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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105378

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105378

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLARCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 août 2021 et 21 mars 2024, Mme B, représentée par Me Larcher, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 février 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Grenoble a refusé sa titularisation dans le corps des adjoints administratifs de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de la réintégrer à la date de son licenciement, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'acte n'était pas compétent ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 6 sexies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et de l'article 6 du décret n° 95-979 du 25 août 1995 ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 7-2 du décret n° 95-979 du 25 août 1995 ;

- le préjudice moral résultant de l'illégalité de cette décision doit être estimé à 15 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 janvier 2024 et 3 avril 2024, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la rectrice avait compétence pour décider de la non-titularisation et a régulièrement délégué celle-ci ;

- une décision portant refus de titularisation n'a pas à être motivée ;

- des mesures d'accompagnement et d'aménagement ont été prises pour tenir compte du handicap de la requérante ;

- le non-renouvellement a eu lieu à la fin de son contrat, conformément aux dispositions réglementaires en vigueur ;

- la non-titularisation de la requérante est justifiée par les difficultés rencontrées dans l'exercice de ses fonctions.

Par ordonnance du 27 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 18 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État ;

- le décret n° 95-979 du 25 août 1995 modifié relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique pris pour l'application de l'article 27 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Callot, rapporteur,

- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,

- et les observations de Me Py, substituant Me Larcher et représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée à compter du 1er septembre 2018 dans des fonctions d'adjoint administratif par un contrat d'une durée d'un an, renouvelé à plusieurs reprises jusqu'au 28 février 2021, sur le fondement des dispositions relatives au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique. Elle a été affectée successivement au secrétariat pédagogique du département STAPS et à la direction des affaires financières de l'université Savoie-Mont-Blanc. Par la décision contestée du 26 février 2021, après avis de la commission paritaire d'établissement de l'Université Savoie-Mont-Blanc, du jury académique et de la commission administrative paritaire académique, la rectrice a décidé de ne pas la titulariser. Mme B a formé le 3 avril 2021 un recours gracieux contre cette décision, implicitement rejeté, et une réclamation préalable afin d'obtenir la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur le licenciement en cours de stage :

2. L'article 7-2 du décret n° 95-979 visé ci-dessus dispose que : " Quand, du fait des congés successifs de toute nature autres que le congé annuel, le contrat a été interrompu, celui-ci est prolongé dans les conditions de prolongation de la période de stage prévues à l'article 27 du décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 susmentionné. /Lorsqu'il est fait application de l'alinéa précédent, la mise en œuvre des dispositions de l'article 8 intervient à l'issue de la prolongation ".

3. Mme B soutient qu'ayant été placée en autorisation spéciale d'absence pendant six semaines au cours du premier confinement, son contrat aurait dû être prolongé de six semaines et que par suite, son licenciement est intervenu en cours de stage.

4. Toutefois, en l'espèce, d'une part elle n'établit par aucune pièce avoir été effectivement placée dans une telle situation, qui ne ressort pas des plannings communiqués. D'autre part, les autorisations d'absence visées ne constituent pas des congés au sens des dispositions précitées, mais des périodes pendant lesquelles, au cours du confinement, elle aurait été autorisée à s'absenter. Enfin, Mme B, dont le contrat a été renouvelé à plusieurs reprises du 3 septembre 2018 au 28 février 2027, a bénéficié d'une durée totale de stage de 30 mois, alors que la durée statutaire du stage pour un adjoint administratif est d'un an. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été licenciée en cours de stage.

Sur le refus de titularisation en fin de stage :

5. Aux termes des dispositions alors applicables de l'article 27 de la loi n° 84-16 visée ci-dessus : " Les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail peuvent être recrutées en qualité d'agent contractuel dans les emplois de catégories A, B et C pendant une période correspondant à la durée de stage prévue par le statut particulier du corps dans lequel elles ont vocation à être titularisées. Le contrat est renouvelable, pour une durée qui ne peut excéder la durée initiale du contrat. A l'issue de cette période, les intéressés sont titularisés sous réserve qu'ils remplissent les conditions d'aptitude pour l'exercice de la fonction ". Le 1° de l'article L. 5212-13 du code du travail vise " Les travailleurs reconnus handicapés par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles ". L'article 8 du décret n° 95-979 visé ci-dessus prévoit que : " A l'issue du contrat, l'appréciation de l'aptitude professionnelle de l'agent par l'autorité disposant du pouvoir de nomination est effectuée au vu du dossier de l'intéressé et après un entretien de celui-ci avec un jury organisé par l'administration chargée du recrutement. Si l'agent est déclaré apte à exercer les fonctions, l'autorité administrative ayant pouvoir de nomination procède à sa titularisation () III. - Si l'appréciation de l'aptitude de l'agent ne permet pas d'envisager qu'il puisse faire preuve de capacités professionnelles suffisantes, le contrat n'est pas renouvelé, après avis de la commission administrative paritaire du corps concerné () "

6. En premier lieu, l'arrêté du 26 février 2021 été signé par M. D E, nommé secrétaire général adjoint de l'académie de Grenoble et directeur des ressources humaines par arrêté du 13 mars 2017, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie par arrêté du 4 juin 2020 publié le 9 juin 2020 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes aux fins de signer notamment toute décision " concernant () la gestion des personnels " en cas d'empêchement de Mme Chretien, secrétaire générale de l'académie. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme Chretien n'aurait pas été absente ou empêchée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. 2/ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () "

8. Si le recrutement d'un travailleur reconnu handicapé dans le cadre des dispositions précitées lui confère le droit d'exercer ses fonctions pour une période correspondant à la durée de stage prévue par le statut particulier du corps dans lequel il a vocation à être titularisé, il ne lui confère aucun droit à être titularisé. Il en résulte que la décision refusant de le titulariser n'a pas le caractère d'une sanction et n'a pour effet, ni de refuser à l'intéressé un avantage qui constituerait, pour lui, un droit, ni, dès lors que le contrat a été accompli dans la totalité de la durée prévue pour les stagiaires, de retirer ou d'abroger une décision créatrice de droits. Dès lors, elle n'entre dans aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées, notamment en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation de la décision en litige doit être écarté comme inopérant.

