosexuel et indique que la rencontre avec son compagnon actuel en 2020 l'a conduit à verbaliser ses difficultés et les raisons qui l'ont incité à quitter la Côte d'Ivoire. Toutefois, il est constant qu'il est présent en France depuis 2015 et qu'il a attendu 2021, soit 6 années, pour déposer sa demande d'asile, soit au-delà du délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 du code et qu'il est logé par son compagnon. Par suite, et quelles que soient les difficultés liées à la prise de conscience de son homosexualité, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil à M. A sans commettre ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En dernier lieu, le refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil n'est pas une peine ou un traitement inhumain ou dégradant au sens et pour l'application de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a confirmé son refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction.

11. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas partie perdante, les conclusions de Me Huard tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de Me Huard tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 12 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme B F, première-conseillère,

- Mme C D, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. F

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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