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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105725

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105725

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 25 août 2021, le 15 mars 2022, le 22 novembre 2022 et le 23 janvier 2023, M. C A demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de retirer du mémoire en défense les mentions revêtant un caractère diffamatoire et :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°RH/PS/635404-497/21 du 18 mai 2021 par lequel le maire d'Annemasse l'a affecté à compter du 7 juin 2021 " dans l'équipe placée sous la responsabilité de Monsieur E " ;

2°) d'enjoindre au maire d'Annemasse de le réintégrer dans sa fonction de chef d'équipe dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement, après avoir retiré de son dossier l'ensemble des éléments de l'enquête administrative en lien avec la décision en litige ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Annemasse une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- s'agissant de son intérêt à agir, la décision attaquée lui fait grief, dans la mesure où elle diminue ses responsabilités ;

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- l'enquête administrative n'est pas sincère ; il n'a notamment pas été auditionné ; les procès-verbaux d'audition sont irréguliers et privés de force probante ; la décision est dès lors entachée d'un vice de procédure ;

- à l'occasion de la consultation de son dossier, il a constaté que des pièces en lien avec les faits reprochés manquaient, ce qui constitue un vice de procédure ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- les faits reprochés relèvent d'une procédure disciplinaire ; la décision attaquée est une sanction déguisée irrégulière car il n'a pas été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire et viole les garanties des droits de la défense ; elle méconnaît l'article 19 du décret du 18 septembre 1989 ;

- les faits fondant l'intérêt du service ne sont pas établis ;

- la décision attaquée porte atteinte aux prérogatives qu'il détient de son statut, puisqu'en qualité de brigadier-chef principal de police municipale, il a vocation à exercer des fonctions d'agent d'encadrement.

Par des mémoires enregistrés le 20 janvier 2022, le 19 octobre 2022 et le 20 décembre 2022, la commune d'Annemasse conclut au rejet de la requête et demande, outre la mise à la charge de M. A d'une somme de de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que les pièces-jointes n°9 et 9/1 produites par le requérant soient écartées des débats.

La commune d'Annemasse fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un courrier a été adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la date ou de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 6 avril 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes pour l'exercice de 1905, notamment son article 65 ;

- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°2006-1391 du 17 novembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des agents de police municipale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2023 :

- le rapport de Mme Frapolli,

- les conclusions de M. D,

- les observations de M. A,

- et les observations de Me Amet, représentant la commune d'Annemasse.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 25 mai 2023 et le 5 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, brigadier-chef principal de la police municipale d'Annemasse était, depuis 2013, responsable d'une équipe de jour composée de quatre agents. Un agent nouvellement affecté dans l'équipe s'étant plaint d'être mis à l'écart, une enquête administrative a été diligentée en novembre 2020. A la suite, par l'arrêté susvisé du 18 mai 2021, le maire d'Annemasse a affecté M. A à compter du 7 juin 2021 au sein d'une autre équipe de jour, sans responsabilité d'encadrement. Dans la présente instance, M. A demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté et formule des conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions de la commune d'Annemasse tendant à ce que soit écartée des débats une pièce produite par M. A :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques : " En toutes matières, que ce soit dans le domaine du conseil ou dans celui de la défense, les consultations adressées par un avocat à son client ou destinées à celui-ci, les correspondances échangées entre le client et son avocat, entre l'avocat et ses confrères à l'exception pour ces dernières de celles portant la mention " officielle ", les notes d'entretien et, plus généralement, toutes les pièces du dossier sont couvertes par le secret professionnel ". Mais en l'absence de disposition le prévoyant expressément, les dispositions de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 ne peuvent faire obstacle au pouvoir et au devoir qu'a le juge administratif de joindre au dossier, sur production spontanée d'une partie, des éléments d'information, et de statuer au vu de ces pièces après en avoir ordonné la communication pour en permettre la discussion contradictoire. Par suite, la commune d'Annemasse n'est pas fondée à demander que soient écartées des débats les pièces n°9 et n°9/1 jointes au mémoire susvisé du 22 novembre 2022, alors même que ces pièces seraient couvertes par le secret de la correspondance entre un avocat et son client à savoir, en l'espèce, la commune d'Annemasse.

Sur les conclusions de M. A tendant au retrait de mentions revêtant un caractère diffamatoire :

3. Aux termes de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 rendu applicable par les dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure, outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts ".

