mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2105213 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | KOVARIK-OVIZE |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 août 2021, le 22 février 2022, le 6 avril 2022 et le 30 septembre 2022 sous le numéro 2105213, Mme B C demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir les conclusions de l'expert psychiatre qui lui ont été communiquées par un courrier du 2 juin 2021 signé du président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Chambéry.
Mme C soutient que :
- sa requête n'est pas prématurée ;
- la décision du 2 juin 2021 lui fait grief ;
- elle n'est toujours pas guérie à la date du 31 juillet 2021, ce qui démontre l'inexactitude des conclusions l'expertise psychiatrique subie.
Par des mémoires enregistrés le 2 mars 2022, le 31 mars 2022, le 2 mai 2022 et le 18 juillet 2022, le centre communal d'action sociale de Chambéry conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 600 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre communal d'action sociale de Chambéry fait valoir que :
- la requête est irrecevable, les conclusions du rapport d'expertise ne faisant pas grief à Mme C ; la requête est prématurée, la commission de réforme ne s'étant pas prononcée sur son cas à la date de la décision attaquée ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
II- Par une requête enregistrée le 8 août 2022 sous le numéro 2205035, Mme B C, représentée par Me Adamo-Rossi, demande au tribunal :
1°) après nomination d'un expert chargé de se prononcer sur la consolidation de ses blessures, d'annuler la décision 3 juin 2022 par laquelle le président du centre communal d'action sociale de Chambéry a refusé de reconnaître imputable à l'accident de service du 27 août 2019 les arrêts de travail produits au-delà du 28 août 2021 ;
2°) d'enjoindre au président du centre communal d'action sociale de Chambéry de lui verser une somme de 6 322,84 euros au titre de rappels de traitement ;
3°) de condamner le centre communal d'action social de Chambéry à lui verser une indemnité de 5 000 euros en réparation des troubles dans ses conditions d'existence et de 10 000 euros en réparation du préjudice moral subi.
4°) de mettre à la charge du centre communal d'action social de Chambéry une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- les motifs de la décision attaquée sont entachés d'erreur matérielle, dans la mesure où son employeur a ignoré la complexité des faits ;
- un expert devra être nommé en vue notamment de déterminer la date de consolidation de l'accident de service intervenu le 27 août 2019 ;
- à titre subsidiaire, le traumatisme psychologique qu'elle subit est constitutif d'un accident de service ; cet accident est lié à son évaluation annuelle et à sa chute sur son lieu de travail le 28 août 2019 ;
- sa pathologie au genou gauche n'est pas consolidée à la date du 27 août 2019 ; les expertises des Dr. Giordano et Verhellen se contredisent ;
- elle a été victime d'une rechute à la suite d'un geste brusque effectué par le Dr. Verhellen au cours de l'expertise ;
- l'illégalité de la décision attaquée lui cause des troubles dans ses conditions d'existence ainsi qu'un préjudice moral, dont elle demande à être indemnisée à hauteur, respectivement, de 5 000 euros et de 10 000 euros ;
Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2022, le centre communal d'action sociale de Chambéry conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre communal d'action sociale de Chambéry fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables, faute de liaison du litige ;
- les moyens soulevés par Mme C à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 février 2023 :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. D,
- et les observations de Me Yver, représentant le centre communal d'action sociale de Chambéry.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2105213 et 2205035 intéressent la situation d'un même agent et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un seul jugement.
2. Mme C est agent social principal de deuxième classe titulaire, employée par le centre communal d'action sociale (CCAS) de Chambéry en qualité d'agent d'accompagnement dans un foyer de logement pour personnes âgées. Le 27 août 2019, elle est victime d'une chute sur son lieu de travail, reconnue imputable au service par son employeur. Le 2 juin 2021, le président du CCAS lui transmet les conclusions du Dr. A, expert psychiatre, dont Mme C demande l'annulation pour excès de pouvoir dans l'instance n° 2105213. Dans l'instance n° 2205035, elle demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 3 juin 2022 par laquelle le président du CCAS, suivant l'avis du conseil médical du 12 mai 2022, décide notamment de cesser de prendre en charge au titre de l'accident de service du 27 août 2019 les arrêts de travail produits à compter du 28 août 2021. Dans cette deuxième instance, elle formule également des conclusions indemnitaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation dans l'instance n°2105213:
3. Comme l'oppose en défense le CCAS de Chambéry, le courrier du 2 juin 2021 susvisé n'a pas de caractère décisoire. En effet, par ce courrier, son président s'est borné à informer Mme C des conclusions de l'expertise médicale réalisée le 29 avril 2021. Bien que présentée à tort sous forme d'une décision, cette lettre n'a pas modifié la situation juridique de l'intéressée, dont les arrêts maladie ont continué à être pris en charge au titre du service au-delà de cette date. Dès lors, le courrier du 2 juin 2021 ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Les conclusions tendant à son annulation sont donc irrecevables.
