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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106774

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106774

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL PAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 octobre 2021 et 15 février 2023, la société On Tower France et la société Free Mobile, représentées par Me Martin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2021 par lequel le maire de la commune de Grenoble s'est opposé aux travaux déclarés le 16 avril 2021 en vue de l'agrandissement de deux fausses cheminées destinées à camoufler des antennes de téléphonie mobile 5 G sur le toit d'un bâtiment situé au 38 rue Diderot à Grenoble ;

2°) d'enjoindre au maire de leur délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Grenoble une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas établie ;

- le motif de refus opposé tiré de la méconnaissance par le projet de l'article L. 34-9-1 du code des postes et communications électroniques est entaché d'erreur de droit ;

- la substitution de motif sollicitée en défense tirée de la méconnaissance de l'article 5.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable à la zone UB ne peut être accueillie.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 octobre 2022 et 2 mai 2023, la commune de Grenoble, représentée par Me Lahalle, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société On Tower France et de la société free Mobile une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

-à titre subsidiaire, il peut être substitué un autre motif à la décision tiré de la méconnaissance de l'article 5.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable en zone UB.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beytout,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de Me Leveque, représentant la commune de Grenoble.

Considérant ce qui suit :

1. La société On Tower France a déposé pour le compte de la société Free Mobile le 16 avril 2021 une déclaration préalable portant sur des travaux d'agrandissement de deux fausses cheminées destinées à camoufler des antennes de téléphonie mobile 5 G sur le toit d'un bâtiment situé au 38 rue Diderot à Grenoble. Le maire de Grenoble a fait opposition à cette déclaration préalable par un arrêté du 4 août 2021 dont la société On Tower France et la société Free Mobile demandent l'annulation dans la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. A titre principal, aux termes de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques : " () B. Toute personne souhaitant exploiter, sur le territoire d'une commune, une ou plusieurs installations radioélectriques soumises à accord ou à avis de l'Agence nationale des fréquences en informe par écrit le maire ou le président de l'intercommunalité dès la phase de recherche et lui transmet un dossier d'information un mois avant le dépôt de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable, sauf accord du maire ou du président de l'intercommunalité sur un délai plus court. () C. Le dossier d'information mentionné au premier alinéa du B du présent II comprend, à la demande du maire, une simulation de l'exposition aux champs électromagnétiques générée par l'installation. D. Le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale mettent à disposition des habitants les informations prévues aux B et C du présent II par tout moyen qu'ils jugent approprié et peuvent leur donner la possibilité de formuler des observations, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat. E. Lorsqu'il estime qu'une médiation est requise concernant une installation radioélectrique existante ou projetée, le représentant de l'État dans le département réunit une instance de concertation, le cas échéant à la demande du maire ou du président de l'établissement public de coopération intercommunale. La composition et les modalités de fonctionnement de cette instance sont précisées par décret () ".

3. Les dispositions précitées de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques ne sont pas applicables à l'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme, pour lesquelles les pièces à joindre au dossier de demande sont limitativement énumérées par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme. Dès lors, la commune de Grenoble ne pouvait légalement se fonder sur ce défaut de transmission du dossier d'information, et l'impossibilité en découlant de porter une appréciation sur les risques d'exposition aux champs électromagnétiques du projet, pour s'opposer à la déclaration préalable.

4. La commune de Grenoble demande, à titre subsidiaire, que soit substitué au motif précédent un motif tiré de la méconnaissance de l'article 5.2 du règlement du plan local d'urbanisme applicable en zone UB.

5. Aux termes de cet article : " () L'implantation des antennes d'émission ou de réception, de leurs accessoires d'exploitation et de maintenance et de leurs équipements techniques doit être assurée en recherchant la meilleure intégration possible au regard de l'architecture du bâtiment et des vues depuis l'espace public. Lorsqu'ils sont implantés en partie supérieure des bâtiments, ils doivent être situées en retrait des façades ".

6. En l'espèce, si l'immeuble d'implantation des antennes fait partie d'un ensemble bâti homogène repéré dans le règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal de Grenoble Alpes Métropole sur le fondement de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, les antennes sont intégrées dans deux fausses cheminées situées en retrait des façades. Bien qu'une des deux cheminées soit visible depuis l'espace public, leur impact visuel sera limité. La demande de substitution de motif doit donc être écartée.

7. Il résulte de ce qui précède que la société On Tower France et la société Free Mobile sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen soulevé n'est pas susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition.

9. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le maire de Grenoble délivre à la société On Tower France et à la société Free Mobile un arrêté de non opposition à déclaration préalable. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Grenoble le versement d'une somme unique de 1 500 euros au titre des frais exposés dans la présente instance par la société On Tower France et la société Free Mobile et non compris dans les dépens.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la société On Tower France, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune de Grenoble au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 août 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Grenoble de délivrer un arrêté de non opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Grenoble versera à la société On Tower France et à la société Free Mobile une somme unique de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société On Tower France en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune de Grenoble.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

La rapporteure,

E. BEYTOUT

Le président,

P. THIERRY La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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