lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2105104 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET G. MOLLION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er août 2021 et le 19 avril 2023, M. B, représenté par Me Schmidt-Sarels, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions des 19 mai 2021 et 1er juillet 2021 par lesquelles le président de la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération a refusé de procéder au raccordement au réseau de distribution d'eau potable les parcelles cadastrées à la section C numéros 1911 et 1918, situées sur le territoire communal de Chens-sur-Léman ;
2°) d'enjoindre au président de la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération de procéder au raccordement dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 50 euros ;
3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la requête est en tous points recevable ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- en conditionnant ses décisions à la position de la commune de Chens-sur-Léman, la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération les a entachées d'une incompétence négative ;
- en fondant son refus sur les dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme, le signataire a entaché ses décisions d'une erreur de droit ;
- la circonstance que le tènement se situe en zone non constructible n'est pas en soi un obstacle au raccordement ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ; les parcelles sont techniquement raccordables au réseau d'eau potable qui se situe à proximité ;
- elles sont entachées d'une rupture du principe d'égalité à l'égard des parcelles voisines qui sont construites et raccordées.
Par un mémoire enregistré le 22 février 2023, la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération, représentée par la société d'avocats Conseil affaires publique, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient à titre principal que la requête est irrecevable et, subsidiairement, que les moyens sont infondés.
Par une lettre du 22 novembre 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 13 février 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 11 mai 2023.
Par lettre du 22 avril 2024, le tribunal a demandé à la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération de lui transmettre le règlement écrit de la zone NL du plan local d'urbanisme intercommunal applicable aux parcelles en litige et, si possible, le règlement graphique de la zone, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Le 30 avril 2024, la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération a transmis au tribunal les pièces demandées, communiquées au requérant le 2 mai 2024.
Par lettre du 5 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le courriel du 19 mai 2021 qui constitue un message d'attente, dépourvu de portée décisoire.
Par un mémoire du 7 juin 2024, la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération a présenté des observations et persiste dans ses précédentes écritures.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Letellier,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- les observations de Me Laumet, substituant Me Schmidt-Sarels, pour M B,
- et les observations de Me Mollion, pour la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est propriétaire indivis des parcelles cadastrées à la section C numéros 1911 et 1918, situées sur le territoire communal de Chens-sur-Léman, classées en zone NL dans le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais. Le 14 mai 2021, il a demandé au service des eaux de la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération l'autorisation de procéder au raccordement de ses parcelles au réseau d'eau potable. Par courriels du 19 mai 2021 et du 1er juillet 2021, le directeur de l'eau et assainissement de la communauté d'agglomération a refusé le raccordement demandé.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le courriel du 19 mai 2021 :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".
3. Par courriel du 19 mai 2021, l'agent du service eau et assainissement de Thonon Agglomération a indiqué à M. B que " le service de l'eau de Thonon Agglomération ne pourra effectuer les travaux de raccordement qu'après l'autorisation donnée par la commune de Chens-sur-Léman ". Ce faisant, le courriel constitue un simple message d'attente et ne présente donc pas de caractère décisoire au sens des dispositions précitées. Par suite, les conclusions en annulation dirigées contre le courriel du 19 mai 2021 sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. La décision attaquée énonce que la demande de raccordement à l'eau potable est refusée du fait du refus de la commune de Chens-sur-Léman au regard de la localisation des terrains concernés par application du plan local d'urbanisme intercommunal et de la loi Littoral, ainsi que de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle repose. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales : " La communauté d'agglomération exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences suivantes : () 8° L'eau (). ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () ou pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 422-3 de ce code : " Lorsqu'une commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer la compétence prévue au a de l'article L. 422-1 qui est alors exercée par le président de l'établissement public au nom de l'établissement () ".
