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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105495

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105495

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET G. MOLLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 août 2021 et le 4 mars 2024, la société Projets immobiliers et conseils, représentée par Me Bergeras, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler :

- l'arrêté n° 2021-078 du 15 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Meylan a refusé de lui délivrer un permis de construire un immeuble de sept logements locatifs sociaux ;

- l'arrêté n° 2021-077 du 15 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Meylan a refusé de lui délivrer un permis de construire un immeuble de sept logements dont deux logements locatifs sociaux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Meylan de lui délivrer les permis de construire sollicités dans les trente jours suivant le jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Meylan une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les projets ne méconnaissent pas le paragraphe 4.6.2 de l'article 4 du règlement de la zone UD1 du PLUi ; ces dispositions prévoient une exception lorsque la construction est édifiée à l'angle de deux voies d'inégale largeur ;

- les dossiers de demandes de permis de construire apportent des justifications suffisantes sur leur compatibilité avec les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) de la Charpente " Vallée de l'Isère Amont " ;

- ce motif est entaché d'une erreur de droit, la liste des documents à produire est limitative et si la commune de Meylan estimait le dossier incomplet il lui incombait de demander des compléments ;

- à supposer que la commune de Meylan soit regardée comme sollicitant une substitution de motifs en opposant la méconnaissance d'une orientation du volet " Charpente paysagère ", elle ne le justifie pas ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, la commune de Meylan, représentée par Me Mollion conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Projets Immobiliers et Conseils la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Projets Immobiliers et Conseils ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 23 avril 2024 par une ordonnance du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de Me Monnier, représentant la société Projets Immobiliers et Conseils.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 mars 2021, la société Projets Immobiliers et Conseils a déposé une demande de permis de construire un immeuble de sept logements dont deux logements locatifs sociaux sur la parcelle cadastrée AK n°119 située sur la commune de Meylan. Le 30 mars 2021, elle a déposé une demande de permis de construire le même immeuble, mais comprenant sept logements locatifs sociaux sur la même parcelle. Par les arrêtés attaqués du 15 juin 2021, le maire de la commune de Meylan a refusé de délivrer les permis de construire sollicités. La société Projets Immobiliers et Conseils demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les refus en litige sont fondés sur deux motifs tirés, d'une part, de la méconnaissance par le projet des règles relatives à l'implantation à l'alignement et, d'autre part, de l'absence de justification de la compatibilité du projet avec les orientations de la " charpente paysagère ". La société pétitionnaire conteste ces deux motifs.

En ce qui concerne le respect des règles en matière d'implantation à l'alignement :

3. Le paragraphe 4.1 de l'article 4 du règlement de la zone UD1 du PLUi dispose que : " Sauf indication contraire mentionnée sur le document graphique D1 " Atlas des formes urbaines : implantations et emprises ", ou D2 " Atlas des formes urbaines : hauteurs ", la distance comptée horizontalement de tout point de la construction au point le plus bas et le plus proche de l'alignement ou de la limite de fait opposés, doit être au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points (L = H) ". Ces dispositions sont reprises au paragraphe 4.6 : " [] 4.6 Hauteur des constructions et des installations [] 2. Hauteur par rapport aux voies et emprises publiques / Sauf dispositions contraires mentionnées sur le document graphique D2 " Atlas des formes urbaines : hauteurs ", la différence d'altitude entre tout point de la construction projetée et le point le plus bas et le plus proche de l'alignement ou de la limite de fait opposés, ne doit pas dépasser la distance comptée horizontalement entre ces deux points (H = L). ". Cet article prévoit toutefois l'exception suivante : " Lorsque la construction est édifiée à l'angle de deux voies d'inégale largeur, la façade édifiée sur la voie la plus étroite peut avoir la même hauteur que la façade édifiée sur la voie la plus large sur un linéaire de 15 m comptés à partir de l'angle de la construction ".

