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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106174

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106174

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP MILLIAND ALBERTVILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 septembre et 23 décembre 2021, Mme B G, M. F G, M. E C et Mme H C, représentés par Me Robichon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés des 19 mars et 16 juillet 2021 par lesquels le maire de Challes-les-Eaux a délivré un permis de construire et son modificatif à la société Challes Dénarié ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Challes-les-Eaux la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- la signataire des arrêtés attaqués ne justifie pas d'une délégation régulière ;

- les dossiers de demande de permis sont insuffisants au regard des dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-16 du code de l'urbanisme ;

- les permis attaqués méconnaissent les dispositions de l'article UG 6 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article UG 7 du même règlement ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article UG 8 du même règlement ;

- ils méconnaissent les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 décembre 2021, la commune de Challes-les-Eaux, représentée par la SCP Milliand Dumolard Thill, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas justifié de l'accomplissement des formalités prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les conclusions dirigées contre le permis initial sont tardives ;

- les conclusions dirigées contre le permis modificatif sont irrecevables dès lors que la décision attaquée n'est pas produite ;

- les requérants ne justifient ni de titres les habilitant à agir, en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, ni d'un intérêt à agir au regard de l'article L. 600-1-2 du même code ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par des mémoires enregistrés les 25 octobre 2021 et 17 février 2022, la société Challes Dénarié, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme D,

- et les observations de Me Blanc pour les requérants, celles de Me Pereira pour la commune de Challes-les-Eaux ainsi que celles de Me Corbalan pour la société Challes Dénarié.

Considérant ce qui suit :

1. Par les arrêtés attaqués des 19 mars et 16 juillet 2021, le maire de Challes-les-Eaux a délivré un permis de construire et son modificatif à la SCCV Challes Dénarié pour la démolition d'une maison individuelle et la construction d'un immeuble collectif de 27 logements.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, le plan de situation, le document d'insertion et les photographies de l'environnement proche et lointain ainsi que des bâtiments à démolir permettent de localiser le projet litigieux et d'apprécier l'environnement bâti et paysager dans lequel il s'inscrit. Ces documents, utilement complétés par le plan de masse " Etat des lieux ", qui mentionne le nombre de niveaux des constructions du secteur, permettent, en particulier, de déterminer les caractéristiques des constructions existantes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend () : () e) () un document établi par un contrôleur technique () attestant qu'il a fait connaître au maître d'ouvrage son avis sur la prise en compte, au stade de la conception, des règles parasismiques et paracycloniques prévues par l'article L. 563-1 du code de l'environnement () ".

