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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107199

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107199

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantURBAN CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 25 janvier 2023, M. A D et M. B C demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel la commune de La Tronche retiré le permis d'aménager tacite obtenu le 8 mars 2021 et a refusé de délivrer un permis d'aménager un lotissement de trois lots sur les parcelles cadastrées section AC n° 464 et n° 465, en tant qu'il ne comporte pas l'ensemble des motifs qui auraient dû fonder le refus ;

2°) d'enjoindre à la commune de La Tronche de compléter l'arrêté du 20 avril 2021 de deux motifs supplémentaires d'illégalité, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir en tant que voisins immédiats du terrain d'assiette du projet au regard de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et méconnait l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme qui fait obligation à toute décision de rejet ou d'opposition d'indiquer l'intégralité des motifs la justifiant ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il se fonde, pour instruire la demande de ré-instruction de la demande de permis d'aménager formulée par les sociétés A2C et MR 87 le 8 décembre 2020, sur le PLU de La Tronche de 2017, alors qu'il aurait dû se fonder sur le PLUI de Grenoble-Alpes métropole, entré en vigueur depuis le 7 janvier 2020 ;

- l'arrêté attaqué a omis de reconnaitre la méconnaissance des dispositions de l'article 4.4 de la zone UD4 du PLUI de Grenoble ;

- l'arrêté attaqué a omis de reconnaitre la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme compte tenu des risques de glissement de terrain identifiés sur les parcelles.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 janvier 2022 et 24 novembre 2022, la commune de La Tronche représentée par la SCP CDMF - avocats affaires publiques, agissant par Me Poncin, conclut à l'irrecevabilité de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de La Tronche fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute d'intérêt pour agir ;

- aucune conclusion ni aucun moyen d'annulation ne sont soulevés contre l'arrêté attaqué ;

- les conclusions à fin d'injonction sollicitant la reconnaissance d'éventuels motifs complémentaires d'illégalité ne relèvent pas de l'office du juge administratif.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 9 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paillet-Augey,

- les conclusions de M. Lefebvre, rapporteur public,

- et les observations de M. D, de Me Poncin pour la commune de La Tronche, et de Me Prestail pour la société MR 87.

Une note en délibéré, présentée par les requérants et enregistrée le 21 mai 2024, n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 septembre 2016, la société MR 87 a présenté une demande de permis d'aménager un lotissement de trois lots destinés à recevoir des maisons individuelles, sur le terrain constitué des parcelles cadastrées section AC nos 464 et 465 situées chemin de Maubec sur le territoire de la commune de La Tronche. Par un arrêté du 1er mars 2017, le maire de la commune a rejeté cette demande. Toutefois, par un arrêté du 6 août 2018, il a retiré cet arrêté et a délivré le permis d'aménager sollicité. Cet arrêté a été annulé par un jugement n°1806203 du tribunal administratif du 8 octobre 2020, devenu définitif. Par un courrier du 7 décembre 2020, la société MR 87 a sollicité, sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, la ré-instruction de la demande de permis d'aménager du 26 septembre 2016. Un permis d'aménager tacite lui a été accordé le 8 mars 2021. Après engagement d'une procédure contradictoire, la commune de La Tronche a procédé par un arrêté du 20 avril 2021 au retrait du permis d'aménager tacite obtenu le 8 mars 2021 et a refusé le permis d'aménager sollicité. M. D et M. C demandent l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2021 en tant qu'il ne comporte pas l'ensemble des motifs qui auraient dû fonder ledit refus de permis d'aménager.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'absence d'intérêt pour agir :

2. Aux termes de l'article L 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales et leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient () ".

3. En l'espèce, les requérants se bornent à demander l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de La Tronche, en tant qu'il refuse de faire droit à la demande formulée par la société MR 87, pour avoir omis de se fonder sur certains motifs d'illégalité. Toutefois, ledit arrêté, dont la mise en œuvre ne peut avoir aucun effet sur leur situation, ne leur fait pas grief, quels que soient les motifs sur lesquels il s'appuie. La commune de La Tronche est ainsi fondée à soutenir que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 20 avril 2021 sont irrecevables.

4. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction.

Sur les frais non compris dans les dépens :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Tronche, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions des requérants en ce sens doivent être rejetées.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de chacun des requérants une somme de 750 euros (soit un total de 1 500 euros) à payer à la commune de La Tronche en application de ces dispositions.

C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et M. C est rejetée.

Article 2 :M. D et M. C verseront l'un et l'autre à la commune de La Tronche une somme de 750 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A D, mandataire unique en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de La Tronche.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Beytout, première conseillère,

Mme Paillet-Augey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

C. Paillet-Augey

Le président,

P. ThierryLa greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21071992

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