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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106547

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106547

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBARBIER-TROMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 septembre 2021, 23 février 2022, 7 juin 2022, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 1er septembre 2022, M. C B, représenté par Me Barbier-Trombert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'inspecteur du travail de la Haute-Savoie du 18 novembre 2020 ayant autorisé la SAS CCN France à le licencier pour motif économique, ainsi que la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 2 août 2021 ayant retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé devant elle, annulé la décision de l'inspecteur du travail du 18 novembre 2020 et autorisé le licenciement ;

2°) de rejeter les demandes de la SAS CCN France ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la SAS CCN France et de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- la décision de l'inspecteur du travail est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- l'inspecteur du travail n'a pas tenu compte de la protection qu'il détenait en sa qualité d'ancien représentant de section syndicale ;

- l'inspecteur du travail a estimé à tort que la procédure de licenciement était sans lien avec ses mandats ;

- le ministre n'a pas procédé à un examen effectif du lien avec le mandat ;

- son licenciement est en lien avec ses mandats ;

- son licenciement serait préjudiciable à la représentation des salariés dans l'entreprise ;

- la convocation du comité social et économique n'était accompagnée d'aucun document en annexe ;

- les documents communiqués à sa demande ne précisent pas les catégories professionnelles concernées en violation de l'article L. 1233-10 du code du travail ;

- le comité social et économique n'a pas été informé de son ancien mandat de représentant de section syndicale et il n'est pas démontré que les membres du comité social et économique en avaient connaissance ;

- le motif économique n'est pas établi alors que son poste n'a pas été supprimé, que l'employeur a procédé à des augmentations de salaires et à l'octroi de primes et que plusieurs sociétés du groupe sont en redressement ou liquidation judiciaire ;

- l'inspecteur du travail a mal apprécié le périmètre du groupe au sein duquel devait être recherché des solutions de reclassement ;

- la décision de l'inspecteur du travail a violé les dispositions de l'article L. 1233-4 du code du travail dès lors que les offres de reclassement n'ont pas été écrites ;

- la société ne lui a pas proposé des postes de reclassement disponibles en son sein et au sein du groupe ;

- elle n'a pas recherché des solutions de reclassement en dehors du groupe, comme le lui impose l'accord du 8 novembre 2019 relatif à l'emploi, à l'apprentissage et à la formation professionnelle dans la métallurgie, étendu par arrêté du 15 juin 2020.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 janvier 2022, 4 avril 2022 et 5 août 2022, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 23 août 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 13 septembre 2022, la SAS CCN France, agissant par la SELARL AJ Meynet et associés en qualité d'administrateur judiciaire et la SELARL MJ Alpes en qualité de mandataire judiciaire, représentée par la SELARL Astreal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision de l'inspecteur du travail a disparu de l'ordonnancement juridique, ce qui rend les moyens dirigés contre elle inopérants ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 22 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'Hôte, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Heintz, rapporteur public,

- les observations de Me Barbier, représentant M. B,

- et les observations de Me Goetsch, représentant la SAS CCN France.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS CCN France a pour activité la fabrication, la conception et l'usinage de pièces destinées au marché de l'automobile. Elle a embauché le 4 juillet 1995 M. B qui exerçait, en dernier lieu, la fonction de " responsable qualité " et bénéficiait, par ailleurs, du statut de salarié protégé en raison de ses mandats de membre du comité social et économique, de délégué syndical et d'ancien représentant de section syndicale. Par un courrier du 1er octobre 2020, elle a demandé à l'inspection du travail l'autorisation de procéder au licenciement pour motif économique de ce salarié. Par une décision du 18 novembre 2020, l'inspecteur du travail de la Haute-Savoie a accordé l'autorisation. M. B a formé contre cette décision un recours hiérarchique par un courrier daté du 12 janvier 2021, reçu le 18 janvier suivant. Par une décision du 2 août 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique née le 19 mai 2021, a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 18 novembre 2020 et a autorisé le licenciement. M. B demande l'annulation de cette décision ainsi que de celle de l'inspecteur du travail du 18 novembre 2020.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail du 18 novembre 2020 :

2. Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre compétent doit soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler, puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Ainsi, l'annulation, par l'autorité hiérarchique, de la décision de l'inspecteur du travail statuant sur la demande d'autorisation de licenciement ne laisse rien subsister de celle-ci, peu important l'annulation ultérieure par la juridiction administrative de la décision de l'autorité hiérarchique.

