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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105731

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105731

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL PAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 1er septembre 2022, la société Free mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) à titre principal d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021, par lequel le maire de la commune de Claix s'est opposé aux travaux déclarés par la société Free Mobile le 27 mai 2021, en vue de l'installation d'un pylône, support d'antennes relais de téléphonie mobile, sur la parcelle cadastrée BC 35, située en zone agricole du PLUi, au lieu-dit " Jayère " à Claix ;

2°) à titre subsidiaire, pour le cas où l'existence d'une décision tacite de non-opposition ne serait pas admise, d'enjoindre au maire de la commune de Claix de délivrer une telle décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Claix une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société Free mobile soutient :

- à titre principal que :

o l'arrêté a été signé par une autorité incompétente, faute de délégation de signature et de compétence régulière ;

o l'arrêté méconnait l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 en ce qu'il conduit au retrait illégal d'une décision tacite de non-opposition à travaux, née le 27 juin 2021 ;

- à titre subsidiaire qu'aucun des motifs avancés n'est de nature à fonder la décision attaquée :

o le maire a fait une inexacte application de l'article 2.3 du règlement de la zone A car le projet ne porte pas atteinte à l'activité agricole :

o la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

o le motif reposant sur l'implantation du projet dans une Aire probable d'alimentation des captages (APAC) est infondé ;

o le motif lié à l'inscription du projet dans le " carnet de paysage Vallée du Drac-rebord du Vercors- ambiance pente agricole " est infondé ;

o le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article BgBV1 du plan de préventions des risques naturels (PPRN) ;

o le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article 4.2 de la zone A du PLUi ;

o le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article 5.3 de la zone A du PLUi ;

o le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article 122-5 du code de l'urbanisme ;

o le projet ne méconnaît pas les objectifs de la trame verte du livret communal.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 octobre 2021 et 29 mars 2023, la commune de Claix, représentée par la SCP Fessler Jorquera et Associés, agissant par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

La commune de Claix fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 15 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paillet-Augey,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de Me Touvier, pour la commune de Claix.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 mai 2021, la société Free mobile a déposé une déclaration préalable de travaux en vue de l'installation d'antennes et de faisceaux hertziens installés sur un pylône treillis d'une hauteur de 30 mètres surmontée d'un paratonnerre de 3 mètres, avec création d'une clôture en grillage et d'un muret de soutènement d'une hauteur de 2 mètres, sur le terrain cadastré section BC n°0035, situé au lieu-dit " Jayère " en zone agricole du PLUi de Grenoble Alpes métropole, sur le territoire de la commune de Claix. Par un arrêté du 23 juin 2021, le maire de la commune de Claix a fait opposition à l'exécution des travaux faisant l'objet de cette déclaration préalable. La société Free mobile en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la naissance d'une autorisation tacite :

2. Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 423-42 de ce code : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ () ". L'article R. 424-1 de ce même code dispose : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une décision de non-opposition à déclaration préalable naît au terme du délai imparti, qui n'est pas un délai franc, à l'administration pour l'instruction de la demande en l'absence de notification d'une décision expresse de l'administration dans ce délai ou d'une demande de pièces complémentaires prorogeant le délai d'instruction, sauf à ce que l'administration apporte la preuve soit qu'elle a effectivement posté le pli en temps utile avant l'expiration du délai d'un mois, soit que le délai postal d'acheminement du courrier, recommandé avec accusé de réception, de notification de cette décision, a été anormalement long.

4. La société Free mobile a déposé un dossier de déclaration préalable le 27 mai 2021 qui a été regardé comme complet. En application des dispositions précitées de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, le maire disposait d'un délai d'un mois, soit jusqu'au dimanche 27 juin 2021, pour notifier une décision expresse d'opposition à déclaration de travaux à la société Free mobile, sans que le délai d'instruction, qui se termine un jour non ouvré, puisse être prorogé jusqu'au 1er jour ouvrable suivant, compte tenu de la nature de ce délai, qui n'est pas un délai franc. En l'espèce, l'arrêté d'opposition à déclaration préalable a été signé le mercredi 23 juin 2021 dans le délai imparti et le pli contenant celui-ci a été remis aux services postaux le lendemain, soit le jeudi 24 juin 2021. Ce pli a été notifié à son destinataire le mardi 29 juin 2021, soit après l'expiration du délai d'un mois. La remise aux services postaux le jeudi 24 juin 2021 n'a ainsi pas été faite à une date permettant de parvenir en temps utile à son destinataire avant l'expiration du délai d'instruction.

5. Dans ces conditions, la société Free mobile était titulaire d'une autorisation tacite de non-opposition à déclaration préalable née le 27 juin 2021, sans que la commune de Claix puisse utilement opposer en défense le fait que cette autorisation tacite ne vaut que pour l'antenne-relais de téléphonie mobile en tant que telle, et non pour ses accessoires (équipements techniques, clôture grillagée et muret de soutènement), dès lors que ceux-ci forment un ensemble avec l'antenne.

6. Il s'ensuit qu'en raison de sa date de notification au 29 juin 2021, l'arrêté du 23 juin 2021 doit s'analyser comme une décision de retrait de l'autorisation tacite née le 27 juin 2021. La société Free mobile est ainsi fondée à soutenir que l'arrêté en litige méconnait les dispositions de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 précitées.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête soulevés à titre subsidiaire, que la société Free mobile est fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux.

Sur les frais d'instance :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre à la commune de Claix les conclusions de celle-ci en ce sens doivent être rejetées.

10. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Claix une somme de 1 500 euros à verser à la société requérante au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 juin 2021 du maire de la commune de Claix est annulé.

Article 2 :La commune de Claix versera à la société requérante une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la société Free mobile et à la commune de Claix.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

C. PAILLET-AUGEY

Le président,

P. THIERRY La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21057312

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