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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104665

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104665

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantWECKERLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2021, Mme C B, représentée par Me Weckerlin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 25 mai 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ensemble les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 1er octobre 2016, le 19 mars 2017 à 09h50 et à 19h02, le 18 avril 2017 à 12h21 et à 12h57, le 18 mai 2018, le 31 mai 2019, le 1er juin 2019, le 12 juin 2019 et le 19 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions de retrait de points susvisées, ne lui ont pas été notifiées ;

- elle n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route concernant ces décisions de retrait de points préalables à la décision " 48SI ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision " 48SI " du 25 mai 2021 en tant qu'elle invalide le permis de conduire de Mme B ainsi que contre la décision portant retrait de point consécutive à l'infraction du 12 juin 2019.

En outre, il fait valoir qu'aucun des autres moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre " 48SI " du 25 mai 2021, le ministre de l'intérieur a informé Mme B de l'invalidation de son permis de conduire à la suite d'un solde de points nul. Dans la présente instance, la requérante demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 1er octobre 2016, le 19 mars 2017 à 09h50 et à 19h02, le 18 avril 2017 à 12h21 et à 12h57, le 18 mai 2018, le 31 mai 2019, le 1er juin 2019, le 12 juin 2019 et le 19 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

2. Il résulte tant des écritures du ministre de l'intérieur que du relevé d'information intégral afférent à la situation de Mme B, édité le 21 septembre 2021, que la décision référencée " 48SI " du 25 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de l'intéressé, n'apparaît plus. En outre, il résulte du même relevé que les mentions relatives à l'infraction du 12 juin 2019 ont disparu et que le solde de points du permis de conduire de l'intéressée est redevenu positif. Dès lors, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant retiré, postérieurement à l'introduction de la requête, d'une part, la décision " 48SI " en tant qu'elle constate l'invalidité du permis de conduire de Mme B, d'autre part, la décision relative à l'infraction du 12 juin 2019. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

3. En outre, il résulte du même relevé d'information, que le point retiré sur le permis de conduire de l'intéressé à la suite de l'infraction commise le 18 avril 2017 à 12h57 à Sorgues, a été restitué, le 8 février 2018, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

4. Enfin, il résulte de ce relevé d'information qu'aucun retrait de point du permis de conduire de la requérante n'est mentionné à raison des infractions commises le 19 mars 2017 à 19h02 et à 09h50. Dès lors, les décisions de retrait de point fondées sur ces infractions doivent être regardées comme ayant été rapportées avant l'enregistrement de la requête. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne la notification des décisions de retraits de points :

5. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a en effet pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des décisions portant retrait de points est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la délivrance de l'information préalable :

6. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code ; qu'il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

S'agissant de l'infraction du 1er octobre 2016 :

8. Il résulte du relevé d'information intégral de Mme B, que l'infraction du 1er octobre 2016 commise à Vinzelles consistant en un excès de vitesse inférieur à 20 km/h, qui avait donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire correspondant à l'amende forfaitaire majorée, a été constatée par le biais d'un radar automatique, ainsi que l'établit la mention " par tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA ". Le ministre a versé au dossier l'attestation de paiement établie par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé de la direction générale des finances publiques en date du 18 octobre 2017, établissant que Mme B a payé l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction. Ainsi, en l'absence de tout autre élément avancé par l'intéressée de nature à mettre en doute la réalité du paiement, ce document dont les mentions sont suffisamment précises, permettent d'établir que la requérante s'est acquittée de l'amende forfaitaire majorée afférente à cette infraction. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que Mme B, qui ne démontre ni même n'allègue avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet, n'aurait pas bénéficié à l'occasion de cette infraction de l'information prévue aux articles L. 222-3 et R. 223-3 du code de la route, doit être écarté.

S'agissant des infractions du 18 avril 2017, du 18 mai 2018, du 31 mai 2019 et du 1er juin 2019 :

9. Le ministre de l'intérieur produit un modèle d'avis de contravention comportant l'ensemble des informations requises par le code de la route. S'il se prévaut des mentions du relevé d'information intégral de l'intéressée pour attester de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée afférent à l'infraction susmentionnée relevée par radar automatique, il n'établit pas, à défaut de le produire à l'instance, et en dépit des copies d'enveloppes adressées à la requérante, que le formulaire d'amende forfaitaire majorée dont Mme B a été destinataire était conforme à ce modèle.

10. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressée n'a pas été informée, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

11. En l'espèce, il résulte du relevé d'information intégral que Mme B a commis, le 18 avril 2017, le 18 mai 2018, le 31 mai 2019 et le 1er juin 2019, des infractions d'excès de vitesse constatées par le biais d'un radar automatique, ainsi que l'établit la mention " par tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA ". Ainsi, il résulte de ce qui a été dit au point 10, que Mme B a été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion de l'infraction de même nature et relevée selon les mêmes modalités que celle commise le 1er octobre 2016. Dès lors, l'omission de l'information, à la supposer avérée, n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver la requérante de la garantie instituée par la loi pour lui permettre d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable s'agissant des infractions susvisées, doit être écarté.

S'agissant de l'infraction du 19 mars 2021 :

12. Il résulte du relevé d'information de Mme B, que l'amende forfaitaire relative à l'infraction susmentionnée commise à Arandon Passins, relevée par radar automatique ainsi que le prouvent les mentions " par tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) ", a été payée par la requérante. Il découle de cette seule constatation que l'intéressée a nécessairement reçu l'avis de contravention pour cette infraction. Il suit de là, que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, dès lors que l'intéressée n'établit pas, à défaut de produire les documents qu'ils lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets.

Sur les autres conclusions :

13. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision référencée " 48SI " du 25 mai 2021 en tant qu'elle constate l'invalidité du permis de conduire de Mme B, ainsi que contre la décision relative à l'infraction du 12 juin 2019.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne et à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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