4. Pour regrettables qu'ils soient, les termes du mémoire en défense du 20 décembre 2022 ne constituent pas une imputation à caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire, au sens des dispositions précitées, de nature à en faire prononcer la suppression. Les conclusions formulées en ce sens doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête :

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté attaqué :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme B, chargée des ressources humaines de la commune d'Annemasse, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature par un arrêté du 9 juillet 2020, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ne subordonne la mutation d'un agent dans l'intérêt du service à une enquête administrative et si l'employeur choisit d'en diligenter une, elle n'est soumise au respect d'aucun formalisme particulier. En l'espèce, la retranscription des auditions menées dans le cadre de l'enquête administrative citée au point 1 concerne, outre M. A et l'agent s'estimant victime d'une mise à l'écart, un instructeur étranger à l'équipe de M. A et ne s'exprimant pas au sujet de ce dernier, enfin trois autres agents de l'équipe favorables à son chef. Si M. A, en reprochant l'absence de signature des procès-verbaux d'audition par les agents auditionnés, semble remettre en cause l'existence même de ces auditions ou la véracité de leur contenu, les attestations des trois agents recueillis par M. A lui-même dans le cadre de la présente instance ne remettent pas en cause la sincérité générale de la retranscription de leurs propos au cours de l'enquête administrative, alors au surplus que lesdits témoignages étaient favorables au requérant, ainsi qu'il a été dit. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, à la suite d'une enquête dépourvue de caractère sincère remettant en cause la force probante des documents établis à cette occasion.

7. En troisième lieu, la simple affirmation selon laquelle la consultation de son dossier aurait dû faire l'objet d'un procès-verbal n'est pas un moyen de droit. De même M. A n'articule son reproche relatif à l'absence de numérotation des pièces de son dossier sur la méconnaissance d'aucun texte.

8. En quatrième lieu, M. A soutient que lors de la consultation de son dossier, il a constaté l'absence de certaines pièces, à savoir : sa fiche de poste, sa convocation pour participer à l'enquête administrative et fiche de notation au titre de l'année 2020. Or il ne ressort pas des pièces du dossier que les agents auditionnés dans le cadre de l'enquête administrative aient été convoqués par écrit. Ensuite, sa fiche de notation au titre de l'année 2019 a été établie en novembre 2020, et M. A ne soutient pas que son entretien de notation au titre de l'année 2020 ait été réalisé avant le 7 mai 2021, date de la consultation de son dossier. Enfin, la seule circonstance que sa fiche de poste n'ait pas figuré à son dossier n'est pas de nature, dans les circonstances de l'espèce, à entacher d'irrégularité cette consultation dès lors que les difficultés d'encadrement qui ont fondé la décision en litige sont inhérentes à ses fonctions de chef d'équipe, indépendamment du contenu de sa fiche de poste.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation n'est articulé sur la méconnaissance d'aucun texte et n'est donc pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté attaqué :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 17 novembre 2006 susvisé portant statut particulier du cadre d'emplois des agents de police municipale : " Les membres de ce cadre d'emplois exercent les missions mentionnées à l'article L. 511-1 du code de la sécurité intérieure./ Les brigadiers-chefs principaux sont chargés, lorsqu'il n'existe pas d'emploi de directeur de police municipale ou de chef de service de police municipale, ou, le cas échéant, dans les conditions prévues à l'article 27, de chef de police municipale, de l'encadrement des gardiens et des brigadiers. ". Il ressort des pièces du dossier que la commune d'Annemasse dispose d'un emploi de chef de service de police municipale, de sorte que M. A n'est pas fondé à soutenir que sa mutation sur un emploi sans fonctions d'encadrement serait incompatible avec son grade de brigadier-chef principal.

11. En deuxième lieu, la décision attaquée a été prise au motif des difficultés de M. A à encadrer une équipe, des tensions ainsi générées provoquant des " mouvements " d'agents, entendus comme des départs de l'équipe de M. A. Il ressort des pièces du dossier, que le 12 mai 2020, un entretien hiérarchique avait dû être organisé avec M. A pour évoquer notamment des tensions opposant deux membres de son équipe, sa hiérarchie lui reprochant alors le caractère trop effacé de son management. A la même période, le 18 mai 2020, était intégré à l'équipe un nouvel agent qui, dès le 21 octobre, rédigeait un courrier au maire de la commune d'Annemasse pour relater sa mise à l'écart orchestrée par M. A. Les trois témoignages des trois autres membres de l'équipe recueillis dans le cadre de l'enquête administrative qui a suivi, quoique favorables à M. A, attestent néanmoins de plaisanteries déplacées récurrentes visant le nouvel agent. Enfin, même s'il n'est pas établi que des départs de l'équipe aient été motivés par des tensions, il est constant qu'aucun agent ne s'est porté volontaire pour travailler sous les ordres de M. A entre 2019 et 2021. Par suite, le motif de la décision attaquée tenant aux difficultés de management de l'intéressé est établi et n'est pas étranger à l'intérêt du service.

12. En troisième lieu, le motif de la décision attaquée tel qu'explicité au point précédent ne révélant aucune intention de punir M. A, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la mutation en ligie constituerait une sanction disciplinaire déguisée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les conclusions présentées par M. A, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune d'Annemasse.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Annemasse sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune d'Annemasse.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2105725

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