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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105082

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105082

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 juillet 2021, 12 août 2022, 9 juin 2023 et 15 juin 2023, M. A B, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mars 2021 par laquelle le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Isère a mis fin à son engagement de sapeur-pompier volontaire à compter du 1er mai 2021 ;

2°) d'enjoindre au SDIS de le réintégrer ;

3°) de mettre à la charge du SDIS une somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, il soutient que :

- il n'est pas démontré que la délégation de signature aurait été régulièrement publiée ;

- une décision créatrice de droit de suspension de ses fonctions étant intervenue à sa demande, il ne pouvait faire l'objet d'une mesure de non-renouvellement ;

- il n'a pas été entendu par l'autorité de gestion, en méconnaissance de l'article R. 723-54 du code de la sécurité intérieure ;

- une procédure contradictoire aurait en tout état de cause due, être mise en œuvre, conformément à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les motifs de la décision tirés de l'absence de visite médicale poids lourds et du déficit d'heures de formation ne sont pas établis ;

- le motif tiré de son absence de la caserne depuis fin 2019 ne peut justifier le non renouvellement, dès lors qu'il s'agit d'un motif légitime de participation à une campagne électorale.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mars 2022, 16 mars 2023 et 14 juin 2023, le SDIS de l'Isère conclut au rejet de la requête et qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le SDIS fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code générale des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public ;

- les observations de Me Blanc, représentant M. B ;

- et les observations de Mme D, représentant le SDIS.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, pompier volontaire employé par le SDIS de l'Isère au sein de la caserne des Deux-Alpes, demande l'annulation de la décision du 10 mars 2021 par laquelle le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Isère a mis fin à son engagement de sapeur-pompier volontaire à compter du 1er mai 2021.

Sur la légalité externe :

2. La décision attaquée a été signée par M. C, directeur départemental du SDIS de l'Isère, lequel disposait d'une délégation de signature du 23 mai 2018 régulièrement publiée le 24 mai 2018 au recueil des actes administratifs. Le moyen tiré de défaut de publication régulière de cette délégation doit donc être écarté.

3. Aux termes de l'article R. 723-46 du code de la sécurité intérieure : " Le sapeur-pompier volontaire peut, sur sa demande, bénéficier d'une suspension de son engagement, notamment pour des raisons familiales, professionnelles, scolaires ou universitaires ou en cas de congé parental. La suspension est prononcée pour une durée minimale de six mois. / L'engagement du sapeur-pompier volontaire est suspendu dans le cas des incompatibilités prévues aux articles L. 1424-24 et L. 2122-5-1 du code général des collectivités territoriales. "

4. Si M. B soutient qu'il a demandé à bénéficier d'une suspension de son engagement en raison de son engagement dans la campagne électorale municipale de 2020 et que cette décision lui a été accordée, il ne produit aucun document écrit formalisant sa demande auprès du SDIS et ne produit aucun document officiel émanant du SDIS attestant d'une telle décision, le simple mot manuscrit de son chef de caserne lui demandant de régulariser sa situation ne pouvant être assimilé à un accord de son administration. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme ayant bénéficié d'une décision de suspension de son engagement de sapeur-pompier volontaire et ne peut donc utilement invoquer le caractère supposément créateur de droit de cette supposée décision.

5. Aux termes de l'article R. 723-54 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable à l'espèce : " L'autorité de gestion qui ne souhaite pas renouveler l'engagement du sapeur-pompier volontaire est tenue d'en informer l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception six mois au moins avant la fin de la période quinquennale d'engagement. / L'intéressé peut demander à être entendu par l'autorité de gestion et, dans les deux mois à compter de la réception de la lettre mentionnée au premier alinéa, demander que son cas soit examiné par le comité consultatif compétent, mentionné aux articles R. 723-73 et R. 723-75. Celui-ci émet son avis dans un délai de deux mois à compter de la saisine. / La décision motivée de l'autorité de gestion sur le non-renouvellement de l'engagement du sapeur-pompier volontaire doit être notifiée à l'intéressé un mois au moins avant le terme de l'engagement en cours. "