3. Comme il a été dit au point 1, par sa décision du 2 août 2021, antérieure à l'introduction de la requête, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 18 novembre 2020, laquelle avait ainsi disparu de l'ordonnancement juridique comme le relève l'administration en défense. Par suite, les conclusions présentées par le requérant tendant à l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de la ministre du 2 août 2021 :

4. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions envisagées d'effectifs et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié dans l'entreprise ou au sein du groupe auquel appartient cette dernière. En outre, pour refuser l'autorisation sollicitée, l'autorité administrative a la faculté de retenir des motifs d'intérêt général relevant de son pouvoir d'appréciation de l'opportunité, sous réserve qu'une atteinte excessive ne soit pas portée à l'un ou l'autre des intérêts en présence.

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

5. La décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 2 août 2021 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, tant en ce qui concerne la légalité de la décision de l'inspecteur du travail que la réalité des difficultés économiques invoquées par la société CCN France, la suppression effective de l'emploi du requérant, le respect par l'employeur de son obligation de reclassement, et l'absence de lien avec le mandat. Sur ce dernier point, lorsque l'autorité administrative estime que la demande d'autorisation ne présente pas de lien avec les fonctions représentatives exercées par le salarié, elle peut se borner à en faire le constat sans être tenue d'indiquer les motifs pour lesquelles elle a écarté l'existence d'un tel lien. Un tel constat ne permet pas davantage d'établir que l'autorité administrative n'aurait pas exercé, comme il lui appartient de le faire, un contrôle effectif sur un éventuel rapport entre la demande d'autorisation et les fonctions représentatives du salarié. Ainsi, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, en se bornant à mentionner dans sa décision que la demande d'autorisation était sans lien avec les mandats exercés par M. B, n'a manqué ni à son obligation de motivation ni à son obligation d'examiner l'existence d'un tel lien.

En ce qui concerne la régularité de la procédure de licenciement :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1233-8 du code du travail : " L'employeur qui envisage de procéder à un licenciement collectif pour motif économique de moins de dix salariés dans une même période de trente jours réunit et consulte le comité social et économique dans les entreprises d'au moins onze salariés, dans les conditions prévues par la présente sous-section. () ". Aux termes de l'article L. 1233-10 du même code : " L'employeur adresse aux représentants du personnel, avec la convocation à la réunion prévue à l'article L. 1233-8, tous renseignements utiles sur le projet de licenciement collectif. / Il indique : / () / 3° Les catégories professionnelles concernées et les critères proposés pour l'ordre des licenciements () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé dans le cadre d'un licenciement collectif pour motif économique, de contrôler la régularité de la procédure de consultation du comité social et économique sur le projet de licenciement collectif.

7. Si le requérant soutient que la SAS CCN France aurait adressé aux membres du comité social et économique une simple convocation sans aucun document annexe et qu'il a dû réclamer que les documents soient transmis, il ne soutient pas que la société aurait refusé de communiquer les documents en cause et dans un délai utile. A l'inverse, il ressort des comptes-rendus des réunions du comité social et économique des 8 et 14 septembre 2020, que M. B a contresigné en sa qualité de secrétaire sans émettre la moindre réserve, que la direction de l'entreprise a présenté aux membres du comité le projet de licenciement économique comprenant, notamment, l'indication des catégories professionnelles concernées. Il ressort également du rapport de contre-enquête du 15 avril 2021 que le requérant a déclaré, dans deux courriers adressés à la direction régionale du travail, que les catégories professionnelles avaient été précisées à l'issue de la réunion du 8 septembre. Dès lors, il n'est pas établi que le comité social et économique se serait prononcé, le 14 septembre, sans avoir été informé sur les catégories professionnelles concernées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 3° de l'article L. 1233-10 du code du travail peut être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement dans les conditions prévues à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III. () ". Aux termes de l'article R. 2421-10 du même code : " La demande d'autorisation de licenciement d'un membre de la délégation du personnel au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est adressée à l'inspecteur du travail dans les conditions définies à l'article L. 2421-3. () ". Saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, il appartient à l'administration de s'assurer que la procédure de consultation du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité social et économique a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation.

