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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105093

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105093

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021 et un mémoire enregistré le 9 mai 2022, M. C E B, M. G E B, M. F E B et M. H E B, représentés par Me Proust, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir :

- la délibération du 22 février 2021 par laquelle le conseil municipal de Crépol a limité sa participation aux travaux de réfection du chemin dit " D " à la moitié des travaux de reprise de la section dite " entre les deux rails " ;

- le refus que le maire de Crépol a opposé à leur demande tendant à ce que cette commune participe à la moitié du coût de réfection de la partie du chemin " D " située sur le territoire de la commune du Chalon ;

2°) d'enjoindre au conseil municipal de Crépol d'accepter la prise en charge de la moitié du coût des travaux nécessaires à la remise en état de ce chemin, dans un délai d'un mois courant à compter de la date de notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Crépol la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'usage impose la participation financière pour moitié de la commune de Crépol aux travaux de remise en état du chemin D dans la mesure où, en 2015, elle a pris en charge, dans cette proportion, les frais de réfection d'une partie de cette voie ;

- les décisions en litige méconnaissent l'article L. 161-5 du code rural ;

- elles méconnaissent le 5°) de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.

Par des mémoires enregistrés le 7 février 2022, le 12 avril 2022 et le 22 juillet 2022, la commune de Crepol, représentée par la SELARL H Petit et associés, conclut au rejet de la requête et demande la condamnation solidaire des requérants au paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à demander l'annulation pour excès de pouvoir des décisions en litige ;

- elle n'a pas à prendre en charge le coût de travaux qui ne sont pas réalisés sur son territoire ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

La commune du Chalon a produit un mémoire enregistré le 18 février 2022 en qualité d'observateur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- code général des collectivités territoriales ;

- le code rural ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Permingeat, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public ;

- et les observations de Me Rubio représentant la commune de Crepol.

1. MM. E B sont propriétaires de parcelles situées sur le territoire de la commune de Crépol. Leur propriété est desservie par un chemin dit " D " finissant en impasse au niveau de leurs propriétés. Cette voie, dans sa partie sud, se trouve sur le territoire d'une autre commune, Le Chalon. Par courrier du 17 juillet 2019, les intéressés ont demandé aux maires de ces deux communes d'assurer la remise en état de cette partie sud du chemin. Après chiffrage du coût des travaux nécessaires, évalués à 2 535, 78 euros TTC, la commune du Chalon a demandé à la commune de Crépol, le 5 février 2021, d'en prendre la moitié à sa charge. Par délibération du 22 février 2021, le conseil municipal de Crépol a limité la participation financière de la commune à la moitié du coût de réfection d'une section de ce chemin dite " entre les deux rails ". Par courrier du 23 avril 2021, MM. E B ont demandé à la commune de Crépol de financer la moitié des travaux de reprise nécessaires. Un refus leur a été opposé par décision du maire du 31 mai 2021. Dans la présente instance, ils demandent l'annulation pour excès de pouvoir de la délibération du 22 février 2021 et du refus du 31 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir de la délibération du 22 février 2021 :

2. Par la délibération du 22 février 2021, le conseil municipal de Crépol s'est borné à fixer le montant de sa participation aux travaux de réfection de la partie du chemin D située sur le territoire de la commune du Chalon, en réponse à la requête formulée par cette dernière lui demandant d'en prendre en charge la moitié. Cette délibération se borne ainsi à fixer la répartition d'une charge financière entre deux communes. Par suite, les requérants, en leur qualité de riverains du chemin D, ne justifient d'aucun intérêt à en demander l'annulation pour excès de pouvoir, la commune du Chalon ayant, par ailleurs et par délibération du 24 février 2021, accepté de réaliser la totalité des travaux qu'ils demandaient. Les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir qu'ils présentent contre cette délibération sont, par suite irrecevables. Il y a donc lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Crépol et de les rejeter comme telles.

Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir du refus du 31 mai 2021 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2212-1 du même code : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ". Aux termes de l'article L. 161-5 du code rural : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux ".

5. Il résulte des dispositions citées aux deux points précédents que les pouvoirs et obligations d'un conseil municipal et d'un maire sont circonscrits au territoire de leur commune d'élection. Les requérants ne sont donc nullement fondés à invoquer ces textes au soutien d'une prétendue obligation de la commune de Crépol de financer les travaux à réaliser sur la portion d'un chemin située en dehors de ses limites administratives. Les moyens correspondants ne peuvent donc être qu'écartés.

6. La seule circonstance que la commune de Crépol a accepté en 2015, à titre purement gracieux, de financer une partie des travaux réalisés alors sur la portion du chemin D située sur le territoire de la commune du Chalon ne peut révéler l'existence d'un prétendu usage lui imposant de financer pour moitié les travaux en litige. Outre le fait que les conditions d'apparition d'une coutume ne sont pas réunies, le droit positif ne reconnaît pas, en effet, à cette source de droit le pouvoir de créer des règles de valeur juridique supérieure aux dispositions législatives citées au point 5. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir du refus du maire de Crépol du 31 mai 2021, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

8. Eu égard à leur qualité de parties perdantes dans l'instance, les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la commune de Crépol au titre de ces mêmes dispositions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de MM. E B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Crépol au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H E B au titre des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune de Crépol.

Copie en sera adressé à la commune du Chalon.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, premier conseiller,

Mme Permingeat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

F. Permingeat

Le président,

T. Pfauwadel

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2105093

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