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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104906

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104906

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 juillet 2021 et le 28 octobre 2021, M. C B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 9 juin 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ensemble les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 24 mars 2018 et le 11 octobre 2019.

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire, dans le délai d'un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision portant retrait de 6 points sur son permis de conduire, consécutivement à l'infraction du 24 mars 2018, ainsi que la décision référencée " 48SI ", sont insuffisamment motivées.

- il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route concernant la décision relative à l'infraction du 11 octobre 2019.

- la réalité de l'infraction du 24 mars 2018 n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre " 48SI " du 9 juin 2021, le ministre de l'intérieur a informé M. B de l'invalidation de son permis de conduire à la suite d'un solde de points nul. Dans la présente instance, le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 24 mars 2018 et le 11 octobre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 24 mars 2018 portant retrait de six points et de la décision " 48SI " du 9 juin 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ".

3. D'une part, les mentions probantes du relevé d'information intégral afférent à la situation de M. B " 72 suspension du permis de conduire ", font apparaître que l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation pénale prononcée le 20 décembre 2018 par le tribunal de grande instance (TGI) de Vienne pour une durée de 5 mois, et dont le caractère définitif, acquis le 20 janvier 2020, établit la réalité de l'infraction. D'autre part, la décision " 48 SI " du 9 juin 2021, vise notamment les articles L. 223-1 et L.223-3, dont elle fait application, récapitule l'ensemble des infractions ayant conduit aux retraits successifs de points sur le permis de conduite du requérant, ainsi que la date, l'heure et le lieu où les infractions ont été commises. Dans ces conditions, les décisions en litige sont suffisamment motivées et le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la délivrance de l'information préalable :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code ; qu'il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

5. Aux termes de l'article 41-2 du code de procédure pénale, le procureur de la République, tant que l'action publique n'a pas été mise en mouvement, peut proposer, directement ou par l'intermédiaire d'un officier de police judiciaire, une composition pénale à une personne physique qui reconnaît avoir commis une infraction au code de la route ; qu'à défaut d'acceptation de la proposition ou d'exécution de la composition pénale par le contrevenant, le procureur peut reprendre l'action publique ; qu'aux termes de l'article 15-33-43 du code de procédure pénale : " Lorsque la composition pénale intervient à la suite d'un délit prévu aux articles 222-19-1 ou 222-20-1 du code pénal ou aux articles L. 234-1 ou L. 234-8 du code de la route ou de tout autre délit donnant lieu au retrait des points du permis de conduire, le procès-verbal mentionné à l'article R. 15-33-40 comporte une mention informant la personne de la perte de points qui résultera de l'exécution de la composition pénale, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour elle d'exercer son droit d'accès. " ;

6. Eu égard aux termes des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et compte tenu, en outre, que l'exécution d'une composition pénale, même définitive, n'est pas assimilable à une condamnation pénale, l'omission de la délivrance de l'information prévue par les dispositions précitées n'est pas sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

7. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'infraction commise le 11 octobre 2019, M. B a accepté une proposition de composition pénale pour avoir conduit, malgré usage de stupéfiants, et que cette composition a été exécutée. Le ministre de l'intérieur ne produit ni l'avis de contravention, ni le procès-verbal d'acceptation de la proposition de composition pénale, établi avant transmission pour validation du président de grande instance, puis exécution par le contrevenant, sur lequel doit figurer l'information relative au retrait de points conformément aux dispositions combinées des articles R. 15-33-40 et R. 15-33-43 du code de procédure pénale. Ainsi, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve qui lui incombe que M. B a reçu, avant d'exécuter la composition pénale, l'information préalable prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé un retrait de six points du solde de points de son permis de conduire au titre de l'infraction commise le 11 octobre 2019 doit être regardée comme intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne la réalité de l'infraction du 24 mars 2018 :

8. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive " et aux termes du premier alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par l'article 529-10, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public ".

9. Comme il a été dit au point 3, l'infraction du 24 mars 2018 a fait l'objet d'une décision judiciaire portant suspension du permis de conduire prononcée par le TGI de Vienne. Par suite, M. B n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la mention relative au caractère définitif fixé à la date du 20 janvier 2020 sur son relevé d'information intégral concernant cette décision de justice. Il s'ensuit que la réalité de l'infraction dont il s'agit est établie en vertu des dispositions précitées du code de la route.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de six points sur son permis de conduire consécutivement à l'infraction du 11 octobre 2019 ainsi que de la décision " 48SI " du 9 juin 2021 en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de rétablir les six points illégalement retirés à la suite de l'infraction constatée le 11 octobre 2019, dans la limite du capital maximum de points affectés au permis de conduire de M. B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de restituer à M. B son permis de conduire s'il est encore entre les mains de l'administration dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme réclamée par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision " 48SI " du ministre de l'intérieur en date du 9 juin 2021 est annulée en tant qu'elle procède à l'invalidation du permis de conduire de M. B.

Article 2 : La décision de retrait de six points consécutive à l'infraction commise le 19 octobre 2019 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution de six points sur le permis de conduire de M. B, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis de conduire de l'intéressé. L'administration restituera le permis de conduire de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement si elle détient toujours ce document.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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