Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105414

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, qui contestait trois délibérations du conseil municipal de Cliousclat relatives à la vente de parcelles communales. La requête a été jugée irrecevable pour tardiveté concernant les délibérations des 8 février et 10 mai 2021 autorisant la vente, car le délai de recours contentieux de deux mois était expiré lors de son enregistrement le 5 août 2021. Le tribunal a également écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 432-12 du code pénal contre la délibération de désaffectation et déclassement du 10 mai 2021. La décision s'appuie sur le code général des collectivités territoriales et le code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 aout 2021, M. C B demande au tribunal d'annuler :

1°) la délibération n° 210208-06 du 8 février 2021 par laquelle le conseil municipal de Cliousclat a autorisé le maire à procéder à la vente de l'immeuble sis sur les parcelles alors cadastrées section ZA n° 39 et 40 ;

2°) la délibération n° 210510-35 du 10 mai 2021 par laquelle le conseil municipal de Cliousclat a désaffecté et déclassé les parcelles cadastrées section ZA n° 156 et 158 ;

3°) la délibération n° 210510-36 du 10 mai 2021 par laquelle le conseil municipal de Cliousclat a autorisé le maire à procéder à la vente à M. A D des parcelles cadastrées section AB n° 114 et ZA n° 156 et 158 pour un montant de 276 900 euros.

Il soutient que :

- il n'a pas été répondu précisément à son recours gracieux ;

- la cession de l'immeuble méconnaît l'article 432-12 du code pénal.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2024, la commune de Cliousclat, représentée par Me Bard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête, tardive, est irrecevable.

La requête a été communiquée à M. A D, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lefebvre, rapporteur,

- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 8 février 2021, le conseil municipal de Cliousclat a autorisé son maire à procéder à la vente de l'immeuble sis sur les parcelles alors cadastrées section ZA n° 39 et 40. M. B, habitant de la commune, a formé le 7 avril 2021 un recours gracieux contre cette délibération, qui a été rejeté par courrier du 23 avril 2021, reçu le 26 avril 2021. Par deux délibérations du 10 mai 2021, le conseil municipal a prononcé la désaffectation et le déclassement des parcelles désormais cadastrées section ZA n° 156 et 158 et autorisé son maire à procéder à leur vente, ainsi qu'à celle de la parcelle cadastrée section AB n° 114 à M. A D pour un montant de 276 900 euros. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces trois délibérations.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans leur rédaction applicable en l'espèce : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. / () / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. () ". En vertu de l'article R. 2122-7 du même code, la publication des arrêtés du maire peut être constatée par une déclaration certifiée de celui-ci. La mention " publié " apposée, sous la responsabilité du maire, sur un acte communal fait ainsi foi jusqu'à preuve du contraire.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration ". Aux termes des articles L. 112-3 et L. 112-6 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. / () / Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. " et " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. ". Toutefois, lorsque la publication d'un acte suffit à faire courir à l'égard des tiers, indépendamment de toute notification, le délai de recours contre cet acte, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à ce que, en cas de recours gracieux formé par ces tiers contre l'acte en cause, le délai de recours contentieux recommence à courir à leur égard à compter de l'intervention de la décision explicite ou implicite de rejet du recours gracieux, même en l'absence de délivrance d'un accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours.

4. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 8 février 2021 a été publiée le 15 février 2021. Le recours gracieux formé par M. B à son encontre le 7 avril 2021 a été explicitement rejeté par courrier du 23 avril 2021, reçu le 26 avril 2021. Il s'ensuit que cette délibération est ainsi devenue définitive le 28 juin 2021, alors même que le courrier du 23 avril 2021 ne comportait pas la mention des voies et délais de recours.

5. Il ressort également des pièces du dossier que la délibération n° 210510-36 du 10 mai 2021 mentionne qu'elle a été publiée le 12 mai 2021. Elle est ainsi devenue définitive le 13 juillet 2021, en l'absence de tout recours formé à son encontre au plus tard à cette date.

6. La commune de Cliousclat est ainsi fondée à soutenir que les conclusions de la requête de M. B, enregistrée le 5 aout 2021, au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 414-6 du code de justice administrative, qui sont dirigées contre les délibérations n° 210208-06 du 8 février 2021 et n° 210510-36 du 10 mai 2021 sont tardives et par suite irrecevables.

7. Enfin, M. B n'est pas fondé à soutenir que la délibération n° 210510-35 du 10 mai 2021 méconnaîtrait les dispositions de l'article 432-12 du code pénal réprimant le délit de prise illégale d'intérêt dès lors que cette délibération a uniquement pour objet de désaffecter et de déclasser des parcelles communales et n'emporte par elle-même aucun transfert de propriété.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Cliousclat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Cliousclat présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Cliousclat.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. LEFEBVRE

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.