mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2105924 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LAUMET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 septembre 2021 et le 20 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Laumet, demande au tribunal:
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier Annecy Genevois l'a révoqué de ses fonctions à compter du 31 juillet 2021 ;
2°) d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier Annecy Genevois, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte journalière de 200 euros, de le réintégrer dans ses fonctions ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Annecy Genevois une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure, car il a disposé d'un délai inférieur à quinze jours pour présenter sa défense devant le conseil de discipline, en méconnaissance de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 ; à supposer que le délai de quinze jours ne soit pas un délai franc, il n'a pas pu, dans les circonstances de l'espèce, bénéficier d'un délai de quinze jours, le courrier de convocation au conseil de discipline lui ayant été remis en main propre à l'hôpital devant la salle d'accouchement de son épouse, deux heures après la naissance de son premier enfant ;
- l'avis du conseil de discipline n'est pas motivé, en méconnaissance de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 ; l'exigence de motivation constitue une garantie ;
- le sens de l'avis du conseil de discipline ne lui a été communiqué qu'oralement ; mais n'ayant pas eu connaissance de cet avis, la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure pour avoir été prise en méconnaissance de l'article 11 du décret du 7 novembre 1989 ;
- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie ; il n'a pas porté un coup de coude à la mâchoire de la patiente ; il n'a pas porté un coup à sa poitrine et ne l'a pas insultée ; les images de vidéos surveillance ne peuvent pas caractériser le côté intentionnel des actes commis ; il a agi dans le souci de se protéger ; les enregistrements vidéos sont lacunaires et occultent notamment les éléments de faits antérieurs, minimisant ainsi les violences qu'il a lui-même subies ;
- depuis son arrivée en 2013, il n'a jamais fait preuve d'agressivité envers un patient ou un collègue ; la sanction de révocation est disproportionnée au regard des faits reprochés et entachée d'erreur d'appréciation ;
- la faute de son employeur est exonératoire ; en effet, le protocole de gestion des patients violents n'a pas été appliqué et il n'a lui-même pas été protégé de l'agressivité de la patiente.
Par des mémoires enregistrés le 14 novembre 2022 et le 27 janvier 2023 (ce dernier non communiqué), le centre hospitalier Annecy Genevois conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°2016-1705 du 12 décembre 2016 portant statut particulier des personnels de la filière ouvrière et technique de la catégorie C de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2023 :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. C,
- les observations de Me Laumet, représentant M. A,
- et les observations de Me Vallejo, représentant le centre hospitalier Annecy Genevois.
Considérant ce qui suit :
1. Le centre hospitalier Annecy Genevois a recruté M. A en 2013 en qualité de brancardier contractuel. Il est mis en stage dans le corps des conducteurs ambulanciers à compter du 1er octobre 2015, puis titularisé en octobre 2016. Par une ordonnance n° 2105925 du 24 septembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le directeur général du Centre hospitalier l'a révoqué. Dans la présente instance, M. A demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;
2. Aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes :/ () Troisième groupe : / La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ;/ Quatrième groupe :/ La mise à la retraite d'office, la révocation. () ".
3. D'une part, il incombe à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. D'autre part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
4. La décision de révocation attaquée a été prise au motif de violence physique à l'encontre d'une patiente. Il est en effet reproché à M. A " d'avoir, le mardi 20 avril 2021 vers 18h55, donné un coup de coude dans le visage d'une patiente du service d'accueil des urgences du site d'Annecy et de l'avoir poussée, la faisant tomber au sol ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le 20 avril 2021 à 16h40, une patiente agressive et présentant d'importants troubles du comportement a été déposée au service des urgences du centre hospitalier Annecy Genevois par un équipage de sapeurs-pompiers. Ces derniers l'avaient prise en charge dans un supermarché à la suite d'une altercation avec une caissière. Eux-mêmes agressés verbalement, ils avaient dû faire intervenir la police sur les lieux et avaient préconisé la mise en œuvre d'un brancard avec contention lors de son arrivée à l'hôpital. M. A a quitté une première fois son poste pour aider l'agent d'accueil aux urgences qui subissait les invectives de la patiente lors de son enregistrement, dans un contexte de grande affluence ce soir-là. Puis, vers 18h45, la patiente qui divaguait dans l'hôpital, a à nouveau insulté des infirmières à l'accueil des urgences et M. A, alors en fin de service, est intervenu pour essayer d'apaiser la situation puis, à la demande de l'une des infirmières, ramener la patiente dans le secteur auquel elle avait été assignée. Plusieurs témoignages concordants rapportent alors que M. A aurait reçu des coups à la tête, au cou et au dos. A la sortie de l'accueil des urgences, la caméra de vidéosurveillance a ensuite filmé M. A traversant un couloir avec la patiente à ses côtés, cette dernière allant plusieurs fois au contact, quoiqu'apparemment non violemment. A une dizaine de secondes du début de la séquence filmée, M. A a donné un coup de coude au visage de la patiente qui riposte, et finalement, le nouveau coup porté par M. A l'a fait tomber au sol.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les faits qui ont fondé la révocation sont matériellement établis. Ces faits constituent une faute au regard de l'intensité de la réaction du requérant.
7. Pour justifier le caractère proportionné de la révocation, le défendeur fait valoir que les faits reprochés révèlent un manque de maîtrise particulièrement grave de la part d'un personnel œuvrant dans les métiers du soin. Toutefois, aucun texte ni principe n'interdit aux personnels de la fonction publique hospitalière de se protéger en cas d'agression et il résulte du point 5 que le requérant a lui-même été victime de l'agressivité de la patiente, la caractérisation de la faute ne résultant que de la disproportion des gestes de mise à distance adoptés en réponse. Le Centre hospitalier fait en outre valoir que par le passé, le comportement de M. A n'avait pas été irréprochable, tout en se bornant à produire à l'appui de ses allégations un courriel et une notation mitigée datés de 2015, soit antérieurs à sa mise en stage. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce rappelées au point 5, caractérisées notamment par l'impuissance de l'ensemble des intervenants à prendre en charge une patiente agressive, le directeur général du centre hospitalier Annecy-Genevois a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en prononçant la sanction la plus sévère à l'encontre d'un agent employé depuis près de huit ans dans l'établissement et qui n'avait fait l'objet d'aucune sanction.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier Annecy Genevois a révoqué M. A de ses fonctions à compter du 31 juillet 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'ordonnance de suspension citée au point 1, le directeur général du centre hospitalier Annecy Genevois a réintégré M. A dans ses effectifs. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant tendant à sa réintégration doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Annecy Genevois une somme de 2 000 euros à verser à M. A. Les conclusions présentées par le centre hospitalier Annecy Genevois, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier Annecy Genevois a révoqué M. A de ses fonctions à compter du 31 juillet 2021 est annulée.
Article 2 : Le centre hospitalier Annecy Genevois versera à M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A au centre hospitalier Annecy Genevois.
Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Fourcade, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
Le rapporteur,
I. D
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2105924
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026