jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2106617 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET G. MOLLION |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n°2106617 les 5 octobre 2021 et 10 juillet 2023, Mme B C, représentée par Me Mollion doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions des 5 et 16 juillet 2021 par lesquelles le recteur de l'académie de Grenoble a refusé de la maintenir dans un établissement d'enseignement privé sous contrat, ensemble la décision du 23 août 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 portant affectation en qualité de professeur agrégé de classe normale stagiaire au sein du Lycée polyvalent André Argouges à Grenoble ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de la maintenir dans l'établissement d'enseignement privé dans lequel elle exerce en qualité de professeur agrégé ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les décisions attaquées :
- ne sont pas motivées ;
- méconnaissent les dispositions de l'article R. 914-23 du code de l'éducation ;
- sont entachées d'erreur de droit, le ministre ne pouvant créer une nouvelle catégorie de concours en plus des concours externe, interne et 3ème concours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le recteur de l'académie de Grenoble, conclut à l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 16 juillet 2021 et au rejet de la requête.
Il soutient que :
- son mémoire en défense porte sur la seule décision du 16 juillet 2021 ;
- l'information donnée le 16 juillet 2021 à Mme C via la plateforme SIAL ne constitue par une décision lui faisant grief, la décision portant affectation au lycée Argouges de Grenoble résultant de l'arrêté du 13 juillet 2021 ;
- l'arrêté du 13 juillet 2021 est motivé en droit et en fait ;
- Mme C ne peut soulever une méconnaissance des dispositions de la loi du 26 janvier 1984 applicable aux seuls fonctionnaires territoriaux ;
- l'affectation de la requérante en lycée public est conforme aux dispositions de l'article R. 914-3 du code de l'éducation, le 2ème paragraphe de cet article étant applicable aux seuls lauréats du concours externe et non aux lauréats du concours externe spécial ;
- la note de service du 16 avril 2021 précise que les lauréats du seul concours externe de l'agrégation (hors agrégation externe spéciale) peuvent demander leur maintien dans l'enseignement privé ;
- conformément à la procédure d'affectation en vigueur, Mme C a été affectée au 1er septembre 2021 dans le lycée André Argouges correspondant à son 3ème vœu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, le ministre de l'éducation nationale, conclut au rejet de la requête.
Le ministre soutient que :
- les décisions du 5 juillet 2021 et du 23 août 2021 sont suffisamment motivées ;
- la possibilité offerte au lauréat de concours de l'agrégation de demander leur maintien dans une établissement d'enseignement privé sous contrat d'association n'est ouvert qu'aux seuls lauréats du concours externe conformément aux dispositions de l'article R. 914-23 du code de l'éducation ;
- le ministre n'a pas créé une nouvelle catégorie de concours, les dispositions de l'article R. 914-23 du code de l'éducation et la note de service du 16 avril 2021 détaillent les modalités d'affectation distincte selon les concours.
II- Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n°2108650 les 22 décembre 2021 et 13 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Mollion demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Grenoble l'a radiée du corps des professeurs agrégés ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de la réintégrer au sein du corps des professeurs agrégés et de régulariser sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté manque en fait, elle a justifié des motifs pour lesquels elle refusait sa nouvelle affectation, elle a continué à exercer ses fonctions dans son établissement d'origine et n'a ainsi pas abandonné son poste ;
- l'arrêté est dépourvu de base légale en raison de l'illégalité des décisions ayant refusé son maintien dans un établissement d'enseignement privé ;
- l'annulation de l'arrêté implique son maintien dans le corps des professeurs agrégés et la régularisation de sa situation par sa réintégration.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 septembre et 22 novembre 2022, le recteur de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la radiation de Mme C résulte de la rupture du lien avec le service, l'intéressée ayant refusé de prendre ses fonctions en qualité de professeur stagiaire agrégé au lycée public Argouges ;
- elle ne peut exciper de l'illégalité du refus de son maintien dans le privé, la possibilité pour les lauréats de concours d'opter pour un maintien dans un établissement d'enseignement privé étant ouvert aux lauréats du concours externe à l'exclusion des lauréats du concours externe spécial.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°2013-660 du 22 juillet 2013 relative à l'enseignement supérieur et à la recherche ;
- le décret n°72-580 du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés de l'enseignement du second degré ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- les conclusions de M. Villard, rapporteur public,
- les observations de Me Punzano, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, maître contractuel dans un collège privé sous contrat d'association, a été reçue au concours externe spécial d'agrégation en physique chimie le 28 juin 2021. Par courriel du 2 juillet 2021, faisant suite à un courrier du 11 mai 2021 ayant le même objet, Mme C a demandé au rectorat son maintien dans l'enseignement privé sous contrat dans l'académie de Grenoble. Par courriel du 5 juillet 2021, les services du rectorat de l'académie de Grenoble ont indiqué à l'intéressée que le maintien dans l'enseignement privé n'était pas possible pour les lauréats du concours externe spécial. Par arrêté du 13 juillet 2021, le recteur de l'académie de Grenoble a affecté l'intéressée en qualité de professeur agrégé de classe normale stagiaire au sein du lycée professionnel André Argouges à compter du 1er septembre 2021. Par courrier du 16 juillet 2021 envoyé via une plateforme dématérialisée, le recteur de l'académie de Grenoble a informé Mme C de sa nouvelle affectation. Par courrier du 23 juillet 2021 Mme C a présenté un recours gracieux contre les décisions des 5 et 16 juillet 2021 qui a été rejeté par courrier du ministre de l'éducation nationale du 23 août 2021. Par la présente requête Mme C qui conteste avoir reçu notification de l'arrêté du 13 juillet 2021 doit être regardée comme contestant l'ensemble ces trois décisions.
2. Les requêtes n° 2106617 et n°2108650 concernent la même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense dans l'instance n°2106617 :
3. Si le ministre de l'éducation nationale soutient que son courrier du 16 juillet 2016 par lequel il informe Mme C de sa nouvelle affectation ne lui fait pas grief et que seul son arrêté portant affectation du 13 juillet est susceptible de recours, il n'apporte pas la preuve de la notification de ce dernier. Dès lors, le courrier du 16 juillet 2016 qui doit être regardé comme révélant la décision prise par le recteur de l'affecter par arrêté du 13 juillet 2021, fait grief à Mme C et cette décision est donc susceptible de recours contentieux. Par suite la fin de non-recevoir soulevée en défense ne peut être accueillie.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la requête n°2106617 :
4. D'une part, aux termes des dispositions de l'article R. 914-23 du code de l'éducation : " Les maîtres contractuels ou agréés qui remplissent les conditions de titres et de diplômes exigés dans l'enseignement public peuvent se présenter aux concours externes de l'enseignement public du second degré. / Les intéressés, lauréats du concours externe de l'agrégation, peuvent, s'ils en font la demande dans un délai fixé par arrêté du ministre chargé de l'éducation, être nommés dans un établissement sous contrat d'association. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 5-1 du décret du 4 juillet 1972 précité : " Les épreuves de l'agrégation comprennent : 1° Les épreuves d'un concours externe, d'un concours externe spécial ou d'un concours interne (). Aux termes de l'article 5-2 du même décret : " () Le nombre des places offertes au concours externe spécial ne peut être supérieur à 15 % du nombre total des places mises aux deux concours externes () ". Aux termes de l'article 5-3 du même décret : " Peuvent se présenter au concours externe les candidats justifiant de la détention d'un master ou d'un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l'éducation. / Peuvent se présenter au concours externe spécial, les candidats justifiant de la détention d'un doctorat. (). Enfin aux termes de l'article 6 de ce même décret : " Les candidats qui ont été admis aux concours externe ou interne sont nommés professeurs agrégés stagiaires à la rentrée scolaire de l'année au titre de laquelle est organisé le recrutement et classés, dès leur nomination () ".
