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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107325

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107325

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantALEXANDRE - LEVY - KAHN AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2021, M. D C, représenté par Me Friederich, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 août 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une durée de quatre mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il méconnaît le principe du contradictoire ;

- la sanction administrative est injustifiée et disproportionnée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 août 2021, le préfet de la Haute-Savoie a prononcé la suspension du permis de conduire de M. C pour une durée de quatre mois à la suite de l'infraction commise le 28 août 2021 à 10h50 sur la commune Villy-Le-Pelloux. Dans la présente instance, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur la décision portant suspension du permis de conduire :

En ce qui concerne l'incompétence du signataire :

2. La décision attaquée a été signée par Mme E B, attachée principale d'administration de l'Etat, cheffe du bureau de sécurité intérieure. Par arrêté du 15 mars 2021, et notamment l'article 2, le préfet de la Haute-Savoie a donné délégation à Mme B,à l'effet de signer toutes décisions relatives aux restrictions du droit de conduire, et notamment les décisions de suspension du droit de permis de conduire. Ainsi, Le moyen tiré de son incompétence manque en fait.

En ce qui concerne la méconnaissance du principe du contradictoire :

3. Aux termes de l'article L. 224-1 du code de la route : " I.- Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : / () / 5° Lorsque le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ". Aux termes de l'article L. 224-2 du même code : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : /()/ 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ".

4. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur à l'origine d'un excès de vitesse de plus de 40 km/h retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En l'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué, que l'intéressé a été interpellé le 28 août 2021 à 10h50 en roulant à une vitesse retenue de 164 km/h alors que la vitesse autorisée était limitée à 110 km/h sur la commune Villy-Le-Pelloux. Eu égard à l'importance de cet excès de vitesse, au danger que ce comportement routier crée pour tous les usagers de la route et pour le requérant lui-même, et pour faire usage de la possibilité qu'il tenait de l'article L. 224-2 du code de la route de suspendre le permis de conduire de M. C pour une durée de quatre mois, le préfet de la Haute-Savoie, compte tenu du délai de 72 heures dans lequel s'exerçait son action, n'était donc pas tenu de suivre la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur d'appréciation et de la sanction administrative :

6. Aux termes de l'article R. 413-2 du code de la route : " I. - Hors agglomération, la vitesse des véhicules est limitée à : () / 2° 110 km/h sur les routes à deux chaussées séparées par un terre-plein central ; ". Aux termes de l'article L. 224-1 du même code : " Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : () 5° Lorsque le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué. ".

7. Si le requérant fait valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, la gravité de l'infraction consistant en la conduite d'un véhicule à une vitesse de 40 km/h au-delà de la vitesse autorisée, constitue un comportement dangereux pour le conducteur et tous les usagers de la route. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas commis d'erreur d'appréciation en suspendant le permis de conduire de l'intéressé pour une durée de quatre mois, alors même que cette suspension est susceptible d'affecter l'exercice de l'activité professionnelle du requérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107325

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