8. Le 14 mai 2021, M. B a présenté une demande de raccordement de ses parcelles à l'eau potable à Thonon Agglomération. Cette demande s'inscrit dans le cadre d'un projet de l'installation temporaire d'une construction légère ou de camping, ainsi qu'il en avait déjà présenté la demande le 1er et le 10 juin 2020, à la maire de Chens-sur-Léman et ainsi qu'il l'a confirmée en demandant le raccordement au réseau d'électricité à Enedis, le 30 juillet 2021. Dans ce cadre, l'instruction de la demande de raccordement par Thonon Agglomération nécessitait de saisir le maire de Chens-sur-Léman au titre de la police de l'urbanisme, aucune délégation de cette compétence du maire n'étant intervenue au président de Thonon Agglomération de titre de l'article L. 422-3 précité. Par suite, le moyen tiré de ce que Thonon Agglomération a méconnu le champ de sa propre compétence tirée des dispositions du 8° de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.
9. En troisième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement ". Selon l'article L. 121-13 de ce code : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs () est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme () ". Aux termes du titre 32 " Dispositions réglementaires liées à la zone NL et NLj " du règlement écrit du plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais : " () NL et NLj. I.1.a. Les nouvelles constructions : En zone NL et NLj : en conformité avec l'article L.121-17, seules les constructions ou installations nécessaires à des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau sont autorisées. () NL et NLj I.1.c Les autres occupations et usages du sol : () Les terrains de camping, de caravanage, les habitations légères de loisirs, les résidences mobiles de loisirs, les parcs résidentiels de loisirs, les résidences démontables : destination interdite () ".
10. D'autre part, l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1, ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions ". Il résulte de ces dispositions que le maire peut, dans le cadre de ses pouvoirs de police spéciale destinés à assurer le respect des règles d'utilisation des sols, s'opposer au raccordement définitif au réseau d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone des bâtiments, locaux ou installations qui, faute de disposer de l'autorisation d'urbanisme ou de l'agrément nécessaire, sont irrégulièrement construits ou transformés.
11. Il ressort de la décision attaquée que le refus est motivé par l'application du plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais, qui classe les parcelles litigieuses en zone NL, et par l'application de la loi Littoral, les parcelles se situant respectivement dans la bande des cent mètres du rivage et en partie, dans un espace proche du rivage. Ces éléments ne sont pas contestés par le requérant et sont corroborés par le règlement graphique de la commune de Chens-sur-Léman du plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais, versé au dossier par le défendeur. Dans ces conditions, l'auteur de la décision attaquée n'a pas commis d'erreur de droit en refusant au requérant le raccordement à l'eau potable pour des parcelles qui ne peuvent pas faire l'objet d'une construction ou d'une installation telle qu'envisagée par le requérant.
12. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui avait précédemment déjà présenté une demande de raccordement à l'eau potable en vue de l'installation d'une habitation légère de loisirs, entendait donner un caractère définitif au raccordement à l'eau potable, quoique limité à un usage estival. Dans ces conditions, l'autorité administrative pouvait également faire application des dispositions de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme, quand bien même aucune installation n'était faite, à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
13. En dernier lieu, si M. B soutient que le refus méconnaît le principe d'égalité des citoyens devant la Loi, il reconnaît lui-même que les parcelles proches des siennes, qui sont desservies par l'eau potable, sont construites. Elles ne sont donc pas dans une situation comparable à ses propres parcelles qui sont dépourvues de toute construction. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à une collectivité publique de prendre en charge des travaux de raccordement à l'eau potable à une parcelle non construite, située en zone naturelle, alors même que le coût du raccordement mis à la charge de la collectivité publique ne serait pas " substantiel ". Par ailleurs, la circonstance que M. B n'envisage pas d'exercer une activité de camping au sens des dispositions de l'article D. 331-1-1 du code du tourisme n'implique pas que la collectivité soit tenue de procéder au raccordement de sa parcelle à l'eau potable. Enfin, le requérant n'établit pas que les quelques poneys qui pâturent sur ses parcelles pour éviter toute intrusion, ne pourraient pas être abreuvés autrement que par le raccordement à l'eau potable. Il résulte de ce qui précède que c'est sans erreur manifeste d'appréciation et sans méconnaissance du principe d'égalité des citoyens devant la loi que la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération a refusé à M. B le raccordement. Par suite, les moyens doivent être écartés.
14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions en injonction sous astreinte et les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais de justice :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la communauté d'agglomération de Thonon Agglomération et à la commune de Chens-sur-Léman.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
La rapporteure,
C. Letellier
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026