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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105371

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105371

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGERNEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 5 août 2021 et le 9 février 2024, Mme B épouse C, représentée par Me Gernez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision rejetant sa demande d'attribution de la prime de restructuration de service, révélée par un courriel du 5 juillet 2021 de la direction interdépartementale de la police aux frontières (DIDPAF) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui verser cette prime dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'article 2 du décret n°2008-366 du 17 avril 2008 n'exclut pas le versement de la prime de restructuration aux agents mutés dans l'intérêt du service ;

- la mutation s'inscrit dans le cadre de la restructuration du service ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que la distance entre son domicile familial et son lieu d'exercice professionnel a augmenté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Est fait valoir que l'attribution de la prime de restructuration de service ne relève pas sa compétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que Mme B épouse C a fait l'objet d'une mutation d'office dans l'intérêt du service qui ne s'inscrit pas dans le cadre de la restructuration des services.

Par ordonnance du 25 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2008-366 du 17 avril 2008 ;

- le décret n° 2012-328 du 6 mars 2012 relatif à l'organisation territoriale de la direction centrale de la police aux frontières, tel que modifié par les décrets n° 2016-441 du 12 avril 2016 et 2020-1051 du 14 août 2020 ;

- l'arrêté du 26 février 2019 fixant les montants de la prime de restructuration de service et de l'allocation d'aide à la mobilité du conjoint instituées par le décret n° 2008-366 du 17 avril 2008 ;

- l'arrêté du 14 août 2020 désignant une opération de restructuration dans le cadre de la réorganisation des services de la direction zonale de la police aux frontières du Sud-Est relevant de la direction centrale de la police aux frontières ouvrant droit à la prime de restructuration de service et à l'allocation d'aide à la mobilité du conjoint instituées par le décret n° 2008-366 du 17 avril 2008

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Triolet,

- les conclusions de M. Villard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Affectée depuis le 1er août 2015 comme chef de service de la police aux frontières territorial (SPAFT) de Gaillard en Haute-Savoie, Mme C a été mutée " dans l'intérêt du service " comme officier de liaison de la police aux frontières à la préfecture de Haute-Savoie à compter du 1er juin 2020 par un arrêté du 20 mai 2020, retiré et remplacé par un arrêté du 15 mars 2021.

2. Par ailleurs, son service, le SPAFT de Gaillard, qui se trouvait rattaché à la direction interdépartementale de la police aux frontières (DIDPAF) de Prévessin, a été supprimé par le décret n°2020-1051 du 14 août 2020. Dans son arrêté du même jour, le ministre de l'intérieur a qualifié cette fermeture d'opération de restructuration de service ouvrant droit à la prime afférente.

3. Mme C a demandé le bénéfice de la prime de restructuration. Par un courriel du 5 juillet 2021, la DIDPAF lui a indiqué être chargée de l'informer qu'elle n'était pas éligible. Ce courriel précise que dès lors que la restructuration aboutit à un changement de résidence administrative de moins de 10 km, la prime ne peut être versée qu'en cas d'allongement de la distance entre la résidence familiale et la nouvelle résidence administrative, ce qui n'est pas son cas. Par la présente requête, Mme C conteste ce refus et demande qu'il soit enjoint au ministre de lui verser la prime de restructuration de service.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du motif initialement opposé

4. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 17 avril 2008 instituant une prime de restructuration de service et une allocation d'aide à la mobilité du conjoint, dans sa rédaction applicable : " En cas de restructuration d'une administration de l'Etat, de l'un de ses établissements publics ou d'un établissement public local d'enseignement, une prime de restructuration de service peut être versée () aux fonctionnaires (). Les opérations de restructuration de service ouvrant droit à la prime sont fixées par arrêté ministériel, pris après avis des comités sociaux d'administration compétents. Cette prime peut, le cas échéant, être complétée par une allocation d'aide à la mobilité du conjoint. / L'arrêté ministériel désignant l'opération de restructuration peut, le cas échéant, recenser les postes et emplois pour lesquels le bénéfice de la prime de restructuration de service est ouvert. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 26 février 2019 fixant les montants de la prime de restructuration de service et de l'allocation d'aide à la mobilité du conjoint : " Le montant de la prime de restructuration de service attribuée aux agents dont la mutation a entraîné un changement de résidence administrative est composé de : / 1° D'un montant fonction de la distance entre l'ancienne et la nouvelle résidence administrative : Moins de 10 km / 1 250 €, Entre 40 et 79 km / 9 000 € () Le montant correspondant à la tranche de moins de 10 km n'est versé que si la distance entre la nouvelle résidence administrative et la résidence familiale a augmenté. ". En outre, l'article 4 de cet arrêté dispose que : " Pour l'application du présent arrêté : / - la résidence administrative correspond au territoire de la commune sur lequel se situe le service où l'agent est affecté ; / - la résidence familiale correspond au territoire de la commune sur lequel se situe le domicile de l'agent ; / () / - la distance entre l'ancienne et la nouvelle résidence administrative correspond à l'itinéraire le plus court par la route ; / - la distance entre la nouvelle résidence administrative et la résidence familiale correspond à l'itinéraire le plus court par la route ".

