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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106402

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106402

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLAURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 septembre 2021 et le 31 mars 2022, la SCI de Caramagne, représentée par Me Benech, demande au tribunal :

1°) avant dire droit de se transporter sur les lieux pour constater l'atteinte que porte le projet contesté aux abords du monument historique et entende le gérant de la SCI ainsi que le responsable de l'unité départementale de l'architecture et du patrimoine de Savoie ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel l'adjoint au maire de Chambéry a délivré un permis de construire à la société CIS Promotion ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chambéry le paiement d'une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté :

- est entaché d'un vice de procédure tiré du caractère erroné de l'accord de l'architecte des bâtiments de France(ABF qui ne tient pas compte des caractéristiques du monument historique qu'il est censé protégé ;

- est entaché d'un vice de procédure dès lors que les prescriptions de l'ABF renvoient à l'avenir sur les teintes et matières et ne permettent pas de vérifier que l'ABF s'est assuré de manière effective du respect des intérêts protégés par les articles L. 621-32 et L. 632-2 du code du patrimoine ni par la mise en œuvre de la procédure de récolement prévue par le code de l'urbanisme ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- méconnaît les articles UG et AUG5 du plan local d'urbanisme intercommunal habitat et déplacement (PLUi) de Grand Chambéry ;

- méconnaît les articles UG et AUG7 du PLUi relatifs aux obligations en matière de stationnement ;

- méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et l'article UG et AUG8 du PLUi relatif aux conditions de desserte des terrains.

Par des mémoires en défense du 31 mars 2022 et du 15 avril 2022, la commune de Chambéry, représentée par Me Laurent, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer aux fins de régularisation du permis de construire, et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante n'a pas d'intérêt pour agir au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense du 9 décembre 2021 et du 15 avril 2022, la société CIS Promotion, représentée par Me Petit, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer aux fins de régularisation du permis de construire sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante n'a pas d'intérêt pour agir au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme A.

- les observations de Me Benech pour les requérants, de Me Laurent, pour la commune de Chambéry et de Me Roussel, pour la société CIS Promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 décembre 2020, la société CIS Promotion a déposé une demande de permis de construire auprès des services de la commune de Chambéry pour la construction d'un ensemble de 33 logements et d'un local ERP pour une surface de plancher créée de

2 270 m2. Par un arrêté du 26 juillet 2021, l'adjoint au maire de Chambéry a délivré le permis de construire sollicité. La SCI de Caramagne demande l'annulation de ce permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme :

2. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme: : " () lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code () les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense () ".

3. Les moyens tirés de ce que l'arrêté méconnaît les articles UG et AUG7 du PLUi relatifs aux obligations en matière de stationnement et viole l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et l'article UG et AUG8 du PLUi relatif aux conditions de desserte des terrains ont été soulevés dans un mémoire enregistré le 31 mars 2022 dans l'application télérecours, soit plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense intervenue le 15 décembre 2021. Dès lors, et comme le fait valoir la société CIS Promotion en défense, ces moyens doivent être écartés comme irrecevables en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme précité.

En ce qui concerne l'avis de l'architecte des bâtiments de France :

4. Aux termes de l'article L. 621-32 du code du patrimoine : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues à l'article L. 632-2 du présent code ". L'article L. 632-2 de ce code précise : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant () ".

5. D'une part, dans son avis du 20 avril 2021, l'architecte des bâtiments de France a indiqué que le projet se situait dans le périmètre ou dans le champ de visibilité du château de Caramagne. Il a donné son accord au projet en l'assortissant de quatre prescriptions. Il a ainsi indiqué que les dispositifs techniques de la toiture terrasse devaient présenter une finition soignée notamment sans gaines apparentes, que les arceaux métalliques de la rampe seraient plus resserrés et devaient permettre le développement de végétation grimpante afin de constituer un véritable masque, que les garde-corps métalliques devaient avoir leurs platines dissimulées et enfin, que la rive de la toiture de l'avancée des balcons en façade Sud devait être traitée dans la même épaisseur et la même teinte que les nez de dalles des balcons. Contrairement à ce que soutient la requérante, l'architecte des bâtiments de France n'avait pas à faire référence au contenu de l'arrêté de classement du château de Caramagne et a émis un avis circonstancié sur les caractéristiques importantes du projet de construction. La circonstance que cet avis ne mentionne ni le style piémontais du château ni la hauteur du projet et son impact sur la vue sud depuis le château ne saurait établir que l'architecte des bâtiments de France n'a pas tenu compte des caractéristiques tant du monument historique que du projet pour rendre son avis.

