jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2105948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP MILLIAND DUMOLARD THILL CHAMBERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 septembre 2021, M. H K, Mme J D épouse K, M. C E, Mme I L épouse E, représentés par Me Milliand, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Chambéry a délivré un permis de construire modificatif à Mme F B, ainsi que le rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Chambéry une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté méconnaît l'article UG 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) dès lors qu'aucune végétalisation de la zone de recul par rapport à la construction n'est prévue ;
- il méconnaît les articles 2 de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 16 juillet 2014 et UG 5.2 du règlement du PLUi au regard des mouvement de terre excédant les limites autorisées ;
- il méconnaît l'article UG 5.4 du règlement du PLUi relatif aux clôtures ;
- il méconnaît l'article UG 6 du règlement du PLUi.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2021, Mme F B, représentée par Me Paganelli, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'intérêt pour agir des requérants n'est pas démontré ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 décembre 2021, la commune de Chambéry, représentée par Me Duraz, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Derollepot, premier conseiller,
- les conclusions de M. Journé, rapporteur public,
- et les observations de MM. K et E.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 17 octobre 2014, le maire de la commune de Chambery a accordé à Mme F B un permis de construire une maison d'habitation comprenant deux logements pour une surface créée de 301,45 m2 sur les parcelles cadastrées section LD n°85, 86, 88, 89 et 173, sises 130 chemin des Bouchets, à Chambéry. Le 5 janvier 2021, Mme B a déposé une demande de permis de construire modificatif, complétée le 26 février 2021, portant sur la modification de l'aspect extérieur de la maison, de sa volumétrie et de son implantation et portant la surface créée à 313,80 m2. Par un arrêté du 10 mars 2021, dont les requérants demandent l'annulation, le maire de la commune de Chambery a accordé cette autorisation.
Sur la fin de-non-recevoir :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : "Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir utilement contesté le permis initial, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Les requérants, qui ont la qualité de voisin immédiat du projet, contestent devant le juge judiciaire l'existence et l'étendue du droit de passage sur leur propriété permettant l'accès à la construction objet des permis délivrés à Mme B. Au regard de la portée des modifications apportées au projet et dès lors que le permis modificatif délivré le 10 mars 2021 modifie les conditions d'accès aux logements, les requérants justifient d'un intérêt à agir contre cette autorisation, de sorte que la fin de non-recevoir opposée par Mme B doit être écartée.
Sur les conclusions d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article UG 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté d'agglomération Grand Chambéry relatif à l'implantation par rapport aux voies publiques et privées et aux emprises publiques : " Au sein des secteurs UGi, AUGi, UGd et AUGd : / Les constructions nouvelles en premier rideau doivent être implantées à l'alignement actuel ou futur, le cas échéant, ou à une distance comprise entre 3 et 6 m de l'alignement. En cas de recul, la surface des reculs doit être végétalisée à hauteur de 50% minimum de leur superficie. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif modifie l'implantation de la construction par rapport au chemin des Bouchets, lequel a le caractère de voie privée au sens de ces dispositions. Ainsi que le soutiennent les requérants, le projet ne prévoit aucune végétalisation de la surface de recul. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG 4.1 du règlement du PLUi doit être accueilli.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article UG 5.2 du règlement du PLUi relatif à l'adaptation au terrain naturel : " () Les constructions, installations et aménagements doivent s'adapter au profil du terrain naturel, en limitant au maximum les mouvements de terres. () / La hauteur des déblais / remblais ne doit pas excéder les valeurs suivantes : () 2 m pour les terrains dont la pente naturelle est supérieure à 15% () ".
