Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106137
mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2106137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | DNL AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 septembre 2021 et le 2 juin 2022, M. A E, représenté par Me Di Nicola, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 21 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Annecy Genevois l'a définitivement exclu de son stage, ainsi que la décision du 15 juillet 2021 rendue sur recours gracieux;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier Annecy Genevois, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, de se prononcer sur sa titularisation après l'avoir réintégré dans les effectifs du Centre hospitalier ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Annecy Genevois une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
- l'avis du conseil de discipline n'est pas motivé, en méconnaissance de l'article 20 du décret du 12 mai 1997 ; faute de majorité, le conseil de discipline ne s'est en réalité pas prononcé sur la sanction ; ni l'avis de la commission de discipline, ni le procès-verbal de sa séance ne sont motivés ;
- la procédure disciplinaire engagée contre lui visait en réalité à faire obstacle à sa titularisation et caractérise un détournement de procédure ;
- la décision attaquée méconnaît la règle non bis in idem, les prolongations de stage décidées antérieurement constituant en réalité des sanctions disciplinaires déguisées ; en effet, aucune insuffisance professionnelle, seule de nature à permettre une prolongation de stage, ne saurait lui être reprochée ;
- l'extraction d'images vidéo, d'une durée d'une minute, est intervenue alors qu'il cherchait à agir dans le cadre de sa mission de sécurité ; la sanction d'exclusion définitive est disproportionnée au regard des faits reprochés ; l'absence de gravité est révélée par la circonstance que les faits connus dès le 9 octobre 2020 n'ont abouti à l'engagement d'une procédure disciplinaire qu'en mars 2021.
Par des mémoires enregistrés le 11 mai 2022 et le 12 mai 2022, le centre hospitalier Annecy Genevois conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°97-487 du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°2016-636 du 19 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique hospitalière ;
- le décret n°2016-1705 du 12 décembre 2016 portant statut particulier des personnels de la filière ouvrière de la catégorie C de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Frapolli,
- les conclusions de M. Argentin,
- les observations de Me Schiltz, représentant M. E,
- et les observations de Me Garaudet, représentant le centre hospitalier Annecy Genevois.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, recruté en 2017 en qualité d'agent de sécurité incendie en vertu d'un contrat par le centre hospitalier Annecy Genevois, a été nommé, à compter du 1er juillet 2019, ouvrier de 2ème classe stagiaire pour occuper les fonctions d'agent de sécurité incendie et sûreté. Par une ordonnance n° 2106138 du 28 septembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu l'exécution de cette décision. Dans la présente instance, M. E demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 21 juin 2021 par laquelle le directeur du Centre hospitalier lui a infligé la sanction de l'exclusion définitive du stage, ainsi que la décision du 15 juillet 2021 prise sur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête;
2. Aux termes de l'article 16 du décret du 12 mai 1997 susvisé : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être infligées à l'agent stagiaire sont:/1°L'avertissement ;/ () 4° L'exclusion définitive ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
3. La décision attaquée a été prise au motif que le 2 septembre 2020, M. D a enregistré deux vidéos d'une durée d'environ trente secondes chacune issues du système de vidéosurveillance du Centre hospitalier. Ces vidéos montrent un membre de l'équipe de sécurité et de sûreté et l'un de ses proches quittant l'établissement, dans des conditions que le requérant estimait contraires au règlement.
4. A la suite de la plainte déposée par l'agent filmé, un avis de classement à auteur a été émis par l'autorité judiciaire le 1er février 2022, au motif que les faits dénoncés n'étaient pas punis par un texte pénal. Il est néanmoins constant que l'enregistrement de ces vidéos présente un caractère fautif et méconnaît le règlement intérieur de l'Etablissement.
5. Toutefois, la faute matériellement établie ne revêt pas un caractère de gravité suffisante pour entraîner, sans erreur d'appréciation, le prononcé de la sanction la plus sévère à l'encontre d'un agent employé depuis cinq ans dans l'établissement et qui avait jusque-là donné toute satisfaction, alors que s'il est vrai que les images en cause ont été extraites dans un contexte d'inimitié entre collègues, il ressort des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été diffusées.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 21 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Annecy Genevois a définitivement exclu M. E de son stage doit être annulée, ainsi que la décision du 15 juillet 2021 rendue sur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte:
7. Aux termes de l'article 4-9 du décret du 19 mai 2016 susvisé : " Les fonctionnaires recrutés après avis de la commission de sélection compétente dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C1 et les fonctionnaires recrutés au titre du concours externe dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C2 sont nommés stagiaires et accomplissent un stage d'une durée d'un an./ A l'issue de ce stage, les stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés. Les autres stagiaires peuvent, après avis de la commission administrative paritaire, être autorisés à effectuer un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. Si le stage complémentaire a été jugé satisfaisant, les intéressés sont titularisés./ Lorsque des fonctionnaires ne sont pas titularisés à l'issue du stage initial ou à l'issue du stage complémentaire, ils sont soit licenciés s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine, selon les dispositions qui leur sont applicables. () ".
8. M. D a été mis en stage à compter du 1er juillet 2019 et il ne résulte pas de l'instruction que son stage ait été prolongé au-delà de sa durée initiale réglementaire d'un an. Toutefois, ce dernier avait conservé la qualité de stagiaire à la date de la décision attaquée prise le 21 juin 2021, faute d'avoir été titularisé ou licencié dans le délai réglementaire. Ainsi, eu égard au motif sur lequel repose l'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique nécessairement, en vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, la réintégration rétroactive de M. D en qualité de stagiaire à la date de son éviction. Il y a lieu d'adresser au directeur du centre hospitalier Annecy Genevois une injonction en ce sens et de lui impartir un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
9. En revanche, l'abstention du directeur du Centre hospitalier à se prononcer sur la titularisation de M. D au terme de son stage soulève un litige distinct et les conclusions tendant à enjoindre à une prise de décision sur cette titularisation doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Annecy Genevois une somme de 1 500 euros à verser à M. E. Les conclusions présentées par le centre hospitalier Annecy Genevois, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 21 juin 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Annecy Genevois a définitivement exclu M. E de son stage est annulée, ainsi que la décision du 15 juillet 2021 rendue sur recours gracieux
Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier Annecy Genevois de réintégrer M. E en qualité de stagiaire à la date de son éviction, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier Annecy Genevois versera à M. E la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au centre hospitalier Annecy Genevois.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Frapolli, premier conseiller,
Mme Fourcade, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
Le rapporteur,
I. Frapolli
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2106137