lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2106563 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | REINHART MARVILLE TORRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er octobre 2021, la société Mc Donald's France, représentée par Me Thouny, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel l'adjoint à l'aménagement durable et à l'habitat de la commune nouvelle d'Annecy a refusé le permis de construire sollicité, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux introduit le 7 juin 2021 ;
2°) d'enjoindre à la commune nouvelle d'Annecy de lui délivrer le permis de construire ;
3°) de mettre à la charge de la commune nouvelle d'Annecy une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- le refus ne pouvait être fondé sur le fait que la sortie de secours vers le 4 rue du Lac ne pouvait être comptabilisée du fait qu'elle emprunte un cheminement situé sur la propriété d'un tiers ; la commune a considéré que " l'évacuation du public et du personnel par les accès en façade est insuffisante ", sans pour autant motiver davantage, si bien que la société n'est pas en mesure de déterminer quelles sont les circonstances de fait qui ont amené la commune à une telle considération ;
- s'agissant du dispositif A en toiture, le projet n'a pas pour objet d'aggraver la situation antérieure, et remédie au contraire au caractère disgracieux des ouvrages techniques existants ; l'article Ua 4-1.1 n'impose nullement que les ouvrages techniques soient à distance de la façade ;
- le motif tiré de la violation de l'article Ua 4-1-1 du PLU est illégal car la circonstance qu'Enedis a précisé que le projet nécessiterait de créer un poste de transformation électrique ne permet pas à la commune de considérer que ce dernier ne sera pas créé dans le volume bâti ; le code de l'urbanisme ne prévoit pas que le dossier de demande de permis de construire précise l'emplacement de cet ouvrage dès lors qu'il n'est pas visible de l'extérieur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, la commune nouvelle d'Annecy, représentée par Me Poncin conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la requérante à lui verser une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barriol,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Noël, représentant la requérante et de Me Vincent, représentant la commune nouvelle d'Annecy.
Considérant ce qui suit :
1. Le 24 juillet 2020, la société Mc Donald's France a déposé une demande de permis de construire valant autorisation d'aménager un établissement recevant du public afin d'aménager un restaurant Mc Donald's, dans un immeuble situé 4 quai Eustache Chappuis sur la commune nouvelle d'Annecy. L'adjoint à l'aménagement durable et à l'habitat de la commune nouvelle d'Annecy a, par un arrêté du 8 avril 2021, refusé le permis de construire sollicité. Par un courrier du 1er juin 2021 réceptionné le 7 juin 2021, la société Mc Donald's France a introduit un recours gracieux auprès du maire d'Annecy. Par la présente requête, la société demande l'annulation de cet arrêté ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la signataire de l'acte contesté :
2. L'arrêté litigieux du 8 avril 2021 a été signé par Mme B C, adjointe au maire délégué à l'aménagement durable et à l'habitat, qui disposait d'une délégation du 30 juillet 2020, qui a été transmise en préfecture le même jour et régulièrement affichée le 31 juillet 2020. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la motivation :
3. En vertu des dispositions tant de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme que de l'article R. 424-5 du même code, la décision par laquelle une demande de permis de construire est rejetée doit être motivée. L'article A. 424-4 de ce code prévoit que l'arrêté qui refuse un permis de construire précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision.
4. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité, l'adjoint au maire de la commune nouvelle d'Annecy mentionne au visa de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme que l'issue de secours déclarée à l'arrière du bâtiment débouchant sur des parties communes et coursives du bâtiment voisin, 4 rue du lac, ne peut être comptabilisée comme telle et que l'évacuation du public et du personnel par les accès en façade est insuffisante pour en déduire que le projet porte atteinte à la sécurité publique. Il relève également, d'une part, que le dispositif A en toiture est trop proche de la façade voisine en méconnaissance de l'article Ua 4-1.1 du règlement du plan local d'urbanisme et que ce dispositif technique aggrave la situation antérieure et, d'autre part, que le projet n'intègre pas de poste de transformation électrique dans le volume bâti. Cet arrêté, qui contient les circonstances de droit et de fait qui le motivent, est dès lors suffisamment motivé.
En ce qui concerne le détournement de pouvoir :
5. La société pétitionnaire soutient que l'arrêté contesté est entaché de détournement de pouvoir au regard des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme au motif qu'il fait suite à un précédent refus de permis de construire fondé sur des motifs différents.
6. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, introduites par l'article 108 de la loi du 6 août 2015, visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaître tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Il ressort des travaux parlementaires de la loi du 6 août 2015 qu'elles ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable, et compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 du même code conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision de refus ou d'opposition.
7. Toutefois l'article L. 424-3 ayant pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre des seuls projets jugés conformes aux règles d'urbanisme, ses dispositions ne font pas obstacle à ce que l'administration, qui aurait d'ailleurs la possibilité de solliciter une substitution de motifs en cas de recours juridictionnel, oppose des motifs nouveaux à une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur un projet modifié à la suite d'un précédent refus non censuré par le juge, sous réserve que ces motifs nouveaux ne révèlent pas des manœuvres dilatoires de nature à entacher la décision de détournement de pouvoir. Par suite, si un refus de permis de construite a été précédemment opposé à la société Mc Donald's France sur le terrain d'assiette du projet, le maire de la commune nouvelle d'Annecy pouvait légalement fonder la décision attaquée sur de nouveaux motifs qui n'avaient pas été alors portés à la connaissance de la société requérante compte tenu de la modification du projet et tirés de la non-conformité du projet à la réglementation applicable. Dans ces conditions, et alors qu'aucune manœuvre dilatoire n'est établie, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.
