jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2105030 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP ATV AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 juillet, 13 septembre et 29 octobre 2021, 27 décembre 2022, 14 septembre 2023 (ce dernier non communiqué) la société Orange, représentée par Me Gentilhomme, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de La Tour-du-Pin s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Orange en vue de l'implantation d'une installation de téléphonie mobile ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de La Tour-du-Pin de lui délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable en vue de l'implantation d'une installation de téléphonie mobile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de La Tour-du-Pin une somme de 5 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- le motif tiré de l'application des dispositions des articles L. 111-1 et L. 33-5 du code de l'urbanisme concernant l'extension du réseau d'électricité nécessaire à l'alimentation du site est illégal ; la commune de La Tour-du-Pin ne justifie pas avoir consulté le syndicat intercommunal TE38 en charge de l'organisation du service public de distribution d'électricité dont elle est adhérente ; Enedis a rendu son avis sur le projet ;
- la décision méconnaît l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme dès lors que la société Orange a fait connaître dans le dossier de déclaration préalable son intention de prendre en charge le coût de l'extension du réseau public d'électricité, qui constitue un équipement public exceptionnel, et que le maire de La Tour-du-Pin pouvait prendre une décision de non-opposition en mettant à sa charge une participation spécifique pour la réalisation de ces équipements ;
- elle méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dans la mesure où le secteur dans lequel est situé le terrain d'assiette ne présente pas un intérêt particulier et comporte de nombreuses constructions ; les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) ne comportent aucune règle de hauteur concernant les installations de téléphonie mobile ; aucun abattage d'arbres n'est prévu pour la réalisation du projet qui est localisé dans un angle de la parcelle avec des arbres existants qui sont maintenus pour atténuer sa perception ; le projet comporte la réalisation d'un pylône de type " treillis " qui permet de limiter son impact visuel ;
- elle méconnaît les dispositions du règlement du PLUi applicables à toutes les zones relatives aux clôtures qui ne sont pas applicables aux clôtures des équipements d'intérêt collectif dont les installations de téléphonie mobile présentent le caractère.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre 2021, 21 décembre 2021 et 18 janvier 2023, la commune de La Tour-du-Pin, représentée par Me Vincens-Bouguereau, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Orange une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barriol,
- les conclusions de Mme Paillet-Augey, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guranna, représentant la société Orange et, Me Mathian, représentant la commune de Grenoble.
Considérant ce qui suit :
1. La société Orange a déposé le 11 juin 2021 une déclaration préalable pour la création d'un pylône treillis de 30 mètres de hauteur avec trois antennes et une zone technique entourés d'une clôture de 2 mètres de hauteur sur un terrain situé chemin Arthur Rimbaud à la Tour-du-Pin sur une parcelle cadastrée section AB n° 48. L'adjoint au maire de La Tour-du-Pin a fait opposition à cette déclaration préalable par un arrêté du 8 juillet 2021 dont la société Orange demande l'annulation dans la présente instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté litigieux est fondé sur les motifs, tirés de ce que le projet, par sa situation, sa très grande hauteur, son aspect extérieur est de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, qu'un branchement électrique de plus de 100 mètres est à prévoir, qu'Enedis n'a pas émis d'avis sur le projet et que la commune n'est pas en mesure de connaitre l'impact financier sur son budget, et enfin de ce que le projet méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal relatives à la hauteur maximale des clôtures.
En ce qui concerne la prise en charge financière de l'extension du réseau d'électricité :
3. Aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. / Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies () ".
