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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104686

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104686

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2021 et un mémoire enregistré le 1er janvier 2024, la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France, représentées par Me Kamri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2021, par lequel le maire de la commune de Claix s'est opposé aux travaux déclarés par la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France le 3 mai 2021, en vue de l'installation d'un pylône, support d'antennes relais de téléphonie mobile, sur la parcelle cadastrée BH 56, située en zone naturelle du PLUI, au lieu-dit " La Duatière " à Claix ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Claix de réinstruire le dossier de déclaration préalable, déposé le 3 mai 2021, et d'y statuer en prenant une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Claix une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté d'opposition attaqué est insuffisamment motivé ;

- le premier motif invoqué est illégal, car la parcelle, objet du projet, n'est située dans aucune des zones visées à l'article 1.3 des règles communes du PLUi Grenoble Alpes Métropole ; les installations de radiotéléphonie mobile y sont donc autorisées ;

- le second motif invoqué est illégal car les dispositions du règlement du PLUi relatives à la zone N ne subordonnent pas l'implantation d'installations de radiotéléphonie mobile à l'exercice d'une exploitation agricole ou forestière ; en l'espèce, les installations projetées n'auront aucun impact sur l'activité agricole, pastorale ou forestière de la zone ;

- le troisième motif invoqué est illégal car si le parcelle est bien située en zone RG " risque de glissement de terrain ", cela n'interdit pas toute construction sous réserve d'une prise en compte des risques inhérents à la zone RG, comme c'est le cas en l'espèce ;

- le quatrième motif invoqué est illégal car la parcelle n'est pas située en zone RP2BG " risque de chute de pierres et de glissement de terrain " ; cette zone n'existe pas dans le règlement écrit et graphique du PLUi ;

- la substitution de motifs doit être écartée ; le motif retenu au titre de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est entaché d'illégalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, la commune de Claix, représentée par la SCP Fessler Jorquera et Associés, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 3 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens. Elle demande au tribunal de procéder au besoin à une substitution de motifs.

La commune de Claix fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle se borne à solliciter la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué et non son annulation ;

- les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés ;

- l'arrêté peut être fondé sur un nouveau motif : l'article 2.3 " Activités et installations soumises à des conditions particulières " du règlement de la zone N du PLUi et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme sont méconnus, dès lors que le projet, situé en limite du Parc naturel régional du Vercors, porte atteinte à la perspective sur la montagne et à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages avoisinants.

Par ordonnance du 3 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paillet-Augey,

- les conclusions de M. Lefevre, rapporteur public,

- et les observations de Me Anglars pour les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex et Me Touvier pour la commune de Claix.

Une note en délibéré présentée par les sociétés requérantes a été enregistrée le 30 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 mai 2021, la société Axione France, à laquelle les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France ont donné mandat pour signer en leur nom des demandes d'autorisation administrative pour la construction ou l'aménagement d'infrastructures et d'équipements de communications électroniques, a déposé une déclaration préalable de travaux en vue de l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile, constituée d'un pylône treillis d'une hauteur de 24,25 mètres supportant des faisceaux hertziens et des antennes d'émission réception, et de l'espace technique afférent, avec création d'une clôture en grillage rigide et d'un portillon d'une hauteur de 2 mètres, sur le terrain cadastré section BH n°0056, situé au lieu-dit " La Duatière " en zone naturelle du PLUi Grenoble Alpes Métropole, sur le territoire de la commune de Claix. Par un arrêté du 12 mai 2021, le maire de la commune de Claix a fait opposition à l'exécution des travaux faisant l'objet de cette déclaration préalable. Les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres motifs de l'arrêté :

2. Aux termes de l'article R. 151-34 du code de l'urbanisme : " Dans les zones U, AU, A et N les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : 1° Les secteurs où les nécessités du fonctionnement des services publics, de l'hygiène, de la protection contre les nuisances et de la préservation des ressources naturelles ou l'existence de risques naturels, de risques miniers ou de risques technologiques justifient que soient soumises à des conditions spéciales les constructions et installations de toute nature, permanentes ou non, les plantations, dépôts, affouillements, forages et exhaussements des sols ; 2° Les secteurs protégés en raison de la richesse du sol ou du sous-sol, dans lesquels les constructions et installations nécessaires à la mise en valeur de ces ressources naturelles sont autorisées [] ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Claix s'est fondé, pour prendre l'arrêté d'opposition en litige, sur le fait que le projet se situe " en zone d'interdiction de construction ", en raison de son implantation en zone RG (" glissement de terrain "), régie par le chapitre VI.1-" Dispositions applicable en zone RG " du règlement de risques annexé au PLUi Grenoble Alpes Métropole, et en zone RP2BG (" risque de chutes de pierre et de blocs et de glissement de terrain "), régie par le chapitre VII-" Chutes de pierres et de blocs " de ce même règlement des risques.

4. Contrairement à ce que les sociétés requérantes soutiennent, la parcelle cadastrée section BH n°0056, où l'implantation du projet est prévue, est située au moins pour partie dans une zone de glissement de terrain et de chute de pierres et de blocs, zone dite " RP2BG " par la réglementation des risques du PLUi, zone à laquelle le règlement de la zone RP2 est opposable.

5. Or, le préambule du chapitre VII-" Chutes de pierres et de blocs " du règlement des risques du PLUi Grenoble Alpes Métropole prévoit, en ce qui concerne la zone RP2, et s'agissant de projets nouveaux, que " Le principe général applicable aux projets est l'interdiction. Des exceptions à cette règle sont admises dans les cas limités précisés par le règlement ". En l'espèce, le projet litigieux de construction d'un pylône de téléphonie mobile, n'entre dans aucune des installations autorisées avec prescription dont l'article 3 " Autorisations avec prescriptions " de ce chapitre dresse la liste (articles 3.1 à 3.17). Il méconnait dès lors les règles prévues en zone RP2BG.

6. Ce seul motif peut légalement fonder la décision attaquée d'opposition à déclaration préalable, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de motifs opposée en défense.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, le moyen tiré du vice de l'insuffisance de motivation, présenté à l'appui de leur requête par la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France, n'est pas de nature à fonder l'annulation de l'arrêté qu'elles contestent.

8. Il résulte de ce qui précède que la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Claix s'est opposé aux travaux déclarés le 3 mai 2021. Leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France doivent dès lors être rejetées.

10. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge des sociétés requérantes une somme unique de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Claix et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Bouygues Télécom et de la société Cellnex France est rejetée.

Article 2 :La société Bouygues Télécom et la société Cellnex France verseront solidairement à la commune de Claix une somme unique de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Bouygues Télécom, à la société Cellnex France et à la commune de Claix.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

C. Paillet-Augey Le président

P. Thierry

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21046862

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