6. Il ressort ainsi de la lecture combinée des articles précitées du décret du 4 juillet 1972 que les termes " concours externe " sont utilisés pour désigner de façon générique le concours externe et le concours externe spécial, sauf dans les hypothèses où ces deux types de concours externes font l'objet de dispositions différentes au sein d'un même article. Les défendeurs soutiennent que les lauréats du concours externe spécial sont exclus des dispositions précitées puisque le pouvoir réglementaire a été habilité, en application de l'article 78 de la loi du 22 juillet 2013 précitée, à adapter les règles relatives aux concours afin de favoriser les titulaires de doctorat. Toutefois, les termes " Les intéressés, lauréats du concours externe de l'agrégation, peuvent, s'ils en font la demande dans un délai fixé par arrêté du ministre chargé de l'éducation, être nommés dans un établissement sous contrat d'association. " sont restés inchangés depuis la création de l'article R. 914-23 du code de l'éducation par le décret n°2008-1429 du 19 décembre 2008. Dès lors le ministre et le recteur ne sauraient sérieusement soutenir que les termes inchangés de l'article R. 914-23 du code de l'éducation devraient être interprétés en tenant compte de la création postérieure de la notion de concours externe spécial. Ainsi contrairement aux allégations des défendeurs, rien ne permet dans les termes des dispositions de l'article R. 914-23 du code de l'éducation de déduire que les termes " lauréats du concours externe " s'apprécieraient de façon stricte excluant les lauréats du concours externe spécial. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant à Mme C la possibilité de se maintenir dans un établissement d'enseignement privé sous contrat d'association, le recteur de l'académie de Grenoble et le ministre de l'éducation nationale ont méconnu les dispositions précitées de l'article R. 914-23 du code de l'éducation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.
En ce qui concerne la requête n°2106617 :
8. D'une part, il résulte de ce qui précède que la décision portant affectation de Mme C étant annulée par le présent jugement, le ministre ne pouvait prononcer la radiation de Mme C du corps des professeurs agrégés de l'enseignement de second degré au motif de l'abandon de l'intéressée de son poste au sein du lycée André Argouges.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel le ministre en charge de l'éducation nationale l'a radiée du corps des professeurs agrégés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. D'une part, il résulte des dispositions de l'article R. 914-23 du code de l'éducation que si Mme C peut demander à être nommée dans un établissement privé sous contrat, l'annulation prononcée, si elle n'exclut pas sa nomination dans son établissement actuel, ne l'exige pas non plus. L'exécution du présent jugement implique par conséquent que conformément à sa demande, Mme C soit nommée dans un établissement privé sous contrat d'association au sein de l'académie de Grenoble.
11. D'autre part Mme C ayant été affectée en qualité de professeur agrégé de classe normale stagiaire au lycée professionnel André Argouges par arrêté du 13 juillet 2021 à compter du 1er septembre 2021, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que sa carrière soit reconstituée dans le corps des professeurs agrégés de l'enseignement de second degré, à compter de la prise d'effet de l'arrêté illégal du 21 octobre 2021.
12. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens au ministre de l'éducation nationale et de lui impartir un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 5 juillet 2021, l'arrêté du 13 juillet 2021 et la décision du 16 juillet 2021 sont annulées.
Article 2 : L'arrêté du 21 octobre 2021 portant radiation de Mme C du corps des professeurs agrégés de l'enseignement de second degré est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Grenoble d'une part de nommer Mme C dans un établissement privé sous contrat d'association au sein de l'académie de Grenoble et d'autre part de réintégrer Mme C dans le corps des professeurs agrégés de l'enseignement de second degré, en qualité de stagiaire, et de reconstituer sa carrière à compter de la prise d'effet de l'arrêté illégal du 21 octobre 2021, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au recteur de l'académie de Grenoble et au ministre de l'éducation nationale.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient
M. Wyss, président,
M. Doulat, premier conseiller,
M. Callot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
F. DOULAT
Le président,
J-P. WYSS
La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2108650
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026