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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2105798

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2105798

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2105798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantFLORENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 août 2021 et 27 juillet 2023, Mme B, représentée par Me Florent, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Grenoble a refusé de se prononcer sur sa demande de congé de longue maladie et de l'informer de l'avancement de son recours contre l'avis du comité médical départemental ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Grenoble d'instruire sa demande de congé de longue maladie, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du prononcé de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a vainement demandé les motifs de cette décision implicite ;

- la rectrice a commis une faute en lui laissant croire qu'elle pouvait bénéficier d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service (Citis) ;

- la rectrice ne l'a pas tenue informée de l'avancée de son recours contre la décision du comité médical départemental du 6 octobre 2020 et n'a pas saisi le comité médical supérieur ;

- aucune décision n'a été rendue sur sa demande d'obtention d'un congé de longue maladie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- si aucune réponse n'a été apportée à sa demande de communication de motifs, elle avait déjà obtenu tous les éléments sollicités : le 18 juin 2020, sa demande de Citis a fait l'objet d'un rejet explicite ; les 6 octobre 2020 et 5 janvier 2021, elle été informée des avis négatifs rendus par le comité médical départemental sur sa demande de congé longue maladie ;

- elle n'a jamais invité Mme B à solliciter un placement en Citis, a procédé aux aménagements de son emploi du temps, et l'a placée, à sa demande, en congés postérieurement à la date de sa consolidation fixée au 24 juillet 2019 ;

- la requérante n'a pas sollicité l'intervention du comité médical supérieur mais seulement un réexamen de sa demande, qui lui a été accordé le 5 janvier 2021 ;

- elle a certes invité Mme B par un courrier du 17 juin 2020 à solliciter un congé de longue maladie, suite à un avis médical du 10 décembre 2019, mais a dans un second temps refusé de le lui octroyer suite à l'avis défavorable du comité médial du 6 octobre 2020 ;

- Mme B a reçu le 4 septembre 2020 un accusé de réception de sa demande d'ATI, qui a par ailleurs été acceptée.

Par ordonnance du 29 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Callot, rapporteur,

- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,

- et les observations de Me Florent, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est professeure de technologie au collège du Diois à Die (Drôme). Victime d'une agression par un élève le 31 mai 2018, elle a été placée en accident de service du 1er juin 2018 au 24 juillet 2019. Elle a obtenu le bénéfice d'un temps partiel thérapeutique à la rentrée scolaire 2019-2020 mais a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 13 septembre 2019. Elle a demandé en janvier 2020 que sa pathologie soit reconnue imputable au service avec placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service (Citis). Cette demande a été rejetée le 18 juin 2020. Elle a alors sollicité le bénéfice d'un congé de longue maladie, qui a fait l'objet d'avis défavorables du comité médical transmis par la rectrice de l'académie de Grenoble sans que pour autant celle-ci ne statue explicitement sur la demande. Mme B a demandé à la rectrice, par courrier du 18 mai 2021 notifié le 20 mai 2021, de l'informer de l'avancement de son recours auprès du comité médical supérieur, de se prononcer sur sa demande de congé de longue maladie et de confirmer la transmission de son dossier de demande d'allocation temporaire d'invalidité. Cette demande n'ayant pas reçu de réponse, elle a sollicité par courrier du 23 juillet 2021, notifié le 27 juillet 2021, la communication des motifs du rejet. Mme B a obtenu le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité à compter du 2 septembre 2019.

2. L'absence de réponse à une demande d'information concernant l'état d'avancement d'un recours devant le comité médical supérieur ne constitue pas une décision, de plus fort alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait demandé la saisine dudit comité. Aux termes de son courrier du 6 novembre 2020, elle s'est au contraire bornée à demander à ce que " sa situation soit réétudiée par le comité médical de la Drôme ", ce qu'il a fait dans son nouvel avis du 11 janvier 2021. La demande de la requérante à ce titre ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée.

3. En revanche, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la rectrice s'est bornée à transmettre les avis défavorables du comité médical sans jamais prendre de décision concernant la demande de congé de longue maladie présentée par Mme B. Ce refus de statuer sur la demande de l'intéressée, qui en a vainement demandé les motifs, est illégal et doit être annulé.

4. Eu égard au motif d'illégalité retenu par la présente décision, cette annulation implique seulement d'enjoindre à la rectrice de statuer sur la demande de congé de longue maladie dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le refus implicite de se prononcer sur la demande de congé de longue maladie est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de statuer sur cette demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la rectrice de l'académie de Grenoble et au ministre de l'éducation nationale.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Callot et M. A, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

Le rapporteur,

A. Callot

La présidente,

A. Triolet

La greffière,

J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre en charge de l'éducation nationale en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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