jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2105579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 août 2021, M. E C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet du Puy-de-Dôme du 16 juillet 2021 refusant la délivrance à son employeur d'une autorisation de travail à son profit ;
2°) d'enjoindre à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) de lui accorder l'autorisation de travail sollicitée sous quinzaine, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence territoriale et personnelle ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions combinées des articles L. 521-7 et L. 554-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que R. 5221-6 du code du travail ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- M. C s'est vu notifier le 26 juin 2020 une première décision de refus de sa demande d'asile du 28 février 2020, argument nouveau et surabondant fondant le refus d'autorisation de travail ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.
Par une décision du 7 décembre 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Paul Brochier, souhaitant employer M. C, ressortissant guinéen né en 1997, a sollicité le 17 mai 2021 une autorisation de travail dans le cadre d'un contrat d'apprentissage en qualité de couvreur-zingueur débutant le 1er juin 2021. Par une décision du 16 juillet 2021, le préfet du Puy-de-Dôme, agissant sur délégation du préfet de l'Isère, a refusé de lui accorder cette autorisation, au motif que la situation administrative de M. C ne permettait pas la conclusion d'un contrat d'apprentissage compte tenu de la durée de ce dernier. Par une ordonnance du 20 septembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu l'exécution de la décision. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail dont elle fait application. En outre, elle mentionne les éléments de la situation administrative de M. C. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de Clermont-Ferrand instruit, en application de la convention de délégation de gestion en matière de main d'œuvre étrangère du 1er avril 2021, publiée au recueil des actes administratifs du 8 avril 2021, les demandes d'autorisation de travail relevant de la compétence du préfet de l'Isère. D'autre part, la décision attaquée a été signée par M. D B, responsable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, pour le préfet du Puy-de-Dôme, M. B ayant reçu délégation à cet effet par un arrêté du 4 mai 2021 du préfet du Puy-de-Dôme régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétente territoriale et celui tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doivent être écartés.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; / () ". Aux termes du II de l'article R. 5221-3 du même code : " L'étranger titulaire de l'un des documents de séjour suivants doit obtenir une autorisation de travail pour exercer une activité professionnelle salariée en France dans le respect des termes l'autorisation de travail accordée : / () / 2° L'attestation délivrée au demandeur d'asile, lorsque les conditions d'accès au marché du travail prévues par les articles L. 554-1 à L. 554-4 du même code sont remplies. ". Aux termes de l'article R. 5221-6 de ce code : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 5221-22, le contrat de travail conclu dans le cadre de dispositifs en faveur de l'emploi prévus au livre I de la cinquième partie ou dans le cadre de la formation professionnelle tout au long de la vie prévue à la sixième partie du présent code ne permet pas la délivrance des titres de séjour mentionnés aux 6°, 8°, 17° et 20° de l'article R. 5221-2, aux 1°, 2°, 3° et 5° du I et au II de l'article R. 5221-3 et ne peut être conclu par les titulaires des documents de séjour mentionnés au 11° de l'article R. 5221-2, par le titulaire de l'autorisation provisoire de séjour délivrée en application de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le titulaire du visa d'une durée supérieure à trois mois prévu au 4° de l'article R. 431-16 du même code ". Enfin, il résulte des dispositions du code du travail régissant le contrat d'apprentissage que l'apprenti, qui est titulaire d'un contrat de travail, doit être regardé, alors même que ce contrat a pour finalité de lui assurer une formation professionnelle, comme exerçant une activité professionnelle salariée.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 554-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'accès au marché du travail peut être autorisé au demandeur d'asile lorsque l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, pour des raisons qui ne sont pas imputables au demandeur, n'a pas statué sur la demande d'asile dans un délai de six mois à compter de l'introduction de la demande ". Aux termes de l'article L. 554-3 de ce code : " Le demandeur d'asile est soumis aux règles de droit commun applicables aux travailleurs étrangers pour la délivrance d'une autorisation de travail. Toutefois, l'autorité administrative dispose d'un délai d'instruction de deux mois à compter de la réception de la demande d'autorisation de travail pour s'assurer que l'embauche de l'étranger respecte les conditions de droit commun d'accès au marché du travail. A défaut de notification dans ce délai, l'autorisation est réputée acquise. Elle est applicable pendant la durée du droit au maintien sur le territoire français du demandeur d'asile ".
6. Il ressort de la décision attaquée que pour refuser de délivrer à M. C l'autorisation de travail sollicitée, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur la circonstance que le contrat d'apprentissage dont l'intéressé se prévalait était d'une durée de quatorze mois alors que son accès au marché du travail était limité par la durée et l'aboutissement de l'examen de sa demande d'asile. Toutefois, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou du code du travail ne conditionne la délivrance d'une autorisation de travail au demandeur d'asile sur le fondement des dispositions précitées à la durée du contrat dont il se prévaut. Par suite, la décision attaquée est entachée d'erreur de droit.
7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Le préfet du Puy-de-Dôme se prévaut dans son mémoire en défense, communiqué au requérant, de la circonstance que M. C s'est vu notifier, le 26 juin 2020, une première décision de rejet de sa demande d'asile prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 février 2020, son recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ayant été rejeté par une décision du 26 août 2021 notifiée le 1er septembre 2021, de sorte qu'il ne pouvait ignorer au moment du dépôt de sa demande d'autorisation de travail le 17 mai 2021 qu'il avait précédemment fait l'objet d'une décision de l'OFPRA statuant sur sa demande d'asile. Il doit ainsi être regardé comme sollicitant la substitution de ce motif à celui, illégal, sur lequel la décision attaquée était initialement fondée. En outre, le requérant ne conteste pas que la décision de l'OFPRA du 28 février 2020 lui a effectivement été notifiée. Dès lors, il ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article L. 554-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de l'instruction que le préfet du Puy-de-Dôme aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder initialement sur ce seul motif, dont la substitution ne prive M. C d'aucune garantie. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motif.
9. En quatrième lieu, la seule circonstance que l'intéressé serait jeune et aurait envie de se former par le biais d'un contrat d'apprentissage n'est pas de nature à entacher la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Huard et au préfet du Puy-de-Dôme.
Copie en sera adressée à la SARL Paul Brochier.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026