lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2106310 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2021, M. F C, représenté par Me Mathis, demande au tribunal :
1°) de lui allouer l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 2 avril 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter du mois de mars 2021, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour passé ce délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de l'évaluation de sa vulnérabilité prévue à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas dissimulé l'information qu'il bénéficiait de la protection internationale en Italie, dont il n'avait pas connaissance ;
- elle méconnaît les articles L. 744-7 et D.744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021.
Vu la décision contestée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant afghan né le 13 juillet 1982, a déposé une demande d'asile à la préfecture de l'Isère le 13 octobre 2020, qui a été placée en procédure Dublin puis requalifiée en procédure accélérée le 18 janvier 2021. Par la décision contestée du 2 avril 2021, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une ordonnance du 25 octobre 2021, le juge des référés a supendu la décision contestée et enjoint à l'OFII de rétablir provisoirement l'intéressé dans ses droits. La demande d'asile de M. C a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 25 novembre 2021.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2021, ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. C a dissimulé qu'il bénéficiait de la protection internationale en Italie jusqu'au 29 mars 2021. Elle expose que l'évaluation de la situation familiale et personnelle de l'intéressé ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen sérieux de la situation de M. C doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, l'OFII a procédé le 13 octobre 2020 à l'examen de la vulnérabilité du requérant conformément aux dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C est venu seul en France, sans son épouse et ses trois enfants restés en Afghanistan. Le requérant n'allègue ni n'établit souffrir de problèmes de santé. Il déclare être hébergé chez son cousin de manière stable. La circonstance qu'il est sans ressource ne démontre pas qu'il serait dans une situation de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " "Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné: () 2o Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. ()/ Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1o du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2o entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. () " L'article L. 744-8 du même code prévoit que : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ". Ainsi, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
6. L'OFII fonde sa décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur la dissimulation par l'intéressé de l'obtention de la protection internationale en Italie, qui expirait le 29 mars 2021. Il ressort toutefois de l'entretien individuel de M. C le 13 octobre 2020 qu'il a fait état d'une demande d'asile antérieure déposée en Italie. Le relevé EURODAC versé aux débats fait apparaitre qu'il a effectivement sollicité l'asile à Trieste en juin 2013. Si un courrier du ministère de l'intérieur italien expose que M. C bénéficiait de la protection subsidiaire jusqu'au 29 mars 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision, qui n'est pas versée aux débats, aurait été notifiée à M. C. L'administration française déduit de la date d'expiration de cette mesure de protection qu'elle a été accordée à l'intéressé en 2017, soit quatre ans après sa demande et alors que M. C explique qu'il est retourné en Afghanistan entre 2016 et début 2020, ce qui est conforté par la production d'actes de naissance de ses enfants. Dans ces conditions, alors que M. C a informé l'administration de sa demande d'asile en Italie et qu'il n'est pas établi qu'il avait connaissance de la suite favorable qui lui a été donnée, la suspension contestée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article D.744-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non applicable au cas d'espèce dès lors que la suspension de l'allocation n'est pas fondée sur un défaut de validité de l'attestation de demande d'asile, doit être écarté comme inopérant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 2 avril 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. La demande d'asile de M. C ayant été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 25 novembre 2021, l'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les conclusions étant dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie à l'instance, elles ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.
Article 2 :La décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 2 avril 2021 est annulée.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président,
- Mme B D, première-conseillère,
- Mme Emilie Aubert, première-conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
La rapporteure,
E. A
Le président,
M. E
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2106310
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026