9. Il ressort des pièces du dossier que les membres du comité social et économique ont été convoqués le 16 septembre 2020 à une réunion extraordinaire devant se tenir le 25 septembre suivant afin d'examiner le projet de licenciement de M. B. A cette occasion, une note d'information leur a été communiquée qui mentionnait les mandats de l'intéressé en qualité de délégué syndical et de secrétaire du comité, mais qui ne faisait pas état de la protection dont il bénéficiait au titre de son ancien mandat de représentant de section syndicale. La SAS CCN France soutient en défense que les membres du comité social et économique avaient connaissance de ce mandat antérieur. Cependant les attestations des intéressés qu'elle verse à l'instance ne permettent pas d'établir la réalité de ses dires. Néanmoins, il ressort du compte-rendu de la réunion du 25 septembre 2020 que le requérant, entendu par les membres du comité, s'est lui-même prévalu uniquement de ses deux mandats en cours, sans faire à aucun moment état de son ancien mandat et de la protection qu'il lui valait. De plus, il est constant que ce précédent mandat a pris fin quasiment un an auparavant et que le délai de protection qui y était attaché expirait le 27 septembre 2020, soit deux jours après la réunion du comité social et économique. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence d'information sur l'ancien mandat de M. B en qualité de représentant de section syndicale ait été de nature à influer sur le sens de l'avis du comité social et économique et que, dès lors, ses membres n'aient pas été mis à même de se prononcer en toute connaissance de cause sur le projet de licenciement.

En ce qui concerne la réalité du motif économique :

10. Aux termes de l'article L. 1233-3 du code du travail : " Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment : / 1° A des difficultés économiques caractérisées soit par l'évolution significative d'au moins un indicateur économique tel qu'une baisse des commandes ou du chiffre d'affaires, des pertes d'exploitation ou une dégradation de la trésorerie ou de l'excédent brut d'exploitation, soit par tout autre élément de nature à justifier de ces difficultés. / Une baisse significative des commandes ou du chiffre d'affaires est constituée dès lors que la durée de cette baisse est, en comparaison avec la même période de l'année précédente, au moins égale à : / () / c) Trois trimestres consécutifs pour une entreprise d'au moins cinquante salariés et de moins de trois cents salariés ; / (). / La matérialité de la suppression, de la transformation d'emploi ou de la modification d'un élément essentiel du contrat de travail s'apprécie au niveau de l'entreprise. / Les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise s'apprécient au niveau de cette entreprise si elle n'appartient pas à un groupe et, dans le cas contraire, au niveau du secteur d'activité commun à cette entreprise et aux entreprises du groupe auquel elle appartient, établies sur le territoire national, sauf fraude. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. / Le secteur d'activité permettant d'apprécier la cause économique du licenciement est caractérisé, notamment, par la nature des produits biens ou services délivrés, la clientèle ciblée, ainsi que les réseaux et modes de distribution, se rapportant à un même marché. / () ".

11. Pour apprécier la réalité des motifs économiques allégués à l'appui d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé présentée par une société qui fait partie d'un groupe, l'autorité administrative est tenue de faire porter son examen sur la situation économique de l'ensemble des sociétés du groupe intervenant dans le même secteur d'activité que la société en cause.