9. En troisième lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne, elle n'est pas - sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire - au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de faire valoir ses observations ou de prendre connaissance de son dossier, et n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et les règlements.

10. En l'espèce, la décision ne pas titulariser Mme B se fonde sur sa seule insuffisance professionnelle et sur les difficultés rencontrées dans l'exécution des tâches confiées, dont il n'est pas allégué qu'elles soient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires. Le moyen tiré de l'atteinte au caractère contradictoire de la procédure doit ainsi être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 sexies de la loi n° 83-634 visée ci-dessus dans version alors applicable : " I- Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs () d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ainsi que de bénéficier d'une formation adaptée à leurs besoins tout au long de leur vie professionnelle, sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées à ce titre par l'employeur. / Ces mesures incluent notamment l'aménagement de tous les outils numériques concourant à l'accomplissement de la mission des agents, notamment les logiciels métiers et de bureautique ainsi que les appareils mobiles. " Aux termes de l'article 6 du décret n° 95-979 visé ci-dessus : " Les agents bénéficient d'une formation au cours du contrat, dont les modalités et les conditions sont fixées par chaque administration. / Ils font en outre l'objet d'un suivi personnalisé visant à faciliter leur insertion professionnelle. / Lorsque ces agents suivent la formation initiale prévue par le statut particulier du corps dans lequel ils ont vocation à être titularisés, l'examen de leur aptitude professionnelle intervient, dans les conditions fixées à l'article 8, au moment où est examinée l'aptitude professionnelle des fonctionnaires stagiaires du corps avant leur titularisation. / Le déroulement du contrat fait l'objet d'un rapport d'appréciation établi par le supérieur hiérarchique et, le cas échéant, par le directeur de l'organisme ou de l'établissement de formation. Ce rapport est intégré au dossier individuel de l'agent. "

12. D'une part, s'agissant de l'aménagement des conditions de travail de Mme B, il ressort des pièces du dossier qu'après une étude ergonomique et la visite du médecin de prévention le 18 décembre 2018, Mme B a bénéficié d'un aménagement de son poste de travail. Durant la période de crise sanitaire liée au covid 19, elle a également travaillé à de nombreuses reprises à distance depuis son domicile. Si elle a fait valoir par un courriel du 23 mars 2020 adressé au médecin de prévention qu'elle n'y disposait pas de tout le matériel ergonomique de son bureau, elle bénéficiait néanmoins d'un tabouret adapté proposé par un ergothérapeute et d'une chaise supplémentaire et ne connaissait pas de difficultés majeures pour exercer ses missions. Ainsi et à supposer même que l'adaptation matérielle de son poste de travail aurait été susceptible d'exercer une influence sur les difficultés rencontrées, l'argument relatif à la carence de l'employeur de ce chef ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté comme manquant en fait.

13. D'autre part, s'agissant du suivi et de l'adaptation des missions de Mme B, il ressort des pièces du dossier qu'alors qu'elle exerçait précédemment au secrétariat du département STAPS de l'université, elle a, à l'occasion de la prolongation de son contrat, en novembre 2019, été affectée dans un autre service, le bureau des dépenses de la direction des affaires financières, à un poste moins polyvalent et sur des tâches moins nombreuses et répétées et avec une charge de travail allégée, afin de limiter son niveau de stress. Mme B a également bénéficié de formations, dont plusieurs se sont déroulées au cours de l'année 2018, comme celle relative aux logiciels de gestion ADE Planète et Apogée, puis de nouveau à l'occasion de son changement de fonctions, notamment par une formation spécifique au logiciel de gestion Sifac et une autre relative aux finances et aux dépenses. Enfin, Mme B a fait l'objet d'un accompagnement continu et d'une aide procurée par l'encadrement et par ses collègues. Ainsi, le rapport d'appréciation du 9 octobre 2019 indique que face aux difficultés rencontrées, un accompagnement renforcé a été mis en place à partir septembre 2019 ainsi qu'un allégement de ses tâches, conduisant à un renouvellement de contrat sur des missions cadrées. Le rapport du 31 août 2020, portant sur ses nouvelles fonctions, indique également qu'elle a bénéficié d'une formation quotidienne et que l'accompagnement s'est poursuivi par téléphone pendant le confinement, sans que Mme B ne fasse part de difficultés particulières. Le dernier rapport de stage, du 12 janvier 2021, rappelle cet accompagnement personnalisé et les entretiens intermédiaires qui lui ont été accordés par sa supérieure hiérarchique, au cours desquels elle n'a pas fait état de besoins spécifiques, ainsi que la circonstance que les tâches confiées ont été adaptées ou réduites. Il fait également état des " adaptations qui ont été mises en place ".

14. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la rectrice n'a pas mis en œuvre les moyens lui permettant d'assurer dans des conditions satisfaisantes, compte tenu de son handicap, les missions qui lui étaient confiées et d'apprécier son aptitude à exercer les fonctions d'adjoint administratif. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 6 sexies de la loi n° 83-634 et 6 du décret n°95-979 du 25 août 1995 doit ainsi être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, d'autre part celles à fin d'indemnisation de son préjudice, en l'absence de toute faute imputable à l'administration, et enfin celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la requérante à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la rectrice de l'académie de Grenoble.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Callot et M. A, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

Le rapporteur,

A. Callot

La présidente,

A. Triolet

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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