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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106743

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106743

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2021, M. B C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 11 août 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ensemble les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 23 juin 2016, le 19 juin 2015, le 25 mars 2016, le 5 août 2016, le 6 juillet 2018 et le 2 octobre 2020.

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire, dans le délai de deux mois, à compter de la notification du jugement à intervenir.

M. C soutient que :

- les décisions de retrait de points relatives aux infractions constatées le 23 juin 2016, le 19 juin 2015, le 25 mars 2016, le 5 août 2016, le 6 juillet 2018 et le 2 octobre 2020, ne lui ont pas été notifiées.

- il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route concernant ces décisions de retrait de points préalables à la décision " 48SI " ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre " 48SI " du 11 août 2021, le ministre de l'intérieur a informé M. C de l'invalidation de son permis de conduire à la suite d'un solde de points nul. Dans la présente instance, le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 23 juin 2016, le 19 juin 2015, le 25 mars 2016, le 5 août 2016, le 6 juillet 2018 et le 2 octobre 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information intégral afférent à la situation de M. C, édité le 11 février 2022, que les points retirés sur le permis de conduire de l'intéressé à la suite des infractions constatées le 23 juin 2013 et le 5 août 2016 ont été restitués respectivement le 26 décembre 2013 et le 1er mars 2019, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions de retrait de points sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions de retrait de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. En conséquence M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention des décisions contestées.

En ce qui concerne la délivrance de l'information préalable :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code ; qu'il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

S'agissant de l'infraction commise le 19 juin 2015 :

6. Il résulte du relevé d'information intégral de M. C que l'amende forfaitaire relative à l'infraction susmentionnée commise à La Motte Servolex, constatée par procès-verbal électronique, a donné lieu au paiement par M. C de l'amende forfaitaire ainsi que le prouvent les mentions " par tribunal d'instance ou de police de Chambéry ". Il découle de cette seule constatation que l'intéressé a nécessairement reçu l'avis de contravention pour cette infraction. Il suit de là, que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, dès lors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qu'ils lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets.

S'agissant de l'infraction commise le 25 mars 2016 :

7. Il résulte de l'instruction que l'infraction susmentionnée, constituée par une conduite en état d'alcoolémie a fait l'objet d'une composition pénale comme en atteste la mention " 7C ". En application des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité de l'infraction est établie. Cependant, l'existence de cette composition pénale ne dispense pas l'administration de procéder à l'information préalable du contrevenant en application des dispositions précitées de l'article L. 223-3. En l'espèce, le ministre de l'intérieur produit un procès-verbal d'audition de M. C établi le 30 mars 2016 par les services de gendarmerie, dans lequel il est fait mention que l'intéressé a reçu le document relatif au retrait de points. Par suite, le moyen tiré du défaut d'informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 6 juillet 2018 :

8. Il résulte de la mention " 72 " portée sur le relevé d'information de l'intéressé, que la réalité de l'infraction commise le 6 juillet 2018 à Epagny Mets Tessy, pour conduite sous l'emprise d'un état alcoolique supérieur à 0,40 mg/l d'air expiré, ayant entraîné la suspension du permis de conduire de l'intéressé ainsi que d'un retrait de 6 points de son permis, a été établie par la condamnation prononcée par le Tribunal de Grande Instance (TGI) d'Annecy le 29 octobre 2018, devenue définitive le 23 décembre suivant, dès lors que le requérant n'établit pas ni même n'allègue avoir contesté ce jugement. Dans ces conditions, le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information ne saurait être invoqué à l'encontre de la décision de retrait de points consécutive à cette infraction.

S'agissant de l'infraction commise le 2 octobre 2020 :

9. Il résulte du relevé d'information que l'infraction du 2 octobre 2020 commise à St Martin du Mont, qui avait donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire correspondant à l'amende forfaitaire majorée, a été constatée par le biais d'un radar automatique, ainsi que l'établit la mention " par tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA ". Le ministre a versé au dossier l'attestation de paiement établie par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé de la direction générale des finances publiques en date du 1er juillet 2021, établissant que M. C a payé l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction. Ainsi, en l'absence de tout autre élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute la réalité du paiement, ce document dont les mentions sont suffisamment précises, permettent d'établir que le requérant s'est acquitté de l'amende forfaitaire majorée afférente à cette infraction. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressée justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

11. D'une part, il résulte du relevé d'information de M. C, extrait du système national du permis de conduire, que l'infraction commise le 19 juin 2015 qui a donné lieu comme énoncé au point 6 à une amende forfaitaire, a été payée et est devenue définitive le 24 juillet 2015. En outre, il résulte du même relevé d'information que l'infraction commise le 2 octobre 2020 qui a donné lieu comme énoncé au point 9 à une amende forfaitaire majorée, a été payée et est devenue définitive le 10 mai 2021. Par suite, en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en cause l'exactitude des mentions de ce document, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de la réalité des infractions dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

12. D'autre part, comme il a été dit au point 8, l'infraction commise le 6 juillet 2018, a fait l'objet d'une décision judiciaire portant suspension du permis de conduire prononcée par TGI d'Annecy. Par suite, M. C n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la mention relative au caractère définitif fixé à la date du 23 décembre 2018 sur son relevé d'information intégral concernant cette décision de justice. Il s'ensuit que la réalité de l'infraction dont il s'agit est établie en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

13. Enfin, la réalité de l'infraction commise le 25 mars 2016 est établie, comme énoncée au point 7, par l'exécution d'une composition pénale prononcée par le TGI d'Annecy, devenue définitive le 25 mai 2016.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2106743

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