4. Aux termes de l'article L. 332-6 du même code : " Les bénéficiaires d'autorisations de construire ne peuvent être tenus que des obligations suivantes : () 3° La réalisation des équipements propres mentionnées à l'article L. 332-15 () ". Selon les dispositions de l'article L. 332-8 de ce code : " Une participation spécifique peut être exigée des bénéficiaires des autorisations de construire qui ont pour objet la réalisation de toute installation à caractère industriel, notamment relative aux communications électroniques, agricole, commercial ou artisanal qui, par sa nature, sa situation ou son importance, nécessite la réalisation d'équipements publics exceptionnels () ". Aux termes de l'article L. 332-15 du même code : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité (). / Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. / () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures () ". Il résulte de ces dispositions que, pour l'alimentation en électricité, relèvent des équipements propres à l'opération ceux qui sont nécessaires à l'alimentation de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public d'électricité qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au troisième alinéa de l'article L. 332-15, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics d'électricité, notamment les ouvrages d'extension ou de branchement en basse tension, et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'avis du 8 juillet 2021 d'ENEDIS qui a été transmis à la commune par courriel dans le délai d'instruction de la demande, qui se terminait le 11 juillet 2021, que la parcelle cadastrée AB 48 où doit être implanté le projet n'est pas desservie en électricité et que le réseau se situe à 580 mètres de celle-ci. Ainsi, un équipement public de desserte en énergie électrique doit être réalisé pour mener à bien l'opération en litige. D'une part, le pylône accueillant trois antennes constitue une installation à caractère industriel relative aux communications électroniques. D'autre part, sa nature, répond à une mission de service public confiée notamment à Orange et son emplacement est éloigné des zones desservies en électricité. Cet équipement a dès lors le caractère d'un équipement public exceptionnel au sens de l'article L. 332-8 du code de l'urbanisme. En outre, la société Orange a indiqué dans le dossier de déclaration préalable de travaux " qu'en cas d'extension du réseau Enedis nécessaire au projet, le coût du raccordement sera pris en charge par Orange sur la base des dispositions des articles L. 342-11 2° du code de l'énergie, L. 332-6-1 et L. 332-8 du code de l'urbanisme ". Il suit de là que les travaux d'extension du réseau électrique n'avaient pas à être financièrement pris en charge, même partiellement, par la commune. Le maire de la Tour-du-Pin ne pouvait ainsi légalement fonder sa décision d'opposition à la déclaration préalable sur la circonstance qu'il n'était pas en mesure, en application des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, de connaitre l'impact financier sur le budget de la commune.
En ce qui concerne l'intégration du projet dans son environnement :
6. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
7. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants et aux sites, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce site.
8. L'implantation du relais de téléphonie mobile en litige est prévue dans un environnement naturel à vocation agricole. Il ne présente pas un intérêt esthétique, naturel, agricole ou forestier significatif hormis son inclusion dans la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type II Isle Cremieu et basses-terres. Si les ZNIEFF constituent des outils d'inventaire scientifique du patrimoine naturel qui signalent la présence d'habitats naturels et d'espèces remarquables ou protégées par la loi, elles n'emportent, par elles-mêmes, aucun effet juridique ni sur le territoire ainsi délimité, ni sur les activités humaines qui s'y exercent. En outre, l'environnement est marqué par la présence à proximité de pylônes déjà existants, supportant une ligne électrique à haute tension. Par ailleurs, la conception en treillis métallique du pylône projeté permet, en dépit de sa hauteur de 30 mètres, d'en limiter l'impact visuel, favorisant ainsi son intégration paysagère. Ainsi, et alors même que le projet est prévu sur une ligne de crête, à proximité de la ZNIEFF de type 1 étangs de la feuillée et ruisseau d'enfer et nécessiterait l'abattage de trois arbres, le maire ne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, opposer pour refuser la déclaration préalable que le projet portait atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions du règlement du PLUi relatif à la hauteur :
9. Le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal des Valons de la Tour et de la Vallée de la Hien impose une hauteur maximale de 1,80 mètre pour les nouvelles clôtures et précise que ces dispositions ne s'appliquent pas aux clôtures des équipements d'intérêt collectif.
10. Une antenne de téléphonie mobile est un équipement d'intérêt collectif, la société requérante est fondée à soutenir que la règle de hauteur maximale de 1,80 mètres des clôtures n'est pas applicable au projet et ne pouvait lui être opposée par le maire de la Tour-du-Pin.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée du 8 juillet 2021 par laquelle le maire de La Tour-du-Pin s'est opposé à la déclaration préalable doit être annulée.
12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition.
14. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le maire de la Tour-du-Pin délivre à la société Orange un arrêté de non-opposition à déclaration préalable. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de la Tour-du-Pin demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Orange et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le maire de la Tour-du-Pin a fait opposition à la déclaration préalable déposée par la société Orange est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de la Tour-du-Pin de délivrer un certificat de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de la Tour-du-Pin versera à la société Orange une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Orange et à la commune de la Tour-du-Pin.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
P. ThierryLa greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2515745
01/07/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2502101
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608358
01/07/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2607258
01/07/2026