4. Si l'attestation du contrôleur technique du 16 octobre 2020 mentionnait, de manière erronée, que le projet était situé en zone de sismicité 2, le dossier de demande du permis de construire modificatif délivré le 10 février 2022 comporte l'attestation prévue par les dispositions du e) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, établie le 20 janvier 2022, qui mentionne que les concepteurs ont bien pris en compte que le projet était situé en zone de sismicité 4. Par suite, le vice affectant les permis de construire initial ayant été régularisé, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article UG 6 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal : " () Les parcs de stationnement doivent faire l'objet d'un traitement paysager de qualité et doivent être plantés d'un arbre de haute tige pour 4 places de stationnement. Les arbres seront plantés au sein de l'espace de stationnement des véhicules () ". Si ces dispositions prescrivent la plantation d'un nombre suffisant d'arbres de haute tige au sein des espaces de stationnement, elles n'imposent toutefois pas que ces derniers soient répartis de manière stricte toutes les quatre places.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'espace de stationnement situé à l'est du projet, qui comporte 14 places, est planté de quatre arbres de haute tige, dans le respect des dispositions de l'article UG 6 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article UG 7 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal : " () 1/ Stationnement pour véhicules motorisés () Pour tout projet de construction nécessitant la création de plus de 20 places de stationnement : 10 % d'entre elles, au minimum doivent comporter un point de recharge pour véhicule électrique. / Habitation : Logement : minimum 1,3 place par logement. () Pour les opérations de plus de 5 logements : + 10 % de places pour le stationnement visiteur () ". Aux termes de l'article L. 151-34 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut ne pas imposer la réalisation d'aires de stationnement lors de la construction : 1° De logements locatifs financés avec un prêt aidé par l'Etat ; 1° bis De logements locatifs intermédiaires mentionnés à l'article L. 302-16 du code de la construction et de l'habitation () ". Aux termes de l'article L. 151-35 du même code : " Il ne peut, nonobstant toute disposition du plan local d'urbanisme, être exigé pour les constructions destinées à l'habitation mentionnées aux 1° à 3° de l'article L. 151-34 la réalisation de plus d'une aire de stationnement par logement. / Toutefois, lorsque les logements mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 151-34 sont situés à moins de cinq cents mètres d'une gare ou d'une station de transport public guidé ou de transport collectif en site propre et que la qualité de la desserte le permet, il ne peut, nonobstant toute disposition du plan local d'urbanisme, être exigé la réalisation de plus de 0,5 aire de stationnement par logement () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, en dépit du fait que le pétitionnaire ait coché la case " vente " et n'ait pas précisé le nombre de logements locatifs sociaux à la page 3 du formulaire CERFA de demande de permis, le projet emporte la création de 10 logements locatifs sociaux et de 17 logements locatifs intermédiaires. Alors qu'en application des dispositions de l'article L. 151-35 du code de l'urbanisme, le projet nécessite ainsi 27 places de stationnement, les permis de construire initial et modificatif prévoient respectivement 34 et 33 places, dont trois affectées aux visiteurs. Par ailleurs, le plan du rez-de-chaussée identifie quatre places comportant un point de recharge pour véhicule électrique, soit plus de 10 % des places nécessaires au projet. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les autorisations litigieuses méconnaissent les dispositions citées au point précédent.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article UG 8 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal : " 1/ Conditions d'accès aux voies () Les accès débouchant sur les voies publiques doivent être aménagés en fonction de l'importance du trafic desdites voies, de façon à éviter toute contrainte et tout danger pour la circulation générale. () / Les accès doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile et être adaptés à l'opération future. () / Le raccordement de l'accès à la voirie ouverte au public sera conçu de manières à optimiser les conditions de sécurité, en privilégiant notamment : () - La création d'une zone de stockage d'un véhicule à plat ou en tout état de cause avec une pente de 5 % maximum au droit du raccordement ; - Le dégagement de la visibilité (muret, clôture, haie). / 2/ Voirie. La destination et l'importance des constructions ou installations doivent être compatibles avec la capacité de la voirie publique ou privée qui les dessert. / Les constructions et installations doivent être desservies par des voies ouvertes à la circulation publique ou privée dont les caractéristiques permettent notamment l'approche des moyens de lutte contre l'incendie et de protection civile. / Les voies en impasse doivent être aménagées dans leur partie terminale de façon à permettre l'accès et le demi-tour des véhicules de secours et des services publics (notamment les véhicules de ramassage des ordures ménagères). ()".

10. Les voies publiques ou privées auxquelles s'appliquent les dispositions citées au point précédent sont les voies d'accès au terrain d'assiette du projet et non les voies internes. Ainsi, la circonstance que la voie interne au terrain d'assiette du projet méconnaisse ces dispositions est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, la rue Joseph Dénarié, qui dessert le terrain d'assiette du projet, présente des caractéristiques suffisantes pour accueillir la circulation impliquée par le projet. L'accès donnant sur cette voie, qui présente une largeur totale de 5 mètres, permet la circulation des véhicules ainsi que leur croisement sans manœuvre dangereuse ou gênante pour la circulation publique, quand bien même un cheminement piéton d'1,5 mètre de largeur serait matérialisé par un marquage au sol. Compte tenu de la largeur de l'accès, la végétation et le muret surmonté d'une clôture en fil soudé projetés n'auront pas pour effet de masquer la visibilité sur la rue Joseph Dénarié. En outre, la voie interne présente une pente de moins de 5 % sur les 5 mètres précédant l'accès à la rue Dénarié et est ainsi susceptible de constituer une zone de stockage. Enfin, l'utilisation de la place extérieure réservée aux personnes à mobilité réduite ne présente pas de dangerosité particulière. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG 8 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal doit être écarté.

11. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir, que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés des 19 mars et 16 juillet 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Challes-les-Eaux, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

14. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge des requérants des sommes de 1 200 euros à verser à la commune de Challes-les-Eaux comme à la société Challes Dénarié au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er :La requête est rejetée.

Article 2 :Les requérants verseront à la commune de Challes-les-Eaux et à la société Challes Dénarié des sommes de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B G, à la commune de Challes-les-Eaux et à la société Challes Dénarié.

Délibéré après l'audience du 12 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La rapporteure,

V. A

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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