Sur les conclusions indemnitaires dans l'instance n°2205035 :
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ()". En l'espèce et ainsi que l'oppose en défense le CCAS, Mme C n'a pas lié le contentieux, en méconnaissance des dispositions précitées. Ainsi, faute de demande préalable, les conclusions indemnitaires de la requête sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction dans l'instance n° 2205035 :
5. Mme C soutient que : " Le Président du CCAS se base sur des faits qui sont matériellement inexactes. Le Président a cru pouvoir ignorer la réalité des faits en ne se basant que sur l'avis du Conseil médical. Il ne peut être ignoré la complexité de cette affaire et la contradiction des expertises. L'état de Madame B C ne peut être regardé, au jour de la présente, comme une maladie ordinaire./ Cette décision ne se fonde pas sur la réalité, le Président du CCAS ne peut être considéré comme suffisamment éclairé ". Il ressort des pièces du dossier que Mme C a subi plusieurs expertises médicales contenant des avis intelligibles et les affirmations précitées de la requérante ne sont pas assorties des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Le moyen tiré de l'erreur dans les motifs de fait de la décision attaquée doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne la décision du 3 juin 2022, en tant qu'elle refuserait de prendre en charge " un traumatisme psychologique " au titre du service :
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la rhumatologue ayant réalisé la première expertise le 22 septembre 2020 avait, après avoir conclu à l'imputabilité de sa pathologie au genou à l'accident du 27 août 2019, estimé nécessaire une expertise psychiatrique, réalisée à la suite par le Dr A le 29 avril 2021. Ce dernier a certes diagnostiqué une pathologie psychiatrique mais sans lien avec la chute du 27 août 2019. En l'espèce, la requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette expertise. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait à tort refus implicite d'inclure au titre de l'accident de service du 27 août 2019 sa pathologie psychiatrique.
7. D'autre part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " ()/ IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau./ () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat.". Mme C soutient désormais que sa maladie psychiatrique trouverait son origine dans ses relations professionnelles avec son chef de service. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service d'une maladie professionnelle au sens des dispositions précitées du dernier alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. La décision attaquée du 3 juin 2022 ne saurait dès lors avoir la portée implicite de lui refuser une telle reconnaissance et Mme C ne saurait utilement soulever des moyens en ce sens.
En ce qui concerne la décision du 3 juin 2022, en tant qu'elle fixe une date de consolidation au 27 août 2021:
8. D'une part, une date de consolidation ne caractérise pas nécessairement une guérison, mais simplement une stabilisation de la pathologie. En se bornant à soutenir ressentir des douleurs persistantes au genou gauche, Mme C ne saurait dès lors remettre en cause la date de consolidation fixée au 27 août 2021.
9. D'autre part, un mail de la requérante adressé au dernier expert à avoir examiné son genou ne saurait tenir lieu de preuve d'une rechute. Le certificat médical de son médecin traitant du 28 mars 2022 dont elle se prévaut par ailleurs ne traite pas de son problème au genou.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C dans l'instance n° 2205035 doivent être rejetées au regard des moyens qu'elle invoque ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans les deux instances:
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre communal d'action sociale de Chambéry dans l'instance n° 2105213.
12. Les conclusions présentées par Mme C, la partie perdante dans l'instance n°2205035, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre communal d'action sociale de Chambéry.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme C sont rejetées dans les deux instances.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre communal d'action sociale de Chambéry sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées dans les deux instances.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre communal d'action sociale de Chambéry.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le rapporteur,
I. E
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2105213 - 2205035
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026