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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106070

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106070

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 6
Avocat requérantCANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 10 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Cans, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Isère a mis un terme à sa prise en charge en qualité de jeune majeur à la date du 31 août 2021 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Isère, de l'admettre à une prise en charge en qualité de jeune majeur, subsidiairement, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, de réexaminer sa demande et dans l'attente, dans les deux cas, poursuivre sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance dans un délai de 24 heures à compter de la notification du jugement, sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Isère une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- les motifs de la décision attaquée sont entachés d'erreur de fait, dans la mesure où son recours administratif n'est pas tardif ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'obligation de poursuivre la prise en charge de l'intéressé.

Par un mémoire enregistré le 1er juillet 2022, le département de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le département de l'Isère fait valoir que :

- la requête est irrecevable, car dirigée contre la décision du 2 juin 2021 qui a disparu de l'ordonnancement juridique;

-les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Frapolli, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 janvier 2023 :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de M. D, pour le département de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 16 février 2002 et entré en France en janvier 2018, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance de l'Isère par le juge des enfants du tribunal de grande instance de Grenoble, par une ordonnance de placement provisoire du 27 mars 2018 puis un jugement du 3 avril 2018, jusqu'à sa majorité, survenue le 16 février 2020. Le département de l'Isère a décidé, à la demande de l'intéressé, de poursuivre sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance après cette date en application des dispositions du sixième alinéa de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, dans le cadre du dispositif contrat jeune majeur, a maintenu celle-ci au-delà de cette date, en raison du contexte sanitaire. Par une décision du 24 août 2020, le président du conseil départemental de l'Isère a rejeté sa demande de renouvellement de prise en charge et fixé le terme de celle-ci au 31 août 2020. Par une ordonnance du 5 octobre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble, saisi par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de cette décision et enjoint au département de l'Isère de reprendre celui-ci en charge. Il a été réintégré dans le dispositif de protection de l'enfance du département de l'Isère. Toutefois, le 27 janvier 2021, le département de l'Isère l'informait que sa prise en charge prendrait fin le 31 août 2021. A la suite d'un recours administratif préalable contre cette décision réceptionné le 2 juin 2021, le conseil départemental de l'Isère confirmait, par une décision du même jour, une fin de prise en charge au 31 août 2021. Dans la présente instance, M. A demande l'annulation de la décision du 2 juin 2021.

Sur la prise en charge du requérant au titre de l'aide sociale à l'enfance:

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ;

2. Aux termes de l'article L. 112-3 du code de l'action sociale et des familles : " La protection de l'enfance vise à garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l'enfant, à soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation, dans le respect de ses droits./ () Ces interventions peuvent également être destinées à des majeurs de moins de vingt et un ans connaissant des difficultés susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". L'article L. 222-5 du même code détermine les personnes susceptibles, sur décision du président du conseil départemental, d'être prises en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, parmi lesquelles, au titre du 1° de cet article, les mineurs qui ne peuvent demeurer provisoirement dans leur milieu de vie habituel et dont la situation requiert un accueil à temps complet ou partiel et, au titre de son 3°, les mineurs confiés au service par le juge des enfants parce que leur protection l'exige. Aux termes des sixième et septième alinéas de cet article : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".

3. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt et un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, y compris le comportement du jeune majeur.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ou mettant fin à une telle prise en charge, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

5. Il résulte de l'instruction que M. A a été pris en charge par les services du département de l'Isère pendant un an et six mois au-delà de sa majorité, période qu'il a mise à profit pour obtenir en juin 2021 son certificat d'aptitude professionnelle spécialité " chaudronnerie soudure ". Or en se bornant à invoquer son absence d'attaches tant en France qu'au Sénégal, le requérant ne démontre pas l'existence d'obstacles de nature à empêcher son autonomie, le titre de séjour dont il a par ailleurs bénéficié en qualité de salarié lui permettant de disposer de ressources. Ainsi, eu égard, d'une part, aux éléments produits par les parties et, d'autre part, au large pouvoir d'appréciation du président du conseil départemental pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt et un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants, les moyens tirés de ce que le département aurait méconnu ses obligations au regard des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A ne peut utilement invoquer les vices propres qui affecteraient la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Les conclusions présentées par M. A, la partie perdante, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

I. C

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2106070

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