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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105235

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105235

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCHESNEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 août 2021, le 21 mars 2022 et le 19 août 2022 (ce dernier mémoire n'a pas été communiqué), la société SDM Immobilier et la société DM Promotion, représentées par Me Chesney, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 3 juin 2021 par laquelle le conseil municipal de Domancy a approuvé la révision générale n° 2 du plan local d'urbanisme communal, subsidiairement en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées à la section B numéros 4114, 4115, 3989, 3903 et 4058 en zone agricole ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Domancy la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les sociétés requérantes soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- le rapport de présentation est insuffisant, en particulier quant à l'analyse des incidences de la révision du plan local d'urbanisme sur l'environnement eu égard aux perspectives de densification et sur la justification des espaces paysagers remarquables identifiés au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, ainsi que plusieurs personnes publiques l'ont relevé dans leur avis ;

- les conclusions personnelles du commissaire enquêteur sont insuffisamment motivées en méconnaissance de l'article L. 123-6 du code de l'urbanisme ;

- le classement de l'ensemble des parcelles litigieuses en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste de d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 octobre 2021 et le 15 avril 2022, la commune de Domancy, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit fait application le cas échéant des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et qu'il soit mis à la charge des requérantes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Domancy fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 31 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2022, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Par courrier du 7 janvier 2025, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, pour permettre la régularisation du vice tiré de ce que le rapport de présentation est insuffisamment motivé, en application de l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme, sur la justification de l'identification des secteurs à protéger au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme.

Vu :

- la délibération attaquée et les autres pièces du dossier ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 janvier 2025 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de M. A,

- les observations de Me Chesney, pour les sociétés requérantes,

- et les observations de Me Buffet, pour la commune de Domancy.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 3 juin 2021, le conseil municipal de la commune de Domancy a approuvé la révision générale n° 2 du plan local d'urbanisme communal. Les sociétés requérantes sont propriétaires des parcelles cadastrées à la section B numéros 4114, 4115, 3989, 3903 et 4058, situées sur le territoire communal. Elles ont été classées en zone agricole. Dans la présente instance, les sociétés SDM Immobilier et DM Immobilier demandent l'annulation de la délibération du 3 juin 2021.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le rapport de présentation :

2. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. () Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. () ". Aux termes de l'article R. 151-1 de ce code, dans sa version en vigueur : " Pour l'application de l'article L. 151-4, le rapport de présentation : () 3° Analyse l'état initial de l'environnement, expose la manière dont le plan prend en compte le souci de la préservation et de la mise en valeur de l'environnement ainsi que les effets et incidences attendus de sa mise en œuvre sur celui-ci. ". Aux termes de l'article R. 151-2 de ce code, dans sa version en vigueur : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : () 5° L'institution des zones urbaines prévues par l'article R. 151-19 () ".

3. Aux termes de l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : Le rapport de présentation comporte les justifications de : () 6° Toute autre disposition du plan local d'urbanisme pour laquelle une obligation de justification particulière est prévue par le présent titre. / Ces justifications sont regroupées dans le rapport ". L'article 151-19 de ce code dispose que : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. (). ".

4. En premier lieu, il ressort du rapport de présentation et du PADD que les perspectives de densification du plan local d'urbanisme à l'horizon de dix ans sont modestes pour la commune de Domancy. Le rapport de présentation prévoit une extension urbaine limitée à 1,10 hectare (ha) à l'échelle du territoire communal de 740 ha pour l'extension de l'école, pour la construction d'une maison médicale avec pharmacie et la finalisation de la zone d'activités économiques dans le secteur du Pallud. Cette extension s'opère en zone déjà urbanisée, la zone urbaine étant abaissée de 137 ha à 116 ha, et non au détriment des autres zones naturelle ou agricole. Ainsi, l'impact sur l'environnement est marginal, ce qu'a relevé la mission régionale d'autorité environnementale dans son avis du 10 décembre 2019. Dans ces conditions, le rapport de présentation n'est pas insuffisamment motivé sur ce point.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation présente un point 4.9 Justification relative à la protection des espaces paysagers remarquables identifiés sur les documents graphiques au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, ainsi formulé : " La commune a exprimé dans son PADD sa volonté de préserver les espaces verts significatifs (vergers, jardins..) au cœur des secteurs urbanisés pour conserver l'identité rurale de la commune caractérisée par la combinaison d'espaces bâtis et d'espaces libres. Les micro-paysages de qualité (vergers, haies, jardins, et autre " poumons-verts "), qui ont été repérés suite à des visites de terrain dans les zones urbaines mais également dans les zones agricoles et naturelles sont identifiées par une trame sur les documents graphiques. ". Ces éléments sont éclairés par le rapport de présentation qui consacre plusieurs pages à la notion de paysage et aux éléments de paysage que les auteurs du plan local d'urbanisme entendent préserver pour garantir à la commune son identité rurale. Dans ces conditions, le rapport justifie suffisamment les espaces protégés au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme sur l'ensemble du territoire de la commune. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation doit être écarté.