6. D'autre part, si l'avis est assorti d'une recommandation tenant à ce que des échantillons de teintes et matières pourront être présentés en phase chantier pour validation, l'architecte des bâtiments de France ne peut être regardé comme n'ayant pas donné un avis définitif sur les caractéristiques importantes du projet de construction. Cette recommandation ne peut être regardée comme l'affirme le requérant comme un renvoi à son accord ultérieur sur la couleur et les matériaux lors de la mise en œuvre du permis litigieux, par lequel l'architecte des bâtiments de France aurait ainsi omis de se prononcer sur l'un des points qui était soumis à son contrôle.

7. Le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne l'insertion du projet dans son environnement :

8. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article UG du règlement du plan local d'urbanisme : " Les projets ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Les règles de qualité urbaine, architecturale, environnementale et paysagère définies à l'article 5 ne s'appliquent pas

aux équipements d'intérêt collectif public et aux services publics. / 3/ Aspects des constructions () / D'une manière générale, les constructions de type traditionnel doivent respecter les caractéristiques de l'architecture locale, alors que les projets d'architecture contemporaine peuvent s'en exonérer à condition que la qualité des projets et leur insertion dans le site soient justifiées. / Volumes / Les constructions projetées doivent présenter une simplicité de volumes. / Les gabarits doivent être adaptés à l'échelle générale des constructions avoisinantes, à l'exception des équipements

d'intérêt collectif et des services publics et des équipements d'hébergement relevant de la destination " habitation ", qui, par leur nature ou leur fonction, peuvent nécessiter des gabarits en rupture avec le contexte urbain environnant. / En cas de grande longueur, le bâtiment doit être fractionné en plusieurs volumes ". Ces dernières dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet se situe aux abords d'un monument historique le château de Caramagne, dont les façades et toitures ainsi que les deux pavillons d'entrée sont inscrits au titre des monuments historiques et présente à ce titreun intérêt. Si la requérante fait valoir que le projet se situe au sein d'un secteur homogène constitué de maisons individuelles de faible hauteur, il ressort des pièces du dossier que plusieurs immeubles de taille et de styles différents sans unité apparente, se situent au Sud et à l'Ouest du terrain d'assiette du projet. Ainsi, si le projet se situe à proximité d'un monument historique, le quartier dans lequel il s'insère qualifié par le règlement de " général dense " qui regroupe un tissu urbain composé majoritairement d'un habitat intermédiaire et collectif et où la hauteur des constructions autorisée est de 17 mètres de hauteur est dépourvu de toute homogénéité architecturale.

10. D'autre part, le projet consiste en la création d'un immeuble de 33 logements et d'un ERP dont la hauteur est inférieure à 17 mètres. Il ressort de l'avis du 20 avril 2021 que l'architecte des bâtiments de France a donné son accord au projet sous réserve du respect de prescriptions concernant les dispositifs techniques de la toiture terrasse, des arceaux métalliques de la rampe, des garde-corps métalliques et la rive de la toiture, qui permettent d'assurer l'insertion du projet dans son environnement protégé. Par ailleurs, la circonstance que le projet serait d'une hauteur supérieure aux immeubles alentour et qu'il sera visible depuis les jardins du château, n'est pas de nature, à elle seule, à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du château de Caramagne. Dans ces conditions, compte tenu de ses caractéristiques et en l'absence de toute homogénéité architecturale ou urbaine du quartier dans lequel il s'insère, il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis de construire porterait une atteinte manifeste aux lieux et aux constructions avoisinantes. Si elle se prévaut de l'OAP " petit patrimoine et bâti ancien " pour les châteaux et manoirs qui prévoit qu'il faut veiller " spécifiquement à la qualité des projets proposés sur ces constructions et leurs abords, particulièrement sensibles d'un point de vue patrimonial, il n'est pas établi que ce ne serait pas le cas en l'espèce. En effet, la notice énonce que le projet cherche à s'inscrire dans le site en optant pour un esthétisme conforme aux bâtis environnant (toiture 4 pans, teinte grise, enduit teinte blanche sur le grand volume) et le parti d'aménagement paysager rappelle l'objectif de préserver le cadre patrimonial et paysager du château de Caramagne et de son parc. Il ne ressort notamment pas des photographies que le projet ne serait pas compatible avec cette OAP. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête et sans qu'il soit nécessaire de se déplacer sur les lieux, que la SCI Caramagne n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté contesté.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chambéry, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI de Caramagne, sur ce même fondement, une somme de 1 500 euros à verser tant à la commune de Chambéry qu'à la CIS Promotion.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI de Caramagne est rejetée.

Article 2 : La SCI de Caramagne versera à la commune de Chambéry la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La SCI de Caramagne versera à la CIS Promotion une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI de Caramagne, à la commune de Chambéry et à la CIS Promotion.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Barriol, première conseillère ;

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

E. B

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210640

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