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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2104914

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2104914

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2104914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 juillet 2021 et le 20 mars 2023, M. C A, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :

- d'annuler la décision du 20 mai 2021 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

- d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande dans un délai de quarante-huit heures à compter du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans le même délai, un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail valable le temps de l'examen de sa demande ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus d'enregistrement :

- le signataire devra justifier de la délégation qui lui a été consentie ;

- la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- le préfet a commis une erreur de droit en estimant que l'interdiction de retour prise par le préfet de la Savoie faisait obstacle à l'enregistrement d'une demande de titre de séjour ;

- la décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article R. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus sera annulée en conséquence de l'illégalité de la décision d'interdiction de retour qui n'est pas nécessaire, est insuffisamment motivée, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un récépissé :

- le signataire devra justifier de la délégation qui lui a été consentie ;

- la décision méconnaît les articles R. 311-4 et R. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, le préfet de l'Isère conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient qu'une demande de titre de séjour est en cours d'instruction auprès du préfet de Saône et Loire.

La clôture d'instruction a été fixée au 29 mars 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né en 2001, est entré en France à l'âge de seize ans où il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Le 23 mars 2019, il a déposé une demande d'asile, rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides par décision du 31 mai 2019. Par arrêté du 18 novembre 2019, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a assorti sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire pendant un an. Marié depuis le 7 mars 2020 à une ressortissante française, il a demandé, le 5 avril 2021, un rendez-vous en préfecture afin d'enregistrer une demande de titre de séjour. Par la décision attaquée du 20 mai 2021, le préfet de l'Isère a refusé de lui fixer un rendez-vous afin qu'il enregistre une demande de titre de séjour.

2. Si M. A demande l'annulation des décisions de refus d'enregistrement et de refus de récépissé prises par le préfet de l'Isère, il résulte des termes de la décision du 5 avril 2021 qu'elle refuse à l'intéressé de lui fixer une date de rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, séparé de son épouse, a déposé le 29 juin 2022, une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français auprès du préfet de Saône et Loire et que sa demande de titre de séjour est en cours d'instruction. Toutefois le dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour n'a pas retiré la décision de refus en litige, et cette décision, qui a fait obstacle au dépôt de son dossier de demande de titre de séjour, lui fait grief. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation de la décision ne sont pas devenues sans objet.

4. Aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. () " En outre, le préfet a la faculté, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, de délivrer un titre de séjour à un étranger en tenant compte de l'ensemble de sa situation personnelle.

5. Il résulte des termes de la décision du 20 mai 2021 que le préfet de l'Isère a refusé d'accorder un rendez-vous au requérant au motif qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an, prononcée par le préfet de la Savoie le 18 novembre 2019 et devenue définitive. Toutefois, en estimant que cette précédente décision l'empêchait d'examiner toute nouvelle demande de titre de séjour de l'intéressé, le préfet de l'Isère qui s'est estimé lié par l'existence d'une interdiction de retour sur le territoire prise à l'encontre du requérant, a, pour ce motif, entaché la décision de recevoir l'intéressé en vue de l'enregistrement d'une demande de titre de séjour, d'une erreur de droit.

6. Eu égard à l'objet de la décision en litige rappelé au point 2, M. A ne peut utilement faire valoir que la décision de refus de lui délivrer un récépissé serait illégale.

7. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 3 qu'il a déposé une demande de titre de séjour auprès du préfet de Saône et Loire le 29 juin 2022 qui est en cours d'instruction. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'injonction sont devenues sans objet.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros réclamée par le conseil du requérant en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 20 mai 2021 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé d'accorder un rendez-vous à M. A en vue de l'enregistrement d'une demande de titre de séjour est annulée.

Article 2 :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. A.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Mathis et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul et Mme B, assesseurs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. Bailleul

Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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