En ce qui concerne les conclusions du commissaire enquêteur :

6. Aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement, dans sa version en vigueur : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () ". Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet ".

7. En application de ces dispositions, le commissaire enquêteur, qui n'est pas tenu de répondre à chacune des observations présentées au cours de l'enquête publique, doit donner son avis personnel en précisant s'il est ou non favorable et indiquer au moins sommairement, les raisons qui en déterminent le sens.

8. Dans ses conclusions rendues le 26 mars 2021, sous forme distincte du rapport, le commissaire enquêteur a présenté des conclusions personnelles sur le projet, en faisant état de la volonté de la commune de freiner l'étalement urbain, de préserver l'agriculture et d'avoir utilement intégré le plan de prévention des risques aux plans de zonage. Il a déploré l'absence de schéma de cohérence territoriale pour la Haute Vallée de L'Arve pour une meilleure vision d'ensemble du secteur. Il a donné un avis favorable tout en préconisant d'accéder à certaines demandes de constructibilité et à mieux définir les zones identifiées au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. Par suite, il a remis des conclusions personnelles et motivées. Dès lors, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le classement des parcelles litigieuses :

9. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

10. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

S'agissant des parcelles n° 4114 et n° 4115 :

11. Il ressort des pièces du dossier que ces parcelles se situent au lieu-dit " Les Mouilles du Creux " et ont une superficie respectivement de 1138 m² et 447 m². Elles forment un seul tènement. Elles ont été classées dans le règlement graphique en zone agricole - zone humide (A-zh) et sont situées dans un corridor écologique. Ces parcelles ne sont pas bâties et elles sont à l'état de prairie. La circonstance qu'elles soient équipées des réseaux est sans incidence sur leur classement en zone agricole. Elles se situent à l'extrémité d'une zone urbanisée constituée d'habitat individuel - un lotissement construit de manière linéaire - mais n'en font pas partie, tandis qu'elles s'ouvrent sur une vaste zone agricole à caractère humide et se prolonge par une zone naturelle. Le classement de ces parcelles est cohérent avec le PADD qui repose sur l'objectif de réduire la consommation de l'espace, de lutter contre l'étalement urbain en priorisant le développement dans les enveloppes urbaines dans les dents creuses, en limitant les extensions urbaines au strict nécessaire, tout en préservant et en valorisant le patrimoine naturel à protéger, dont les zones humides. La circonstance qu'un certificat d'urbanisme opérationnel positif a été délivré en 2017 est sans incidence sur le classement du tènement par la délibération attaquée. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que les parcelles n° 4114 et n° 4115 ont été classées en zone agricole et zone humide.

S'agissant de la parcelle n° 3989 :

12. La parcelle cadastrée à la section B n° 3989 se situe aux Mouilles de Bétoux et a une surface de 1394 m². La parcelle a été classée en zone An " zone agricole à forte valeur agronomique et/ou paysagère ". Au vu du règlement graphique, la parcelle se situe en bordure de la zone urbaine mais n'en fait pas partie. Elle n'est pas bâtie et se trouve en état de prairie, ce qui lui confère un potentiel agronomique. Elle s'ouvre à l'Est sur un vaste secteur agricole et rural qui comporte des parcelles construites également classées en zone agricole. En outre, le classement en zone Uc dans le précédent document d'urbanisme ne donne aucun droit au maintien du zonage, les auteurs du plan local d'urbainsme ayant défini de nouvelles orientations au document d'urbanisme contesté. Enfin, pour les motifs énoncés au point précédent, le classement de la parcelle litigieuse en zone An est cohérent avec les orientations du PADD et la circonstance qu'elle constitue un lot à bâtir d'un lotissement créé en 2006 est sans incidence sur le présent classement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la parcelle doit être écarté.

S'agissant des parcelles n° 3903 et 4058 :

13. Il ressort du règlement graphique que ces parcelles forment un seul tènement d'une surface de 9 381 m². Elles ne sont pas construites et sont à l'état de prairie. S'il est vrai qu'elles se situent entre une zone urbanisée - un lotissement - et une voie publique et que les auteurs du plan local d'urbanisme auraient pu décider de les urbaniser, il ressort des pièces au dossier que ceux-ci ont décidé de densifier les " dents creuses ", ce que ne constituent pas les parcelles litigieuses. En outre, elles sont limitrophes d'une zone humide et s'ouvrent sur une large zone agricole. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre la délibération attaquée doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les conclusions présentées par les sociétés requérantes, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Domancy présentées à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SDM Immobilier et de la société MD Promotion est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Domancy en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SDM Immobilier, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Domancy.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

J.-P. Wyss

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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