12. En premier lieu, pour considérer établie la réalité des difficultés économiques invoquées par la SAS CCN France, la ministre a estimé, d'une part, que cette dernière, qui appartenait au groupe OMV System France comprenant les sociétés CCN Immobilier, Rennard et OMV Medical Care situées en France, œuvrait dans le même secteur d'activité que la SAS Rennard. Elle a constaté, d'autre part, que la société demanderesse était confrontée, depuis trois ans, à une baisse continue de son chiffre d'affaires tenant à un ensemble de circonstances, notamment une baisse des ventes de ses pièces destinées aux moteurs thermiques des véhicules automobiles, une baisse des ventes des moteurs thermiques et la crise sanitaire liée à la covid-19. Elle a également relevé que le résultat d'exploitation avait diminué chaque année entre 2018 et 2020. Elle a noté par ailleurs que la société Rennard affichait de son côté, en 2019, un déficit de près de 42 952 euros et un résultat d'exploitation déficitaire de 1 110 000 euros. Ce constat d'une dégradation continue du chiffre d'affaires et des résultats d'exploitation depuis 2018 au niveau du secteur d'activité est corroboré par les données comptables produites par la SAS CCN France en défense et n'est pas contesté par M. B. Dès lors, la ministre a pu en déduire, à bon droit, que les difficultés économiques invoquées étaient caractérisées au regard des dispositions du 1° de l'article L. 1233-3 du code du travail.

13. Si le requérant fait valoir que plusieurs sociétés du groupe ont fait l'objet d'une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire, il se borne à inviter le tribunal à " s'interroger sur ces procédures en cascades " sans indiquer en quoi cette situation serait de nature à mettre en cause la réalité du motif économique. Il ne peut faire valoir utilement, par ailleurs, que son poste de " responsable qualité " serait nécessaire pour sauvegarder la compétitivité de l'entreprise, dès lors que, si la SAS CCN France a motivé sa demande d'autorisation de licenciement par des difficultés économiques et la nécessité de se réorganiser pour sauvegarder sa compétitivité, la ministre s'est fondée uniquement sur les difficultés économiques pour prendre sa décision. De même, est sans incidence la circonstance que l'inspecteur du travail aurait, à tort, fait état dans sa décision d'une volonté non avérée de l'entreprise de diminuer la masse salariale, dès lors que la décision de la ministre ne repose pas sur ce motif.

14. En second lieu, M. B n'apporte aucun élément permettant de démontrer que son poste de " responsable qualité " n'aurait pas été effectivement supprimé en se bornant à faire valoir, de manière peu précise et non circonstanciée, qu'un autre salarié aurait été formé pour le remplacer, alors qu'il ne conteste pas sérieusement, ainsi que la SAS CCN France l'a exposé dans sa demande d'autorisation, que ses fonctions ont été partagées entre le " technicien QHSE " concernant ses attributions en matière de qualité interne et la " responsable supply chain " s'agissant de ses attributions en matière de qualité fournisseurs. Il suit de là que la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la réalité du motif économique invoqué était établie.

En ce qui concerne le respect par l'employeur de son obligation de recherche de reclassement :

15. Aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. / Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. / L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. / Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises. ".

16. Pour apprécier si l'employeur a satisfait à son obligation de recherche de reclassement, l'autorité administrative doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié sur le territoire national, d'une part au sein de l'entreprise, d'autre part dans les entreprises du groupe auquel elle appartient, dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. En revanche, il ne lui appartient pas de vérifier le respect par l'employeur de son obligation de reclassement externe.

S'agissant du périmètre de l'obligation de reclassement :

17. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de commerce : " Lorsqu'une société possède plus de la moitié du capital d'une autre société, la seconde est considérée, pour l'application des sections 2 et 4 du présent chapitre, comme filiale de la première. ". Aux termes de l'article L. 233-3 du même code : " I.- Toute personne, physique ou morale, est considérée, pour l'application des sections 2 et 4 du présent chapitre, comme en contrôlant une autre : / 1° Lorsqu'elle détient directement ou indirectement une fraction du capital lui conférant la majorité des droits de vote dans les assemblées générales de cette société ; / 2° Lorsqu'elle dispose seule de la majorité des droits de vote dans cette société en vertu d'un accord conclu avec d'autres associés ou actionnaires et qui n'est pas contraire à l'intérêt de la société ; / 3° Lorsqu'elle détermine en fait, par les droits de vote dont elle dispose, les décisions dans les assemblées générales de cette société ; / 4° Lorsqu'elle est associée ou actionnaire de cette société et dispose du pouvoir de nommer ou de révoquer la majorité des membres des organes d'administration, de direction ou de surveillance de cette société. / II.- Elle est présumée exercer ce contrôle lorsqu'elle dispose directement ou indirectement, d'une fraction des droits de vote supérieure à 40 % et qu'aucun autre associé ou actionnaire ne détient directement ou indirectement une fraction supérieure à la sienne. () ". Aux termes de l'article L. 233-16 de ce code : " I.- Les sociétés commerciales établissent et publient chaque année à la diligence du conseil d'administration, du directoire, du ou des gérants, selon le cas, des comptes consolidés ainsi qu'un rapport sur la gestion du groupe, dès lors qu'elles contrôlent de manière exclusive ou conjointe une ou plusieurs autres entreprises, dans les conditions ci-après définies. / II.- Le contrôle exclusif par une société résulte : / 1° Soit de la détention directe ou indirecte de la majorité des droits de vote dans une autre entreprise ; / 2° Soit de la désignation, pendant deux exercices successifs, de la majorité des membres des organes d'administration, de direction ou de surveillance d'une autre entreprise. La société consolidante est présumée avoir effectué cette désignation lorsqu'elle a disposé au cours de cette période, directement ou indirectement, d'une fraction supérieure à 40 % des droits de vote, et qu'aucun autre associé ou actionnaire ne détenait, directement ou indirectement, une fraction supérieure à la sienne ; / 3° Soit du droit d'exercer une influence dominante sur une entreprise en vertu d'un contrat ou de clauses statutaires, lorsque le droit applicable le permet. / III.- Le contrôle conjoint est le partage du contrôle d'une entreprise exploitée en commun par un nombre limité d'associés ou d'actionnaires, de sorte que les décisions résultent de leur accord. ".

18. En premier lieu, pour apprécier le respect par la SAS CCN France de son obligation de reclassement, la ministre a constaté que cette société, comme il a été dit au point 12, appartenait au groupe OMV System France comprenant trois sociétés situées sur le territoire français, les sociétés CCN Immobilier, Rennard et OMV Medical Care. Dès lors et contrairement à ce que soutient M. B, elle a examiné, ainsi qu'il lui incombait de le faire, le périmètre de l'obligation de reclassement.

19. En second lieu, si la société OMV System France est elle-même détenue à 99 % par la société Jiangsu OMV Turbocharger System Co. Ltd., le siège social de cette dernière est situé en Chine. Le requérant fait valoir également que l'inspecteur du travail a indiqué dans sa décision que le groupe OMV System France avait des liens capitalistiques, des proximités de gestion et des accords de solidarité avec le groupe Transturn Industries, détenu lui-même par la société OMV Linktech Co. Ldt. située à Hong-Kong. Toutefois, l'inspecteur du travail a estimé que les deux entités constituaient néanmoins deux groupes distincts et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elles auraient entre elles des liens de la nature de ceux énumérés à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. La circonstance que les deux groupes auraient les mêmes dirigeants ne suffit pas à les regarder comme appartenant eux-mêmes à un même groupe au sens de l'article L. 1233-4 du code du travail. Si le requérant soutient que des salariés de la SAS CCN France effectuent régulièrement des missions auprès " de ces sociétés ", ce qui démontrerait la permutabilité du personnel, il n'assortit pas cette branche du moyen des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en limitant le périmètre de l'obligation de reclassement aux sociétés du groupe OMV System France, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion aurait commis une erreur d'appréciation.

S'agissant du caractère sérieux de la recherche de possibilités de reclassement :

20. Pour apprécier si l'employeur a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l'autorité administrative doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié protégé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment de ce que les recherches de reclassement ont débouché sur des propositions précises de reclassement, de la nature et du nombre de ces propositions, ainsi que des motifs de refus éventuels avancés par le salarié. Pour ce faire, elle doit apprécier les possibilités de reclassement du salarié à compter du moment où le licenciement est envisagé et jusqu'à la date à laquelle elle statue sur la demande de l'employeur. Satisfait à son obligation de recherche de reclassement l'employeur qui justifie de l'absence de postes de reclassement disponibles, l'empêchant d'adresser aux salariés une ou des offres de reclassement.

21. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le licenciement du requérant ait été envisagé avant le 31 août 2020, date de convocation du comité social et économique à la réunion extraordinaire au cours de laquelle a été examiné le projet de licenciement collectif et d'établissement de la note économique adressée à cette occasion aux membres du comité. Dès lors, il appartenait à la ministre de vérifier le respect par la SAS CCN France de son obligation de reclassement durant la période comprise entre le 31 août 2020 et le 2 août 2021, date de sa décision.

22. En deuxième lieu, M. B fait valoir que plusieurs postes disponibles au sein de la SAS CCN France durant la période indiquée au point précédent ne lui auraient pas été proposés. S'agissant du poste de " responsable commercial et marketing ", un salarié a certes été recruté pour cet emploi le 7 septembre 2020. Toutefois, une promesse d'embauche avait été signée le 4 août 2020 avec l'intéressé. De même, si une salariée a été recrutée le 12 octobre 2020 sur le poste de " responsable supply chain ", une promesse d'embauche avait également été signée avec cette dernière le 3 juillet 2020. Dès lors, ces deux postes ne pouvaient plus être regardés comme étant disponibles à la date où le licenciement a été envisagé. La circonstance que le requérant avait les qualifications requises pour occuper l'un ou l'autre de ces postes est dès lors sans incidence. Enfin, M. B ne conteste pas que le poste de " responsable technique ", dont il dit qu'il devait bientôt se libérer, n'était pas disponible. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la SAS CCN France aurait manqué à son obligation de reclassement au sein de la société.

23. En troisième lieu, M. B fait valoir que la SAS CCN France n'a pas procédé à une recherche sérieuse de solutions de reclassement au sein du groupe, alors que plusieurs postes disponibles pouvaient lui être proposés. S'il est vrai que la SAS CCN France ne produit aucune pièce justifiant de ses démarches auprès des autres sociétés du groupe, il ressort cependant des pièces du dossier que la société CCN Immobilier n'employait aucun salarié, que la société OMV System France est une société holding, que la société OMV Medical Care, à supposer que son activité de fabrication de produits paramédicaux permette une permutation du personnel, n'avait pour sa part que deux salariés et que la société Rennard comprenait quant à elle quatorze salariés. En outre, la directrice des ressources humaines exerçait ses fonctions au niveau du groupe. Ainsi, compte tenu à la fois de la taille extrêmement réduite du groupe et de la présence d'une direction des ressources humaines commune, l'absence de formalisation des recherches de solutions de reclassement ne permet pas d'estimer que la SAS CCN France n'a pas procédé à une recherche réelle et sérieuse.

24. Par ailleurs, le requérant ne soutient pas que des postes étaient disponibles au sein de la société OMV System France. Il relève qu'une salariée a été recrutée par la société OMV Medical Care le 2 septembre 2020, mais une promesse d'embauche avait été signée avec cette dernière le 27 août 2020. Ce poste n'était dès lors plus disponible. Concernant enfin la société Rennard, il ressort des pièces du dossier que deux ouvriers ont été recrutés les 1er et 5 octobre 2020, l'un en contrat d'apprentissage dans le cadre d'un BTS " maintenance des systèmes de production ", l'autre en contrat à durée déterminée en qualité de " régleur multibroches ". M. B soutient que, bien que ces deux postes relèvent d'une catégorie inférieure à la sienne et nécessitent des compétences techniques, il avait les qualifications requises pour pouvoir les occuper. Cependant, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, alors qu'il se borne à verser à l'instance un contrat de travail en qualité de " directeur des usines et des opérations " et un avenant à ce contrat pour une évolution sur le poste de " responsable qualité " qu'il occupait en dernier lieu. Il ressort par ailleurs de ses propres écritures que le BTS en microtechniques dont il se prévaut était assorti de l'option " économie et gestion d'entreprise ". De même, la description qu'il fournit de son parcours au sein de l'entreprise ne fait aucunement ressortir l'acquisition de compétences techniques dans les domaines concernés par les deux postes en cause. Dès lors, il n'est pas établi que M. B avait les qualifications requises pour occuper l'un ou l'autre de ces postes, ce que la SAS CCN France conteste, étant rappelé à cet égard que l'employeur n'est pas tenu dans le cadre de son obligation de reclassement de former le salarié à de nouvelles fonctions.

