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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106176

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106176

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2021, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 6 août 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et méconnait les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de son classement en fuite ;

- l'OFII s'est cru à tort en situation de compétence liée au regard de son classement en fuite ;

- elle méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire enregistré le 3 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie ;

- la décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat statuant au contentieux ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 avril 2024 le rapport de Mme B et les observations de Me Huard pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité guinéenne né le 15 mai 1990, a présenté une demande d'asile enregistrée le 22 mai 2018 et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'OFII. Par arrêté du 8 octobre 2018, le préfet de l'Isère a ordonné son transfert vers l'Italie en vue de l'examen par les autorités de cet Etat assorti d'une assignation à résidence. Le transfert du requérant vers l'Italie aurait dû avoir lieu le 15 janvier 2019, M. A ne s'est toutefois pas présenté à l'embarquement. L'intéressé a été déclaré en fuite le 21 janvier 2019 et les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues le 7 mars 2019. Le 1er mars 2021, à l'expiration du délai de transfert, M. A s'est à nouveau présenté en préfecture en faisant valoir que la France était devenue responsable de sa demande d'asile. Par un courrier du 20 janvier 2021, il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, par une décision du 6 août 2021, l'OFII a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles. Parallèlement, la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par une décision de l'OFPRA le 26 février 2021, qui a fait l'objet d'un recours devant la CNDA qui a été rejeté le 21 décembre 2022.

Sur les conclusions aux fins de bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par la décision susvisée du 13 janvier 2022. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018. En l'espèce, M. A a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII le 22 mai 2018. Sa situation reste donc régie par les dispositions précitées dans leurs versions antérieures à la loi du 10 septembre 2018 susvisée en ce qui concerne les refus de " rétablissement des conditions matérielles d'accueil " qui lui ont été opposés.

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, cette motivation atteste que la directrice territoriale de l'OFII s'est livrée à un examen particulier de la situation de M. A.

5. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Le refus en litige de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. A n'a pas été pris en application de la décision du préfet constatant qu'il était en fuite le 21 janvier 2019. Cette décision n'en constitue pas plus la base légale. De surcroit, en constatant qu'il était en fuite, le préfet n'a pas pris une décision mais s'est borné à constater un fait. Par suite, M. A ne peut utilement invoquer l'illégalité de cette prétendue décision à l'appui de la contestation de la décision de rejet de sa demande de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

6. En troisième lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que la directrice territoriale de l'OFII a pris sa décision au regard de l'insuffisance des motifs avancés par M. A pour justifier le non-respect des obligations auxquelles il avait consenti lors de sa demande d'asile. La circonstance que M. A ne s'est pas présenté aux autorités en charge de l'asile dans le cadre de sa remise aux autorités italiennes constitue, non une décision préalable qui en serait le fondement, mais un fait qu'il est loisible tant au préfet qu'à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de relever et d'apprécier juridiquement pour fonder une décision. Par suite, il ne résulte pas des termes de la décision que la directrice de l'OFII se serait estimée en situation de compétence liée vis-à-vis de la déclaration de fuite pour prendre la décision en litige.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version antérieure à la loi du 10 septembre 2018 susvisée : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être :/ 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".

8. D'une part, les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas la codification à droit constant des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version antérieure à la loi du 10 septembre 2018, seules applicables à M. A, en application de ce qui a été dit au point 3. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant, quand bien même cet article fonde la décision en litige.

9. D'autre part, M. A ne s'est pas présenté à l'embarquement de son vol et se borne à prétendre que son absence s'explique par le fait qu'il a raté le train pour s'y rendre, circonstance à la supposer établie dont il est le seul responsable. Il n'a ainsi pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités auquel il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

10. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance qu'un étranger dont les conditions matérielles d'accueil sont suspendues se présente à nouveau aux autorités d'un Etat membre n'ouvre pas automatiquement droit à l'intéressé au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

11. En cinquième lieu, si M. A soutient que le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil le maintien dans une situation de vulnérabilité particulière en raison de son état de santé critique, il ne l'établit pas alors que le médecin de l'OFII a conclu à une priorité médicale de niveau 0 indiquant qu'il ne semble pas relever d'une priorité pour un hébergement pour des raisons de santé. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions de son avocat tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de Me Huard tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Huard, à l'office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme Céline Letellier, première conseillère,

- Mme Emilie Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

E. B

Le président,

M. D

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106176

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