En ce qui concerne les motifs de refus :
S'agissant des issues de secours :
8. En premier lieu, il ressort du plan du rez-de-chaussée (PC 39b) que le projet prévoit une issue de secours à l'arrière du bâtiment débouchant rue du Lac et deux issues sur la façade principale. Or, il ressort du procès-verbal de la sous-commission départementale des établissements recevant du public - service d'incendie et de secours - du 8 décembre 2020, qui a donné un avis défavorable, que la copropriété située 4 rue du Lac n'autorise pas le cheminement par cette issue et qu'elle ne peut donc être comptabilisée comme issue de secours. Elle a également relevé que la sortie de secours à 3 unités de passage (UP) ouvre réellement sur une largeur de 2 UP étant donné le positionnement du mobilier et que la répartition ne s'avère pas judicieuse (sur une même façade). Elle en a conclu que les deux sorties de secours prévues en façade étaient insuffisantes pour l'évacuation du public et du personnel soit 218 personnes. Dès lors, le maire qui ne s'est pas fondé sur l'absence de servitude mais sur l'existence d'un risque en raison de l'insuffisance des issues de secours était fondé à retenir ce motif pour refuser le permis de construire et ne pouvait se borner à délivrer le permis de construire en l'assortissant d'une prescription.
9. En second lieu, le maire au visa de l'avis défavorable de la sous-commission a indiqué que l'issue de secours à l'arrière du bâtiment ne pouvait être prise en compte et que l'évacuation du public et du personnel par les accès en façade est insuffisante. Contrairement à ce que soutient la société, cette motivation est suffisamment précise pour permettre à la société de connaitre les circonstances de fait ayant conduit à ce motif de refus.
S'agissant du dispositif de climatisation dit A en toiture :
10. L'article Ua 4-1.1 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que " Des ouvrages indispensables au fonctionnement du bâtiment (gaine d'ascenseur, VMC, climatisation, ) peuvent être réalisés en toiture à condition qu'ils soient de faible hauteur, constituent des volumes fermés, et soient intégrés à la conception architecturale d'ensemble. Ces volumes devront se tenir en retrait de 2 mètres minimum du nu de façade du dernier étage ".
11. Aux termes du dernier alinéa de l'article Ua 1-3 de ce même règlement : " Sont autorisés les travaux exécutés sur une construction existante non conforme aux règles édictées par le PLU, dès lors qu'ils n'ont pas pour objet d'aggraver sa non-conformité avec lesdites règles ou qu'ils sont sans effet à leur égard ".
12. La circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan local d'urbanisme ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.
13. Il ressort du plan de toiture état des lieux (PC05a) et est admis par la pétitionnaire que le dispositif de climatisation actuel est à moins de 2 mètres du nu de la façade du dernier étage et n'est pas intégré à la conception architecturale d'ensemble du bâtiment dès lors qu'il est composé de plusieurs volumes juxtaposés de différentes hauteurs. Or, si le dispositif dit A du projet prévu en toiture est moins disgracieux dès lors qu'il est composé d'un seul volume fermé, sa hauteur sera dorénavant de 2,86 mètres au lieu de 2,30 mètres et sa largeur augmente de 2,40 mètres à 3,89 mètres. Par conséquent, le projet aggravera la méconnaissance des dispositions de l'article Ua 4-1.1 du plan local d'urbanisme et ce quel que soit la proximité de l'ouvrage avec le bâtiment voisin.
S'agissant du poste de transformation électrique :
14. L'article 4-1.1 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que " Les postes de transformation électrique doivent être totalement intégrés aux volumes des bâtiments, aucun volume en excroissance n'est admis ".
15. Il ressort de l'avis d'Enedis du 13 août 2020 au cours de l'instruction de la demande de permis de construire que le projet nécessite la création d'un poste de distribution publique et que le maître d'ouvrage devra se rapprocher d'Enedis afin de définir l'emplacement du poste de transformation. Si le maire a indiqué que le projet n'intègre pas de poste de transformation électrique dans le volume bâti, cette seule circonstance n'est pas de nature à justifier l'arrêté portant refus de permis de construire, mais permet seulement d'assortir l'arrêté d'une prescription. Par suite, la société Mc Donald's France est fondée à soutenir que c'est à tort que le maire de la commune nouvelle d'Annecy s'est fondé sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article 4-1.1 du règlement du plan local d'urbanisme s'agissant du poste de transformation électrique pour s'opposer au permis de construire litigieux.
16. Il résulte toutefois de l'instruction que le maire aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur les motifs tirés de ce que l'opération projetée méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et les dispositions de l'article Ua 4-1.1 du règlement du plan local d'urbanisme s'agissant du système de climatisation en toiture.
17. Il résulte de ce qui précède que la société Mc Donald's France n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Mc Donald's France, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de la commune nouvelle d'Annecy de lui délivrer le permis de construire ne peuvent être accueillies.
Sur les frais d'instance :
19. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Mc Donald's France doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune nouvelle d'Annecy au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la société Mc Donald's France est rejetée.
Article 2 :Les conclusions de la commune nouvelle d'Annecy sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à la société Mc Donald's France et à la commune nouvelle d'Annecy.
Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
M. SauveplaneLa greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026