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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105740

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105740

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2021, Mme A B épouse C, représentée par Me Gillioen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par lequel le préfet de la Drôme a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans les trente jours qui suivront la notification du jugement à intervenir, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre subsidiairement au préfet de la Drôme de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les 2 jours de la notification du jugement, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en lui demandant de produire les pièces relatives à une demande de titre de séjour salarié, le préfet de la Drôme n'a pas instruit sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " et n'a pas examiné sa situation avec attention et sérieux ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2023, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les conclusions d'annulation doivent être rejetées en l'absence de décision implicite de rejet dès lors que Mme B n'a pas renvoyé un dossier complet.

Par un nouveau mémoire en défense enregistré 9 janvier 2024, le préfet de la Drôme conclut qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête.

Il soutient que Mme B s'est vue remettre par la préfecture de Marseille un récépissé de demande de titre de séjour valable du 2 octobre 2023 au 1er avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 janvier 2024 M. Ban a lu son rapport. Les parties n'étaient ni ne présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante malgache née le 21 octobre 1992, est entrée en France le 23 août 2016, sous-couvert de son passeport et d'un visa " étudiant ". Elle a ensuite bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, valable entre le 21 août 2017 et le 20 août 2019. Elle a obtenu son diplôme de licence en 2017 puis un master de droit, économie et gestion en 2019. Elle a été ensuite titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " valable du 21 février 2020 au 19 février 2021 délivré sur le fondement de l'article L. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, titre qui n'est pas renouvelable selon l'article L. 422-9 du même code. Le 15 février 2021, elle a épousé un compatriote, M. C, lequel a demandé une mesure de regroupement familial le 15 mars 2021. Par décision du 6 mai 2021, le préfet de la Drôme a rejeté cette demande au motif que Mme C était présente en France en situation irrégulière. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Drôme a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale.

2. La circonstance que Mme C s'est vue remettre un récépissé de demande de titre de séjour par la préfecture de Marseille valable du 2 octobre 2023 au 1er avril 2024 ne rend pas sans objet sa requête tendant à l'annulation dirigé contre le refus implicite du préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

3. Si la requérante ne produit pas à l'instance sa demande de titre de séjour, il ressort des mémoires en défense du préfet de la Drôme qu'elle a effectivement envoyé, par voie postale, une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " ainsi qu'une demande de carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Le préfet de la Drôme a estimé, selon ses écritures, qu'elle ne justifiait pas remplir les conditions d'obtention d'un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale et a alors " renvoyé la totalité du dossier à la requérante accompagné de la liste mention " salarié ", pour la constitution du dossier, correspondant à la continuité de son droit au séjour en France ".

4. Eu égard à ses propres écritures en défense, le préfet de la Drôme n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas rejeté implicitement la demande de titre de séjour que Mme C a présentée au titre de la " vie privée et familiale ". Il doit être regardé comme ayant rejeté cette demande au motif qu'elle n'en remplissait pas les conditions sans pour autant lui demander de produire les pièces nécessaires à l'examen de sa demande alors que, dans le même temps, il lui a transmis la liste des pièces exigibles au titre de sa demande " salarié " au demeurant non sollicitée par l'intéressée et lui a demandé de retourner les pièces surlignées en jaune pour constituer un dossier complet sur ce fondement non invoqué. Dans ces circonstances peu claires, le préfet de la Drôme doit être regardé comme n'ayant pas examiné avec suffisamment d'attention et surtout de cohérence la demande de titre de séjour présentée par Mme C sur le fondement de la vie privée et familiale. Par suite, cette décision doit être annulée pour erreur de droit sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

5. Eu égard à son motif, le présent jugement d'annulation n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Drôme de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors que la requérante a déposé à la préfecture des Bouches-du-Rhône une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale qui est en cours d'examen et que le préfet de ce département lui a délivré, dans l'attente, un récépissé valable du 2 octobre 2023 au 1er avril 2024, il n'y a pas lieu, à la date du présent jugement, d'enjoindre au préfet de la Drôme de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et de statuer sur la demande dont il avait été saisi.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme C tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Drôme a implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme C au titre de sa vie privée et familiale est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet de la Drôme.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

J-L. Ban

La présidente,

A. Triolet La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2105740

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