4. En l'espèce, les permis sollicités prévoient d'implanter l'immeuble en cause sur un terrain situé à l'angle du chemin de Chaumetière, d'une largeur d'environ 5 mètres, et de l'avenue de Verdun, d'une largeur d'environ 30 mètres. Le projet, qui présente une façade d'une hauteur maximale de plus de 11 mètres le long du chemin de Chaumetière, présente une hauteur nettement supérieure à la distance entre la construction et l'alignement opposé et ne respecte donc pas la règle de principe énoncée à l'article 4.1 et reprise à l'article 4.6.2 précités. La société requérante entend toutefois se prévaloir de l'exception prévue à l'article 4.6.2 concernant les constructions édifiées à l'angle de deux voies publiques d'inégale largeur. Contrairement à ce qui est soutenu par la commune en défense, il ne résulte pas des dispositions relatives aux constructions édifiées à l'angle de deux voies d'inégales largeur que celles-ci ne s'appliquent qu'aux constructions implantées à l'alignement de chaque angle de ces deux voies. La construction prévue présente une hauteur maximale de 12,21 mètres le long de l'avenue de Verdun et une hauteur maximale d'environ 11,65 mètres sur un linéaire de 15 mètres le long du chemin de Chaumetière depuis l'angle avec l'avenue de Verdun conformément à l'exception prévue par les dispositions précitées. Par suite, la société Projets Immobiliers et Conseils est fondée à soutenir qu'en rejetant ses demandes de permis de construire au motif qu'en plusieurs points en limite nord du terrain d'assiette de la construction projetée, la hauteur de la construction est supérieure à la distance qui la sépare de l'alignement opposé du chemin de Chaumetière, sans faire application de l'exception prévue au point 4.6.2 relative aux constructions édifiées à l'angle de deux voies publiques d'inégale largeur, la commune de Meylan a fait une inexacte application des dispositions précitées du plan local d'urbanisme intercommunal.

En ce qui concerne la justification de la compatibilité du projet avec les orientations de la " charpente paysagère " :

5. Le plan local d'urbanisme intercommunal Grenoble Alpes Métropole prévoit une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Paysage et biodiversité " elle-même déclinée en sept OAP correspondant à des secteurs différents du territoire métropolitain dont une OAP " Vallée de l'Isère amont " reposant sur une " charpente paysagère " comportant onze orientations qui donnent les clés de lecture du paysage dans lequel les projets de construction ont vocation à s'insérer.

6. Les deux dossiers de demande de permis de construire comprennent l'un et l'autre une pièce PC4c " OAP Paysage " dans laquelle est justifiée la compatibilité du projet avec chacune des onze orientations ainsi que des photographies permettant d'apprécier l'insertion du projet avenue de Verdun et chemin de Chaumetière. Dans ces conditions, la société Projets Immobiliers et Conseils est fondée à soutenir qu'en considérant que les dossiers de demande de permis de construire ne justifiaient pas de leur compatibilité avec les orientations de la charpente paysagère comprises dans le carnet de paysage " Vallée de l'Isère amont " de l'OAP " Paysage et biodiversité " du plan local d'urbanisme intercommunal le maire de la commune de Meylan, qui ne précise d'ailleurs à aucun moment les éléments qui lui auraient fait défaut pour porter une appréciation suffisamment éclairée, a entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation.

7. Par suite, la société Projets Immobiliers et Conseils est fondée à demander l'annulation des deux arrêtés en litige.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen soulevés par société Projets Immobiliers et Conseils n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder autrement cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

10. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ".

11. Il résulte de l'instruction que la parcelle cadastrée AK n°119 dès lors qu'elle a fait l'objet d'une décision de préemption par l'établissement public foncier local du Dauphiné (EPFL) le 2 décembre 2021 et qu'un acte authentique de vente a été conclu le 17 février 2022. Il s'ensuit que la société Projets Immobiliers et Conseils n'a pas qualité, à la date du présent jugement, pour déposer des permis de construire. Ses conclusions à fin qu'il soit enjoint à la commune de Meylan de lui délivrer le permis de construire doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Projets Immobiliers et Conseils, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions de la commune de Meylan en ce sens doivent être rejetées.

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge la commune de Meylan une somme de 1 500 euros qu'elle paiera à la société Projets Immobiliers et Conseils, au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.

D E C I D E :

Article 1er :Les arrêtés n° 2021-078 et n° 2021-077 du 15 juin 2021 du maire de la commune de Meylan sont annulés.

.

Article 2 :La commune de Meylan versera à la société Projets Immobiliers et Conseils une somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Les conclusions présentées par la commune de Meylan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à la société Projets Immobiliers et Conseils et à la commune de Meylan.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le président,

P. Thierry L'assesseure la plus ancienne,

E. Beytout

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21054952

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