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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2106832

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2106832

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2106832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 octobre 2021 et le 28 juillet 2022, M. B D, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 19 février 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ensemble le refus opposé à son recours gracieux formé contre cette décision, ainsi que les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 3 mai 2016, le 14 mai 2016, le 28 mai 2019 et le 23 décembre 2019 ;

2°) d'ordonner la restitution des points de son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- il n'a pas bénéficié des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route pour les décisions susmentionnées ;

- il n'a jamais acquitté les amendes forfaitaires, seules des consignations ont été versées ;

- la réalité des infractions précitées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. WYSS a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre " 48SI " du 19 février 2021, le ministre de l'intérieur a informé M. D de l'invalidation de son permis de conduire à la suite d'un solde de points nul. Dans la présente instance, le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision, ensemble les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises le 3 mai 2016, le 14 mai 2016, le 28 mai 2019 et le 23 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code ; qu'il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

3. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Enfin, en vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction du 3 mai 2016 :

4. Le ministre de l'intérieur a produit le procès-verbal électronique de l'infraction commise le 3 mai 2016 à Doussard constituée par l'usage d'un téléphone en circulation et sanctionnée d'un retrait de 3 points ainsi que d'une amende. Il résulte du relevé d'information intégral afférent à la situation du requérant, édité le 14 décembre 2021 et du bordereau de situation des amendes et condamnations pécuniaires émanant de la trésorerie d'Annecy, que l'amende forfaitaire majorée afférente à cette infraction a été payée. Il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers M. D de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points intervenu à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction du 14 mai 2016 :

5. Concernant l'infraction du 14 mai 2016, ayant donné lieu à une amende forfaitaire majorée, le ministre produit le procès-verbal électronique relatif à cette infraction qui ne comporte pas la signature du requérant, ni la mention selon laquelle il a refusé de signer. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, à la suite de l'infraction commise le 3 mai 2016, également relevée par procès-verbal électronique, les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été portées à la connaissance du requérant. Dans ces conditions, l'information requise par ces dispositions ayant été portée à sa connaissance lors d'une infraction antérieure constatée selon les mêmes modalités, soit par procès-verbal électronique et suffisamment récente, l'éventuelle omission de l'information, suite à l'infraction du 14 mai 2016, n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver le requérant de la garantie instituée par la loi. Par suite, l'administration apporte suffisamment la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information.

S'agissant de l'infraction du 28 mai 2019 :

6. Il résulte du relevé d'information, que l'infraction susvisée commise à Doussard a été constatée par l'établissement d'un procès-verbal électronique et a fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre produit une copie de ce procès-verbal, signé par le requérant, qui précise la qualification de l'infraction et comporte la mention selon laquelle un retrait de points est prévu. En outre, ce procès-verbal comporte la mention de l'existence d'un traitement automatisé des points, de la possibilité pour l'intéressé d'exercer un droit d'accès et de rectification et de ce que le paiement de l'amende entraîne la reconnaissance de l'infraction. Au demeurant, M. C a nécessairement reçu l'avis de contravention de cette infraction comportant les informations prévues par le code de la route, dès lors qu'il résulte du courrier en date du 12 avril 2021 qu'il produit que le titre exécutoire a été annulé par le ministère public. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui est énoncé au point 3, le ministre doit être regardé comme s'étant acquitté de l'obligation qui lui incombe de fournir les informations prévues par le code de la route.

S'agissant de l'infraction du 23 décembre 2019 :

7. Concernant l'infraction du 23 décembre 2019, le ministre produit le procès-verbal électronique relatif à cette infraction qui ne comporte pas la signature du requérant, ni la mention selon laquelle il a refusé de signer. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, à la suite de l'infraction commise le 3 mai 2016, également relevée par procès-verbal électronique, les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été portées à la connaissance du requérant. Par suite, l'administration apporte suffisamment la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions :

8. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

S'agissant de l'infraction du 3 mai 2016 :

9. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral de M. C que l'infraction commise le 3 mai 2016, qui a donné lieu comme énoncé au point 4 à l'amende forfaitaire majorée, a été payée et est devenue définitive le 1er février 2017. Par suite, en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en cause l'exactitude des mentions de ce document, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de la réalité de l'infraction dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

S'agissant de l'infraction du 14 mai 2016 :

10. Il résulte également du relevé d'information que l'infraction constatée le 14 mai 2016 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, laquelle, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, établit la réalité de cette infraction. Dans ces conditions, et alors qu'il ne fait état d'aucun élément qui serait de nature à remettre en cause l'exactitude de ces mentions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la réalité de ces infractions n'est pas établie.

S'agissant des infractions du 28 mai 2019 et du 23 décembre 2019 :

11. Il résulte dudit relevé d'information que les infractions du 28 mai 2019 et 23 décembre 2019, ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée devenue définitive, respectivement, les 28 novembre 2019 et 28 octobre 2020. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressé a formé une réclamation auprès de l'officier du ministère public pour ces deux infractions, lequel y a fait droit ainsi qu'il ressort des courriers en date du 12 avril 2021 produits par le requérant qui mentionnent l'annulation du titre exécutoire pour chacune des infractions précitées. Par suite, les mentions figurant sur le relevé d'information intégral, relatives au caractère définitif de ces amendes forfaitaires majorée, sont erronées dès lors que la réalité de ces infractions ne pouvait pas être regardée en l'espèce comme ayant été établie par l'émission des titres exécutoires majorant les amendes forfaitaires. Il s'ensuit que M. C est fondé à soutenir que la réalité des infractions commises les 28 mai 2019 et 23 décembre 2019, n'ayant pas été établie conformément aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le retrait respectif de 3 et 4 points consécutivement à ces infractions est entaché d'illégalité.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision " 48SI " du 19 février 2021 en tant qu'elle invalide son permis de conduire ainsi que les décisions de retrait de points prises consécutivement aux infractions commises le 28 mai 2019 et le 23 décembre 2019, ensemble le refus opposé à son recours gracieux.

Sur les autres conclusions :

13. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue les points qui ont été irrégulièrement retirés du permis de M. D à la suite des infractions commises le 28 mai 2019 et le 23 décembre 2019, dans un délai de deux mois, à compter de la notification de la présente décision.

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision " 48SI " du 19 février 2021 ainsi que les décisions de retrait de points prises consécutivement aux infractions commises le 28 mai 2019 et le 23 décembre 2019, ensemble la décision de rejet opposée au recours gracieux formé par M. C, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés du permis de conduire de M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

Le président,

J-P. WYSSLa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210683

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