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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106513

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106513

mardi 16 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantQUESNOT-FILIPPI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du 29 juillet 2021 par lequel le maire de la commune des Gets avait refusé à la SCI Alpa un permis de construire pour un bâtiment à usage de logement et de commerce. Le tribunal a estimé que le motif de refus, fondé sur une rupture avec l'harmonie architecturale du site, était infondé. Il a appliqué un contrôle normal sur le respect de l'article Ua 11 du plan local d'urbanisme (PLU), reprenant les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, et a jugé que le projet, situé dans une zone urbaine sans protection particulière et entouré de constructions hétérogènes, ne portait pas atteinte au caractère des lieux avoisinants. La solution retenue est l'annulation de l'arrêté de refus.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 septembre 2021, le 11 août 2022 et le 15 février 2023, la SCI Alpa, représentée par Me Quesnot-Filippi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2021 par lequel le maire de la commune des Gets a refusé de lui accorder un permis de construire valant autorisation de travaux pour la réalisation d'un bâtiment comprenant un logement et un commerce sur la parcelle cadastrée section I n°2056 ;

2°) d'enjoindre à la commune des Gets de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune des Gets une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé en fait ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Ua 11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune, qui reprend les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 décembre 2021, le 31 janvier 2023 et le 7 mars 2023, la commune des Gets, représentée par la SCP Alain et Alex Bouvard, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI Alpa au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Naillon,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Quesnot-Filippi, représentant la SCI Alpa.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 mars 2021, la SCI Alpa a transmis à la commune des Gets un dossier de demande de permis de construire valant autorisation de travaux, pour la réalisation d'un bâtiment comprenant un logement et un commerce en rez-de-chaussée, sur la parcelle cadastrée section I n°2056 de la commune des Gets. Par l'arrêté attaqué du 29 juillet 2021, le maire de la commune a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité au motif que " le projet s'insère en rupture avec l'harmonie architecturale existante du site et porte atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article Ua 11 du règlement du PLU de la commune alors en vigueur : " Aspect extérieur : () en aucun cas, les constructions, installations et divers modes d'utilisation du sol ne doivent, par leur dimension, leur situation ou leur aspect extérieur porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains () ".

3. Dès lors que ces dispositions invoquées par le requérant ont le même objet que celles, également invoquées, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est en exerçant un contrôle normal sur la conformité aux dispositions de l'article Ua 11 du règlement du PLU que doit être appréciée la légalité de l'arrêté attaqué.

4. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce site. Il est exclu de procéder, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le PLU de la commune.

5. Le projet en litige prévoit la construction d'un chalet en R+1+C comportant un logement et un commerce, d'une surface de plancher totale de 123,93 m². Il se situe dans une zone urbaine jouxtant le front de neige, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ferait l'objet d'une protection particulière au titre de ses caractéristiques architecturales ou patrimoniales, et qui comprend des habitations, des commerces et des installations dédiées à la pratique des sports d'hiver. Si le secteur environnant présente une architecture montagnarde comportant des bâtiments de type chalet, il présente toutefois des " architectures diversifiées ", ainsi que l'énonce l'arrêté attaqué, et des constructions aux dimensions, gabarits et hauteurs hétérogènes. Le terrain d'assiette du projet est ainsi entouré de chalets massifs mais aussi de constructions plus modestes au gabarit similaire à la construction projetée, en particulier sur la parcelle cadastrée section I n°2055, voisine immédiate du projet, dont il n'est pas établi qu'elle faisait l'objet d'un permis de démolition en cours d'instruction à la date de l'arrêté attaqué. De plus, les constructions avoisinantes sont hétérogènes quant à leur aspect extérieur, notamment leurs ouvertures en façade, et ne comportent pas toutes des " garde-corps en palines, des volets bois battants et des soubassements clairs ". Dès lors, le bâtiment projeté, dont le site d'implantation ne présente pas de qualité particulière, n'est pas en rupture avec les constructions avoisinantes. Dans ces conditions, le maire de la commune des Gets a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article Ua 11 du PLU en estimant que le projet rompait avec l'harmonie architecturale existante du site et portait atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'unique motif de refus est illégal et à demander pour ce motif l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire ".

8. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

9. S'il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, la parcelle cadastrée section I n°2056 est utilisée conventionnellement par la mairie à titre d'aire de jeux, cette circonstance ne saurait faire obstacle à ce que soit enjoint au maire de la commune des Gets de délivrer à la société requérante le permis de construire sollicité. Dans ces conditions, et dès lors que le classement de la parcelle en emplacement réservé n°354 est postérieur à la date de l'arrêté attaqué, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune des Gets de délivrer à la société requérante le permis de construire sollicité, dans un délai deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Alpa, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune des Gets demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune des Gets une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Alpa et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 29 juillet 2021 est annulé.Article 2 :Il est enjoint au maire de la commune des Gets de délivrer à la SCI Alpa le permis de construire sollicité le 19 mars 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 :Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l'encontre de la commune des Gets s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus. La commune des Gets communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le présent jugement.

Article 4 :La commune des Gets versera à la SCI Alpa une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 :Les conclusions de la commune des Gets au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 :Le présent jugement sera notifié à la SCI Alpa et à la commune des Gets.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- M. Hamdouch, premier conseiller,

- Mme Naillon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2025.

La rapporteure,

L. Naillon

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106513

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