6. Si M. B soutient qu'il a demandé à être entendu par son autorité de gestion conformément aux dispositions précitées, il ressort des termes de son courrier adressé au président du conseil d'administration du SDIS le 24 novembre 2021 qu'il a seulement demandé à voir son dossier examiné par le comité consultatif départemental, lequel a émis un avis favorable, à deux reprises, au non-renouvellement de l'engagement de M. B. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées sur ce point doit donc être écarté.

7. Si M. B soutient qu'en tout état de cause, une procédure contradictoire aurait dû être mise en œuvre conformément à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été informé par courrier du 11 septembre 2021 de l'intention du SDIS de ne pas renouveler son contrat, que son dossier a été examiné à deux reprises par le comité de caserne et par le comité consultatif départemental et qu'il a bénéficié d'un entretien à sa demande avec son chef de caserne. Ainsi le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire doit être écarté.

Sur la légalité interne :

8. Un sapeur-pompier volontaire ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son engagement. L'administration peut légalement décider, au terme de son engagement, de ne pas le renouveler pour un motif tiré de l'intérêt du service, qui s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne du sapeur-pompier volontaire.

9. M. B soutient en premier lieu que l'appréciation du SDIS selon laquelle il n'est pas à jour de ses formations de maintien est erronée dès lors que la période de crise sanitaire liée au Covid 19 a perturbé le calendrier des formations et qu'il n'avait pas besoin d'être à jour de sa formation incendie car il était inapte à ce type d'interventions. Toutefois, il ne conteste pas utilement le constat fait par le SDIS selon lequel il n'a effectué que 16 heures de formation en 2019 sur les 40 heures obligatoires et aucune formation en 2020 et qu'il n'est pas à jour de ses heures de formation liées à son changement de grade. Le moyen tiré de l'erreur de fait sur ce point doit donc être écarté.

10. Si M. B estime en deuxième lieu que son absence de la caserne depuis fin 2019 relève d'un motif légitime de participation à une campagne électorale puis à son élection en qualité de conseiller municipal, et ne pouvait justifier une mesure de non-renouvellement de son engagement, il ne conteste pas n'avoir effectué que 6 interventions en 2019, puis aucune intervention en 2020 et 2021, et n'invoque aucun texte prévoyant qu'une campagne politique ou un mandat électoral puisse constituer un motif de suspension de droit de son engagement. Dans ces conditions, le président du conseil d'administration du SDIS de l'Isère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en décidant, dans l'intérêt du service et au regard de la très faible activité opérationnelle de M. B, quand bien même elle serait liée à des contraintes légitimes de son point de vue, de ne pas renouveler son engagement.

11. M. B soutient enfin qu'il lui est reproché à tort de ne pas être à jour de sa visite médicale poids-lourd. Si le SDIS fait valoir que le permis poids lourd de l'intéressé avait expiré en 2017 et n'avait pas été renouvelé depuis cette date, il est constant que M. B était à jour de sa visite médicale poids lourd à la date de l'arrêté attaqué, lequel est ainsi entaché d'une erreur de fait sur ce point. Toutefois, lorsqu'une décision repose sur plusieurs motifs et que l'un d'eux est illégal, il appartient au juge administratif d'examiner si l'un des autres motifs aurait suffi à justifier la décision en cause. Il résulte de l'instruction que, même s'il n'avait pas retenu ce motif illégal, le président du conseil d'administration du SDIS aurait pris la même décision à l'égard de la demande de M. B en se fondant uniquement sur les deux autres motifs retenus tirés de son insuffisance de formation et d'activité opérationnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

13. Les conclusions présentées par le SDIS de l'Isère au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le SDIS de l'Isère au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président rapporteur,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le rapporteur,

P.-H. D'ARGENSON

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210508

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