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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104722

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104722

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 5
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juillet 2021 et le 3 novembre 2022, M. et Mme E B, représentés par Me Clément, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du juge judiciaire ;

2°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis à son encontre par la commune de Romans-sur-Isère pour un montant de 32 274,81 euros au titre l'exécution d'office des travaux réalisés à la suite d'un arrêté de péril imminent du 28 juin 2016, ainsi que le lettre de relance ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Romans-sur-Isère la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme B soutiennent que :

- l'avis des sommes à payer est insuffisamment motivé au regard des disposition de l'article 24 du décret n°2012-1246 ;

- l'avis est " mal dirigé " dès lors que les frais de confortement du mur auraient dû incomber aux propriétaires de l'immeuble effondré en application de l'article 655 du code civil ; l'expertise met en évidence la solidité de l'immeuble leur appartenant.

Par un mémoire enregistré le 1er octobre 2021 et un mémoire du 22 avril 2024 (ce dernier non communiqué), M. et Mme C et I F et M. A G, représentés par Me Darnoux, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 15 septembre 2022, la commune de Romans-sur-Isère conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 350 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions d'annulation dirigées à l'encontre de la lettre de relance sont irrecevables ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme H,

- et les observations de Me Darnoux, représentant M. et Mme F et G.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de l'effondrement de deux immeubles situés dans un îlot urbain, rue Romeyer-Chinard, le 22 juin 2016, le maire de la commune de Romans-sur-Isère a sollicité la désignation d'un expert au tribunal de céans. L'expert a été désigné par ordonnance du 23 juin 2016 et a rendu son rapport le 28 juin suivant concluant à l'existence d'un péril grave et imminent et préconisant des mesures provisoires. Le maire de la commune a adopté un arrêté de péril imminent le jour même ordonnant aux époux B la réalisation de travaux sur le mur de refend avant le 13 juillet 2016. Constatant la carence des propriétaires dans l'exécution de ces travaux le 15 juillet 2016, la commune a fait procéder d'office à ces travaux. Un premier avis des sommes à payer, daté du 10 février 2018, a été transmis aux époux B pour un montant de 32 274,81 euros, par la suite annulé le temps de la réalisation d'expertises complémentaires. Un nouveau titre exécutoire à l'encontre des époux B a été émis le 2 avril 2021. Les époux B contestent l'avis des sommes à payer, valant ampliation du titre exécutoire.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Ainsi que l'a jugé le Tribunal des conflits dans sa décision n° 4212 du 14 juin 2021, l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est désormais de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond. Par suite, les conclusions dirigées contre la lettre de relance sont irrecevables et la fin de non-recevoir soit être accueillie.

Sur les conclusions d'annulation de l'avis des sommes à payer :

3. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 susvisé applicable aux collectivités territoriales et à leurs établissements publics : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Tout état exécutoire doit ainsi indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

4. L'avis des sommes à payer contesté, portant ampliation du titre de recette n° 992 du 2 avril 2021 comporte la mention " travaux d'office immeuble 1 rue Romeyer péril imminent 28 juin 2016 - 2 avril 2021 ". Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la commune établit en défense que l'arrêté de péril imminent du 28 juin 2016 a été adressé aux époux B qui en ont accusé réception par une attestation manuscrite du 29 juin 2016. En revanche, il n'est établi par aucune des pièces du dossier que les éléments de calcul sur lesquels est fondé cet avis, et qui avait été transmis au directeur de la gestion financière de la commune, ait été communiqué aux requérants. Il n'est pas plus établi que le courrier explicatif daté du 13 avril 2021 qui contenait ces informations relatives aux bases de la liquidation ait été adressé aux requérants avant ou à tout le moins en même temps que l'avis des sommes à payer. Dans ces conditions l'avis des sommes à payer est insuffisamment motivé.

5. Il est en revanche précisé que s'agissant du bien-fondé de la créance, il apparaît dans le courrier adressé au directeur de la gestion financière contenant le détail des bases de la liquidation que les travaux relatifs à la mise en sécurité du mur de refend, préconisés par l'expert, ont été mis à la charge des copropriétaires de l'immeuble sis au 1 rue de la Romeyer à hauteur de 50% et à la charge de M. et Mme B, propriétaires de l'immeuble du 3 rue de Romeyer à hauteur de 50 %. Ainsi, la mitoyenneté du mur du refend a été prise en compte et en vertu des articles L. 511-3, L. 511-4 et R. 511-5 du code de la construction et de l'habitation prévoyant que le maire qui, s'étant substitué au propriétaire ou aux copropriétaires défaillants, a fait usage des pouvoirs d'exécution d'office qui lui sont reconnus par les dispositions du troisième alinéa de l'article L. 511-3, est alors en droit de rendre débitrice de la créance que la collectivité détient la personne qui a la qualité de propriétaire ou de copropriétaire de l'immeuble à la date d'expiration du délai imparti par la mise en demeure d'exécuter les travaux. Par conséquent, le bien-fondé de la créance est établi.

Sur les frais de procès :

6. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Romans-sur-Isère, par M. et Mme F et M. G doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. et Mme B tendant à la condamnation de la commune à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er :Le titre exécutoire du 2 avril 2021 est annulé.

Article 2 :Le surplus des conclusions des parties est annulé.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E B, à M. et Mme C et I F, à M. A G, à la commune de Romans-sur-Isère, et à la Trésorerie de Romans.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La magistrate désignée,

J. D

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210472

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