6. En l'espèce, par arrêté du 20 mai 2020 " portant changement d'affectation sans changement de résidence ", Mme C a été mutée dans l'intérêt du service du SPAFT de Gaillard à la préfecture de Haute-Savoie en qualité d'officier de liaison, à compter du 1er juin 2020. Cet arrêté a été retiré, au motif d'une erreur matérielle non précisée, par un arrêté du 15 mars 2021 " portant changement d'affectation avec changement de résidence " qui l'a mutée, toujours à compter du 1er juin 2020, à la DIDPAF d'Annemasse en qualité d'officier de liaison à la préfecture de Haute-Savoie.

7. Le courriel du 5 juillet 2021 indique que pour retenir que le changement de résidence administrative de l'intéressée est de moins de 10 km, " le SGAMI considère ton ancienne résidence administrative à Gaillard et la nouvelle à Annemasse au vu de ton arrêté de changement de situation ". Toutefois, il est établi par attestation et non contesté que la requérante prend tous les jours ses fonctions à la préfecture, située à Annecy. La distance entre Gaillard, siège de son ancienne résidence administrative, et Annecy, lieu où elle exerce effectivement ses fonctions, est a minima de 43 kilomètres. Par suite, l'unique motif fondant la décision litigieuse est erroné.

En ce qui concerne la légalité du motif opposé dans la présente instance

8. Le ministre de l'intérieur doit être regardé comme faisant valoir, aux termes de son mémoire en défense, que sa décision était légalement justifiée par le motif tiré de ce que Mme C a été mutée dans l'intérêt du service, en application des dispositions de l'article 25 du décret n° 95-654 du 9 mai 1995, en raison de difficultés de management et non de la restructuration, de sorte qu'elle ne pourrait prétendre au versement de la prime afférente.

9. D'une part, l'article 5 de l'arrêté du 14 août 2020, visé ci-dessus et qui désigne l'opération en litige comme une restructuration ouvrant droit à la prime, dispose que : " Ces primes et allocations sont ouvertes pour les mutations et déplacements intervenant à ce titre entre le 1er juin 2019 et le 30 juin 2021 ".

10. D'autre part, aux termes du dernier alinéa de l'article 5 du décret du 17 avril 2008 visé ci-dessus : " Les déplacements d'office prévus par l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ainsi que les mutations prononcées par l'administration sur demande des fonctionnaires n'ouvrent pas droit à la prime de restructuration de service ".

11. La prime de restructuration est ainsi précisément encadrée à la fois par les dispositions du décret du 17 avril 2008 qui l'instaurent et la régissent et par un arrêté ministériel pris pour chaque opération ouvrant droit à ladite prime afin d'en définir le champ exact. Elle ne peut, dès lors, être refusée que dans les conditions exhaustivement énumérées à l'article 5 précité du décret du 17 avril 2008, à savoir si la mutation est disciplinaire ou répond à une demande de l'agent. L'administration ne peut, par suite, utilement se prévaloir de ce que la mutation répondrait à un intérêt de service distinct de la restructuration pour refuser à l'agent le droit à percevoir cette prime. Par suite, le motif qu'il est proposé de substituer à celui entaché d'illégalité n'est lui-même pas susceptible de fonder la décision en litige.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la décision refusant à Mme C la prime de restructuration doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il n'est pas soutenu et ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif pourrait s'opposer à ce que Mme C perçoive la prime de restructuration. Elle ne pourrait notamment être regardée comme ayant formé une demande de mutation alors qu'elle s'est bornée, ainsi qu'elle en justifie, à émettre un vœu en réponse à un courrier l'informant de la restructuration de la DIDPAF.

14. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de verser à la requérante ladite prime, calculée conformément à la distance retenue au point 7 du présent jugement, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme C de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision refusant d'octroyer à Mme C la prime de restructuration de service est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de verser à la requérante, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, la prime de restructuration de service, calculée conformément à la distance retenue au point 7.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente-rapporteure,

M. Ban, premier conseiller,

M. Callot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2024.

La présidente-rapporteure,

A Triolet

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

J-L BanLa greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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