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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2107373

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2107373

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2107373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 8
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2021, Mme B D, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de médiation de l'Isère a implicitement rejeté son recours en vue d'une offre de logement ensemble la décision par laquelle la commission de médiation a implicitement rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de l'Isère de réexaminer son recours amiable dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure car la commission n'a précédé sa décision d'aucune évaluation préalable de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car la commission ne pouvait rejeter sa demande dès lors qu'elle remplit les conditions pour que son dossier soit reconnu prioritaire ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de l'Isère.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 décembre 2020, Mme D a saisi la commission de médiation de l'Isère en vue que son dossier soit reconnu prioritaire et urgent pour une offre de logement. La commission de médiation a implicitement rejeté cette demande le 29 avril 2021. Par un recours gracieux du 18 mai 2021, la requérante a contesté cette décision. Ce recours a été implicitement rejeté le 20 juillet 2021. Enfin, par une décision expresse du 16 décembre 2021, postérieure à l'introduction de la requête, la commission de médiation a confirmé sa décision implicite de rejet née le 29 avril 2021. Par la présente requête, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 16 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision attaquée comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est par suite suffisamment motivée.

3. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. () ".

4. Il résulte du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que le législateur a entendu ouvrir aux personnes que leurs conditions de logement exposent à des risques personnels graves la possibilité de saisir sans délai la commission de médiation afin qu'elle les désigne comme prioritaires et devant être relogées en urgence. En dehors du cas où les locaux occupés par le demandeur sont, en raison de leurs caractéristiques physiques, impropres à l'habitation, insalubres ou dangereux, ces dispositions permettent à la commission de désigner comme prioritaire et devant être relogée en urgence une personne établissant l'existence, dans l'immeuble où elle réside, d'une situation d'insécurité liée à des actes commis de manière habituelle et qui, du fait d'une vulnérabilité particulière ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, créent des risques graves pour elle-même ou pour sa famille.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D réside depuis mai 2019 dans un logement social appartenant au bailleur SDH où elle serait selon elle exposée à des actes de malveillance de la part de ses voisins et de son ex-conjoint. Suite à une demande de mutation, une proposition lui a été faite le 21 janvier 2021 par le bailleur Actis qu'elle a refusé le 1er février suivant car le loyer de 720 euros était trop élevé pour un revenu de 1 473 euros. Il ressort toutefois du mémoire en défense du préfet que, compte tenu d'une aide personnalisée au logement de 389 euros, le taux d'effort de Mme D ne serait que de 28 %, soit en-dessous du taux d'effort à partir de laquelle la commission et, le cas échéant, un bailleur social se base pour reconnaître prioritaire la situation d'un ménage qui viendrait solliciter la commission et que c'est en toute connaissance de la capacité financière de la requérante que la proposition lui a été faite par le bailleur Actis. Au demeurant, le préfet indique sans être contredit que Mme D avait auparavant refusé deux offres en 2020 et deux offres en 2021, la dernière postérieurement à la décision attaquée. Par suite, et même en tenant compte de la situation de troubles de voisinage qu'elle mentionne, c'est à bon droit que la commission de médiation a considéré que la demande de Mme D n'était ni prioritaire ni urgente.

6. Pour les mêmes raisons et alors que la décision de la commission de médiation n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme D de ses enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit en tout état de cause doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D à Me Schürmann et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

Le président,

J-P. ALa greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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