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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104653

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104653

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantZOUAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2021, M. C B, représenté par Me Zouaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mai 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger son permis de conduire gambien contre un permis français, ensemble le refus implicite du ministre de l'intérieur opposé à son recours hiérarchique formé à l'encontre de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un permis de conduire français.

M. B soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'à la date du dépôt de sa demande d'échange de permis de conduire il existait un accord de réciprocité entre la France et la Gambie ;

- elle est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012 ;

Par mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant gambien, a sollicité le 16 octobre 2020, l'échange de son permis de conduire délivré par les autorités gambiennes contre un permis de conduire français. Par une décision du 10 mai 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif qu'il n'existait pas d'accord de réciprocité entre la France et la Gambie ainsi que l'exige le A du I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé. M. B a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision qui a été implicitement rejeté par le ministre de l'intérieur. Dans la présente instance, le requérant demande l'annulation de ces deux décisions et à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'échange de son permis de conduire.

2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes :/ A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. () ". Aux termes de l'article 14 du même arrêté : " Une liste des Etats dont les permis de conduire nationaux sont échangés en France contre un permis français est établie conformément aux articles R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route.

3. Selon l'avis du Conseil d'Etat n° 445426 du 19 février 2021, d'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions de l'article 5-I de l'arrêté du 12 janvier 2012. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant la mise à jour de la liste des Etats et autorités dont les permis de conduire nationaux sont susceptibles de faire l'objet d'un échange contre un permis de conduire français, en vertu d'accords bilatéraux et de pratiques réciproques d'échange des permis de conduire, ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la liste des Etats et autorités dont les permis de conduire nationaux sont susceptibles de faire l'objet d'un échange contre un permis de conduire français, à jour au 1er mai 2021 et produit en défense, qu'à la date de la décision attaquée, il n'existait pas d'accord de réciprocité entre la France et la Gambie en matière d'échange de permis de conduire. Ainsi, la légalité de la décision contestée est, quelle qu'ait été la réglementation en vigueur à la date à laquelle l'intéressé a déposé sa demande tendant à l'échange de son permis de conduire, subordonnée à la réalisation des conditions prescrites par les lois et règlements en vigueur au moment où l'administration a statué sur son dossier. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne se trouvait pas dans une situation juridique définitivement constituée le 16 octobre 2020, date à laquelle il a déposé sa demande d'échange de permis. Dès lors, en l'absence d'accord de réciprocité à la date de la décision attaquée, le préfet de la Loire-Atlantique, qui se trouvait en situation de compétence liée en application du I de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012, était tenu de refuser de procéder à l'échange du permis de conduire du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction présentées par M. B, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le président du tribunal,

J. P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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