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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106065

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106065

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBONNET CHANEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 septembre 2021 et le 20 avril 2022, Mme D A, représentée par Me Bonnet-Chanel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'avis de la commission de réforme du 23 juin 2021 ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le maire des Houches, après avoir fixé une date de consolidation de son état de santé au 4 octobre 2020, l'aurait notamment placée en congé de maladie ordinaire à compter du 5 octobre 2020 et aurait en conséquence décidé de réduire son traitement de moitié à compter du 3 janvier 2021 ;

3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°21/67 du 2 juillet 2021 par lequel la présidente du centre communal d'action sociale des Houches l'a placée en congé de maladie ordinaire du 5 octobre 2020 au 28 août 2021 et a réduit son traitement de moitié à compter du 3 janvier 2021 ;

4°) d'enjoindre à la commune des Houches et au centre communal d'action sociale de reconstituer sa carrière à compter du 4 octobre 2020, notamment en lui versant un plein traitement ;

5°) de mettre solidairement à la charge de la commune des Houches et du centre communal d'action sociale une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées de vices de procédure méconnaissant ses " droits élémentaires ", le docteur B, expert missionné par la commission de réforme, n'ayant pas eu connaissance de l'intégralité des pièces médicales de son dossier et s'est dès lors prononcé sur la date de consolidation sans disposer de tous les éléments utiles ;

- les expertises médicales produites montrent que son état de santé n'était pas consolidé à la date du 4 octobre 2020 ;

- son taux d'IPP, eu égard à son étant de santé, est nécessairement supérieur à 2% ;

- il existe un lien de causalité entre le service et sa pathologie.

Par des mémoires enregistrés le 21 janvier 2022 et le 9 décembre 2022, la commune des Houches et le centre communal d'action sociale des Houches concluent au rejet de la requête et demandent qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune des Houches et le centre communal d'action sociale des Houches font valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête, l'arrêté n°20/123 du 18 novembre 2021 portant placement en congé de longue maladie à plein traitement du 5 octobre 2020 au 4 avril 2022 ayant retiré l'arrêté attaqué n°21/67 du 2 juillet 2021 ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :

- l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'avis de la commission de réforme qui ne présente pas de caractère décisoire ;

- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre le courrier du 5 juillet 2021, non décisoire ;

-l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté n°21/67 du 2 juillet 2021 en tant qu'il porterait refus d'imputabilité au service de l'accident du 14 février 2018, fixerait un taux d'IPP et une date de consolidation, cet arrêté n'ayant pas cette portée.

En réponse au moyen relevé d'office Mme A a enregistré un mémoire le 6 octobre 2023, par lequel elle maintient ses conclusions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'action sociale et des familles

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n°91-298 du 20 mars 1991 portant dispositions statutaires applicables aux fonctionnaires territoriaux nommés dans des emplois permanents à temps non complet ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Frapolli,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Thurin, représentant Mme A,

- et les observations de Me Laurent, pour la commune des Houches.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par le centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune des Houches à compter du 1er novembre 2006, et titularisée au grade d'agent social de 2ème classe à temps non complet employée à raison de 28,20 heures par semaine à compter du 1er novembre 2007. Le 14 février 2018, elle est victime d'un accident reconnu imputable au service par un arrêté du 3 avril 2018. A la suite d'un avis de la commission départementale de réforme du 23 juin 2021, la présidente du conseil d'administration du CCAS a, par arrêté n°21/66 du 2 juillet 2021 devenu définitif faute d'avoir été contesté, fixé la date de consolidation de l'état de santé de Mme A au 4 octobre 2020, date également expressément retenue comme fin de prise en charge au titre du service de l'accident du 14 février 2018. Cet arrêté fixe enfin un taux d'IPP de 2%. Parallèlement, par un arrêté n°21/67 du 2 juillet 2021, la présidente du conseil d'administration du CCAS plaçait rétroactivement Mme A en congé de maladie ordinaire du 5 octobre 2020 au 28 août 2021 en réduisant son traitement de moitié à compter du 3 janvier 2021. Par ailleurs, par un courrier du 5 juillet 2021, la maire des Houches informait Mme A que la date de consolidation de son état de santé était fixée au 4 octobre 2020, veille de son placement en congé de maladie ordinaire impliquant la réduction de son traitement de moitié à compter du 3 janvier 2021. Dans la présente instance, Mme A demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'avis de la commission de réforme du 23 juin 2021, ainsi que l'arrêté n°21/67 du 2 juillet 2021 et le courrier précité du 5 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'avis de la commission de réforme :

2. L'avis émis par la commission de réforme n'a qu'une portée préparatoire et ne constitue pas une décision susceptible d'être attaquée devant le juge de l'excès de pouvoir. Les conclusions qui tendent à son annulation sont dès lors irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation du courrier du maire des Houches du 5 juillet 2021:

3. Aux termes de l'article L. 123-6 du code de l'action sociale et des familles : " Le centre d'action sociale est un établissement public administratif communal ou intercommunal. Il est administré par un conseil d'administration présidé, selon le cas, par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale. () ". Aux termes de l'article R. 123-23 de ce code : " Le président du conseil d'administration prépare et exécute les délibérations du conseil ; il est ordonnateur des dépenses et des recettes du budget du centre. Il nomme les agents du centre./ Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer une partie de ses fonctions ou sa signature au vice-président, au vice-président délégué et au directeur. () "

4. Dans sa lettre du 5 juillet 2021, la maire des Houches, qui n'est au demeurant pas l'employeur de Mme A en application des dispositions précitées, s'est bornée à transmettre à Mme A l'avis de la commission de réforme et à l'informer des décisions prises le 2 juillet 2021 par la présidente du CCAS des Houches. Dès lors, ce courrier n'a pas modifié la situation juridique de l'intéressée et n'est pas décisoire. Dès lors, il ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir et les conclusions à fin d'annulation dirigées contre lui doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n°21/67 du 2 juillet 2021 pris par la présidente du centre communal d'action sociale des Houches, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il ressort des pièces du dossier que la présidente du centre communal d'action sociale des Houches a pris le 2 juillet 2021 deux arrêtés : l'un, transmis en réponse à une mesure d'instruction, référencé 21/66, limite la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident de Mme A au 4 octobre 2020, date par ailleurs reconnue comme date de consolidation de son état de santé, associée à un taux d'IPP de 2%. L'autre, référencé 21/67, se borne à placer l'intéressée en congé de maladie ordinaire à compter du 5 octobre 2020, avec réduction de son traitement de moitié à compter du 3 janvier 2021. Ainsi, l'arrêté attaqué n° 21/67 n'a ni pour objet ni pour effet de refuser la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident, de fixer un taux d'IPP ou de déterminer une date de consolidation. Les moyens de la requête, soulevés contre cet arrêté uniquement en tant qu'il refuserait l'imputabilité au service de son accident, fixerait un taux d'IPP ou déterminerait une date de consolidation, sont dès lors inopérants et doivent être rejetés.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur le non-lieu opposé en défense, que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté susvisé n°21/67 du 2 juillet 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les conclusions présentées par Mme A, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune des Houches et le centre communal d'action sociale des Houches sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune des Houches et le centre communal d'action sociale des Houches sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la commune des Houches.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Pollet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le rapporteur,

I. FRAPOLLI

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2106065

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