25. En troisième lieu, comme il a été dit au point 16, il n'appartenait pas à la ministre de vérifier le respect par la SAS CCN France de son obligation de reclassement externe. Dès lors, M. B ne peut utilement faire valoir que la société n'aurait pas recherché des solutions de reclassement en dehors du groupe, comme le lui imposait selon lui l'accord du 8 novembre 2019 relatif à l'emploi, à l'apprentissage et à la formation professionnelle dans la métallurgie, étendu par arrêté du 15 juin 2020.

26. Il résulte de ce qui précède que la ministre a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la SAS CCN France avait satisfait à son obligation de reclassement, sans que le requérant ne puisse utilement faire valoir, en l'absence de poste de reclassement disponible, qu'il n'a été destinataire d'aucune offre écrite et précise en violation du dernier alinéa de l'article L. 1233-4 du code du travail.

En ce qui concerne le lien avec les fonctions représentatives du salarié :

27. Pour justifier de l'existence d'un lien entre la procédure de licenciement le concernant et ses fonctions représentatives, M. B fait valoir, d'une part, la concomitance de sanctions disciplinaires prononcées à son encontre avec son élection au comité social et économique, d'autre part, un comportement discriminatoire de l'employeur à son égard.

28. S'agissant des sanctions disciplinaires, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'un avertissement le 30 septembre 2019, soit deux jours après son élection au comité social et économique, puis d'un nouvel avertissement le 20 décembre 2019. Toutefois, s'agissant du premier avertissement, les faits reprochés dataient du 5 septembre 2019 et ont été portés à la connaissance de la société le 13 septembre. De plus, pour les deux sanctions les pièces versées au dossier ne permettent pas d'affirmer qu'elles étaient manifestement injustifiées, comme le soutient le requérant. En tout état de cause, M. B bénéficiait du statut de salarié protégé depuis environ deux ans et ne démontre pas avoir fait l'objet de précédentes procédures disciplinaires.