8. D'une part, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir, à l'encontre de l'arrêté attaqué, des dispositions règlementaires mentionnées dans l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable portant division d'un terrain et création d'un lotissement du 16 juillet 2014, celles-ci ayant été abrogées par un arrêté du 1er décembre 2020. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, pour l'aménagement de la " terrasse 1 ", le projet prévoit un déblai de 1,32 mètre et un remblai de 1,99 mètre par rapport au terrain naturel, dont la pente naturelle est estimée à 24%. De même, les mouvements de terre prévus pour l'aménagement de la " terrasse 2 " n'excèdent pas la limite de deux mètres prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 2 de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 16 juillet 2014 et UG 5.2 du règlement du PLUi au regard des mouvement de terre impliqués par le projet doit être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article UG 5.4 du règlement du PLUi relatif aux clôtures : " () Les clôtures doivent être perméables hydrologiquement et écologiquement pour permettre la libre circulation des eaux et de la petite faune. Des ouvertures devront être aménagées à la base des clôtures. () / Les clôtures ont une hauteur maximale de 1,8 m. / Les nouvelles clôtures doivent comporter un dispositif à claire-voie. En cas de mur bahut, la hauteur maximale est de 0,6 m. () Les murs de soutènement doivent faire l'objet d'un traitement qualitatif. En présence d'un mur de soutènement d'une hauteur inférieure ou égale à 1,8 m, la hauteur cumulée du mur de soutènement et de la partie maçonnée de la clôture ne doit pas être supérieure à 1,8 m. / En présence d'un mur de soutènement d'une hauteur supérieure à 1,8 m, la clôture peut uniquement être composée d'une grille d'une hauteur de 1,5 m maximum surmontant le mur de soutènement et devant jouer le rôle de garde-corps () ". Aux termes de l'article N 5.4 du règlement du PLUi relatif aux clôtures : " () Les clôtures doivent être perméables hydrologiquement et écologiquement pour permettre la libre circulation des eaux et de la petite faune. Des ouvertures devront être aménagées à la base des clôtures. () Les clôtures ont une hauteur maximale de 1,5 m. / Les nouvelles clôtures doivent comporter un dispositif à claire-voie. En cas de mur bahut, la hauteur maximale est de 0,6 m () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que la clôture prévue au projet présente une hauteur uniforme de 1,60 mètre, y compris en surplomb du mur dit " soutènement 1 " d'une hauteur de 3,21 mètres, en zone naturelle et, si elle comporte un dispositif à claire-voie, elle ne prévoie pas d'ouvertures aménagées à sa base, propres à permettre la libre-circulation de la petite faune. Par suite, le projet méconnaît les dispositions des articles UG 5.4 et N 5.4 du règlement du PLUi.
11. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que le permis modificatif attaqué ne contient aucun élément concernant les arbres qui ont été arrachés sur la partie du terrain d'assiette du projet en zone classée en " espaces boisées classées ", en méconnaissance de l'article UG 6 du règlement du PLUi, il ressort des pièces du dossier que ces travaux ont fait l'objet d'une déclaration préalable ayant donné lieu à une décision tacite de non-opposition née le 23 juin 2019. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
Sur les conséquences des illégalités relevées :
12. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce () ". Il résulte de ces dispositions que le juge peut procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où une illégalité affecte une partie identifiable du projet et où cette illégalité est susceptible d'être régularisée, sans qu'il soit nécessaire que la partie illégale du projet soit divisible du reste de ce projet.
13. Les vices affectant le permis de construire modificatif attaqué concernent la végétalisation de la surface de recul de la construction par rapport à la voie et la clôture. Eu égard à la nature de ces vices et à leur portée, il y a lieu de prononcer l'annulation partielle de l'arrêté du 10 mars 2021. Mme B pourra en demander la régularisation à la commune de Chambéry dans le délai de trois mois courant à compter de la date de notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
14. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B et la commune de Chambéry doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Chambéry la somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er :Le permis de construire modificatif du 10 mars 2021 est annulé en tant qu'il ne prévoit aucune végétalisation de la surface de recul de la construction par rapport à la voie et qu'il prévoit une clôture d'une hauteur de 1,60 mètre en surplomb d'un mur de soutènement et en zone naturelle, dépourvue d'ouvertures aménagées permettant la libre-circulation de la petite faune. Mme B pourra en demander la régularisation dans le délai de trois mois courant à compter de la date de notification du jugement.
Article 2 :La commune de Chambéry versera aux requérants la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme H K, à M. et Mme E, à la commune de Chambery et à Mme B.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Pfauwadel, président,
Mme Coutarel, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.
Le rapporteur,
A. Derollepot
Le président,
T. Pfauwadel
Le greffier,
M. Palmer
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026