29. S'agissant du comportement discriminatoire de l'employeur, le requérant reproche à la SAS CCN France, en premier lieu, d'avoir exigé que les bons de délégation du mois de septembre 2020 soient signés par son supérieur hiérarchique alors même que celui-ci n'était pas toujours présent dans l'entreprise. Toutefois, cette demande apparaît conforme à la note du 19 juin 2020 en vigueur dans l'entreprise et dont le requérant ne conteste pas avoir eu connaissance. De plus, les heures de délégation qui n'avaient pas été préalablement approuvées par le supérieur hiérarchique ont été payées le mois suivant, en octobre 2020. M. B fait grief à son employeur, en deuxième lieu, de l'avoir tenu à l'écart de l'entreprise dans la mesure où il a été placé en chômage partiel à 100 % pendant la durée du premier confinement, puis durant la période qui a suivi et jusqu'à son licenciement le 23 novembre 2020, alors que son équipe avait repris le travail en présentiel en mai 2020. Toutefois, outre qu'il ressort des pièces du dossier que durant cette période, d'autres salariés ont été maintenus en chômage partiel, il est constant que le requérant a été en mesure d'exercer ses mandats et, notamment, de participer aux réunions du comité social et économique. Ainsi les éléments versés au dossier ne permettent pas d'établir que le requérant aurait fait l'objet à cet égard d'un traitement différencié. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il lui a été demandé de renoncer au maintien de son salaire intégral durant la période de chômage partiel en violation des dispositions conventionnelles applicables à la branche d'activité qui prévoient le versement par l'employeur d'une allocation complémentaire de 30 %. Mais il n'est pas contesté que cette demande a été adressée à l'ensemble des cadres de l'entreprise et si certains d'entre eux ont refusé, le requérant avait lui-même accepté avant de se rétracter. De même, en quatrième lieu, n'est pas révélateur d'un traitement différencié le refus de verser au requérant une prime de 13ème mois dès lors que l'accord d'entreprise du 15 avril 2011 n'est applicable qu'aux salariés payés selon un taux horaire et non au forfait, comme le requérant, et qu'en tout état de cause, il n'est pas démontré que d'autres cadres rémunérés au forfait auraient bénéficié d'une telle prime. Le requérant se plaint, en cinquième lieu, d'une absence d'augmentation de salaire depuis son élection au comité social et économique, mais il ressort des pièces du dossier qu'il bénéficiait, en 2019, de la rémunération la plus élevée de l'entreprise, avec les avantages en nature les plus importants. Il fait état encore, en sixième lieu, d'une baisse de ses attributions, étant passé d'un poste de directeur d'usine à celui de " responsable qualité ". Cependant, il est devenu " responsable qualité " à la suite de la signature d'un avenant à son contrat de travail le 25 février 2019, alors qu'il était représentant de section syndicale depuis le 23 février 2017, soit deux ans, et qu'il n'a été élu membre du comité social et économique que postérieurement, le 27 septembre 2019. Dans ces circonstances et à défaut d'éléments supplémentaires, l'existence d'un lien entre l'évolution de ses attributions et ses fonctions représentatives n'est pas établie. M. B mentionne, en septième lieu, l'absence d'entretien professionnel en 2019, mais il ne conteste pas que sur les treize cadres de l'entreprise, trois seulement ont bénéficié d'un tel entretien, ce qui ne permet pas dès lors, en soi, de constater l'existence d'une discrimination. Le requérant fait valoir, enfin, qu'il aurait signalé de nombreux manquements de l'employeur au droit du travail durant les quatorze mois précédant son licenciement, sans l'établir ni assortir cette allégation d'éléments précis et circonstanciés, et qu'il lui aurait été demandé d'accomplir, les 27, 28 et 29 juillet 2020, des tâches subalternes de nettoyage d'une machine, alors que la SAS CCN France conteste avoir donné de telles instructions et prétend que l'intéressé s'était porté volontaire, sans que les pièces du dossier ne permettent de déterminer laquelle de ses deux versions correspond à la réalité. Ainsi, les différentes circonstances invoquées par M. B ne sont pas de nature, ni prises isolément ni envisagées dans leur globalité, à établir l'existence d'un lien entre le licenciement de l'intéressé et ses fonctions représentatives.

En ce qui concerne la réserve tirée de l'intérêt général :

30. M. B soutient que son licenciement aurait pour effet de porter préjudice à la représentation dans l'entreprise du syndicat auquel il appartient et au bon fonctionnement du comité social et économique, étant le seul salarié élu ayant suivi une formation sur le fonctionnement de cette institution. Toutefois, il est constant qu'une représentation syndicale subsiste dans l'entreprise. La circonstance que le licenciement du salarié aurait pour conséquence l'absence de représentation au sein de l'entreprise du syndicat auquel il appartient, ne constitue pas, par elle-même, un motif d'intérêt général justifiant un refus d'autorisation. Il n'est pas démontré que le licenciement du requérant serait de nature à entraver le bon fonctionnement des instances représentatives du personnel, en particulier du comité social et économique. Par suite, en s'abstenant de refuser l'autorisation de licenciement pour des motifs tirés de l'intérêt général, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

31. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail du 18 novembre 2020, ni celle de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 2 août 2021.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la SAS CCN France, qui ne sont pas les parties perdantes, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'allouer à la SAS CCN France une somme au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SAS CCN France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la SAS CCN France, à la SELARL AJ Meynet et associés, à la SELARL MJ Alpes et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bourion, première conseillère,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le Président-rapporteur,

V. L'HÔTEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Mme BOURION

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106547

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